Sa réélection vendredi dernier à la tête de la chambre haute du Parlement a mis fin à un coup d’arrêt de la session parlementaire de plus de deux semaines.
Par Cyril Essissima et Marielle Ongono (Stagiaire)
Le 22 mars dernier, l’élection des présidents des deux chambres du Parlement s’est déroulée comme on s’y attendait. Au Sénat, Marcel Niat Njifenji est maintenu après de longues péripéties. Unique candidat à sa succession, le président sortant a récolté 91 voix sur 95 votants dont quatre bulletins nuls. Une fois élu, le président de la chambre haute du Parlement a pris les rênes du perchoir, détrônant par la même occasion le doyen d’âge, René Ze Nguele, qui jusque-là dirigeait les travaux. Le président réélu a tenu, comme d’habitude, à remercier le président national du Rdpc, Paul Biya, chef de l’Etat.

La suite de la plénière a donné lieu à l’élection des autres membres du bureau. Ici, pas de grand bouleversement dans la nouvelle ossature, en dehors de l’entrée du sénateur de la région du Sud, Grégoire Mba Mba, comme troisième questeur en remplacement de la sénatrice Paulette Bisseck, décédée en 2023. Seul en lice lui aussi, le 1er vice-président du Sénat, Aboubakary Abdoulaye, a été reconduit avec 100% des voix, soit 95 votes sur 95. Les sénateurs Nfor Tabetando Ndieb-Nso, Robert Nkili, Din Bell Marie Armande et Vanigansen Mochiggle se départagent les quatre autres postes de vice-président. Les huit postes de secrétaire sont restés inchangés.
Il a fallu exactement 17 jours pour que le film de l’élection du président du Sénat connaisse son dénouement. En effet, cette session parlementaire débutée le 5 mars dernier a été retardée à cause de l’absence de Marcel Niat Njifenji qui se trouvait en Europe depuis plusieurs mois pour des raisons de santé. La deuxième personnalité de la République a dû être ménagée pour venir assister personnellement à la formalité de sa réélection. Ceci dit, les travaux peuvent se poursuivre même s’il venait à repartir.
S’agissant de l’Assemblée nationale, pas de surprise non plus. Les députés ont assisté à du « déjà vu et entendu». Cavaye Yeguie Djibril rempile pour un énième mandat depuis 1992. Le député Rdpc du Mayo-Sava dans l’Extrême Nord, a été élu au scrutin uninominal à la majorité absolue des suffrages valablement exprimés. Il a obtenu 143 voix contre 13 bulletins nuls sur 156 votants. Une victoire de plus acclamé par ses pairs. A cet effet il a été invité à prendre place au perchoir conformément à l’article 17 alinéas 3 du règlement intérieur de l’Assemblée nationale.
Je ne le trahirai jamais
Dans son discours de circonstance, il a réitéré ses remerciements au chef d’Etat. « Je voudrais exprimer mes sentiments de profonde gratitude à l’endroit de son Excellence Paul Biya, qui m’a renouvelé sa très haute confiance en m’accordant à nouveau d’être ici pour le compte du Rdpc. Je lui réitère aujourd’hui mon engagement, ma fidélité et ma loyauté. Je ne le trahirai jamais », jure-t-il. Un fragment de cet engagement a d’ailleurs été récité en chœur par les autres députés du parti au pouvoir, manifestement heureux des résultats de cette élection.

Pour le reste du bureau, l’essentiel des membres a été reconduit, à l’exception de Silikam née Isabelle Manamourou, élue Rdpc du Mayo-Danay emportée par la maladie le 23 juin 2023. Elle a été remplacée par son camarade de parti et de la même circonscription, Julien Bara.
Jérémiades
Au fond, la coloration de la chambre basse du Parlement reste la même. Autrement dit, sur les 23 postes à pourvoir au sein du bureau de l’Assemblée nationale, le Rdpc en conserve 19. Les quatre postes restants sont répartis entre les autres partis politiques. Et ce ne sont pas les jérémiades des élus de l’opposition qui auraient pu y changer quelque chose. D’ailleurs, certains d’entre eux ont vite fait de sortir de l’hémicycle à l’issue du scrutin pour exprimer leur ras-le-bol. « C’est le Rdpc qui dirige tout. Ils décident de qui doit occuper tel poste. Ils sont tellement nombreux à l’Assemblée qu’ils se permettent ce qu’ils veulent. Ils ont lu le nom d’un mort sans s’en rendre compte. C’est très critique d’être majoritairement représenté, car on perd la discussion », déclare, courroucé, Benilde Djeumeni, député du Social Democratic Front (SDF) du Moungo-sud.
Comme lui, le député de l’Union démocratique du Cameroun (Udc), Adamou Koupit, ne cache pas sa déception. L’élu de la circonscription du Noun-centre considère que « le pouvoir n’est pas à l’écoute du peuple. Parce que si on écoutait le peuple, le baromètre démontre qu’il voudrait un changement au niveau des deux chambres. La préoccupation de ceux qui investissent ne se retrouve pas dans la recherche des performances. Si on avait ce souci, on devait comprendre qu’il y a un certain nombre d’années et que quand on a renouvelé ça use. Ça fait qu’on ne soit plus bon à l’innovation et ça peut plomber l’efficacité et les performances que nous recherchons dans nos institutions pour impulser le développement. C’est sans surprise. On continue. Les mêmes causes produiront les mêmes effets », rechigne-t-il.
PHOTO/LÉGENDE : Niat Njifenji et Cavaye Yeguie Djibril au perchoir.



