Bien que s’étant retiré du projet d’exploitation du rutile, l’entreprise minière et métallurgique va investir des centaines de millions Fcfa dans la structuration de cette filière dans la localité.
Par Jean De Dieu Bidias
Dans un communiqué daté du 22 février, l’entreprise Eramet annonce qu’elle va soutenir l’initiative « Terre d’Ako », un projet de développement économique à Akonolinga (Centre). Il s’agit d’un projet de structuration de la filière banane-plantain locale financé à hauteur de plusieurs centaines de millions Fcfa, qui bénéficie également de l’appui de l’Etat camerounais et du privé « Class M », spécialiste local du secteur agricole. Grâce à cette initiative mise en place après une étude réalisée en 2022 et 2023 dans tous les villages couverts par les permis de rutile qui avaient été accordés à la société par le gouvernement, plus de 80 familles devraient pouvoir bénéficier d’un accompagnement technique et financier pour augmenter la productivité de leurs exploitations agricoles. Eramet et son partenaire créeront ensuite une centrale d’achat qui facilitera la distribution de leurs productions sur les marchés urbains camerounais, à de meilleurs prix et en plus grandes quantité. Sur l’impact du projet, pas moins de 415 personnes devraient voir leurs revenus augmenter de 80% environ sur deux ans. Cette initiative parait quelque peu paradoxale quand on se rappelle qu’il y a seulement quatre mois, le groupe minier et métallurgique français s’est retiré de son plein gré du projet d’exploitation du rutile d’Akonolinga, prétextant un défaut de rentabilité du gisement sur lequel effectuait des recherches et de l’exploration depuis plusieurs années.
En tant que groupe minier, « Eramet met au centre de sa stratégie, le développement communautaire cher à ses valeurs. Il ne s’agit pas d’une obligation, dans la mesure où il ne détenait encore que des permis de recherche. En effet, aucune disposition du code minier camerounais n’oblige une compagnie minière à investir dans le développement communautaire lorsque celle-ci est en phase de recherche et d’exploration », explique l’entreprise. Le groupe dont la décision d’abandonner le projet de rutile d’Akonolinga est irréversible dit avoir « choisi de poursuivre ses actions sociales, en lançant un projet durable avec un partenaire local spécialisé dans le domaine agricole, afin de favoriser la diversification et le renforcement économique des populations locales ». « Cela relève bien de l’inédit que dans le secteur minier camerounais, un opérateur en phase d’exploration, après s’être retiré d’un projet, continue à financer à coût de centaines de millions Fcfa, le développement économique de la localité où se situait celui-ci. Espérons que cette action du groupe Eramet servira d’exemple pour les autres opérateurs miniers en activité au Cameroun », comment l’expert en mines et pétrole Youmssi Bareja.

Pour rappel, en octobre 2023, le groupe Eramet prenait de court tout le monde en annonçant son retrait du projet de rutile d’Akonolinga, après 4 années de recherche et d’exploration sanctionnées par une étude de faisabilité qui présentait le projet comme économiquement non rentable pour des raisons suivantes : un coût d’investissement très élevé (environ 114 milliards Fcfa) pour des réserves en rutile « non conséquentes », « un risque environnemental très élevé » et « un processus métallurgique assez complexe ».
Loise Talmalgo, représentant Afrique du groupe Eramet, a récemment séjourné au Cameroun, où il a rencontré les autorités du secteur minier pour leur présenter un bilan à mi-parcours de la démobilisation de l’entreprise qu’il représente. Il s’agissait également d’aller se rassurer du paiement « effectif et total » des salaires et primes du personnel du projet, se rassurer de la rétrocession des permis d’exploration sur les rutiles d’Akonolinga à l’Etat camerounais, se rassurer que l’accord de cession de l’usine pilote et la base vie à un franc symbolique est en rédaction pour être signé très prochainement, se rassurer de la réhabilitation complète du site en vue d’obtenir un quitus environnemental des autorités des mines, entre autres engagement qu’avait pris l’opérateur minier et métallurgique dans le communiqué annonçant son départ.



