Brûlage des ordures : Le ministre de l’environnement veut interdire la pratique

Hélé Pierre envisage cette mesure au moment où le phénomène tend à se banaliser, causant des dommages à la couche d’ozone et à la santé humaine.


Par Rebara Habra


Alerte aux maladies respiratoires.

Anne-Marie reçoit désormais ses clientes à la maison. Propriétaire d’un salon de coiffure mixte, la jeune dame n’a pas ouvert les portes de son entreprise depuis trois jours. À l’origine de cette décision qui impacte sur son chiffre d’affaires : la fumée. « Il y a un gros tas d’ordures juste à côté de mon salon. Depuis le mois de décembre 2023, Hysacam n’est pas passé. Les populations sont obligées de bruler ces ordures, et la fumée envahi le salon. Je suis obligée de travailler à la maison », alerte-t-elle. Elle n’est pas la seule à décrire la situation. Nous sommes au quartier Ayené, dans l’arrondissement de Yaoundé 4. Moustapha qui travaille à quelques mètres de là, dans un restaurant, souffre de la grippe à cause de cette fumée qui conditionne la vie des habitants. « J’ai aussi la toux. Vous ne pouvez pas passer plus d’une heure ici. Je suis là parce que je n’ai pas le choix. C’est mon lieu de service », explique Moustapha.
Un peu plus bas, au lieudit « entrée Amasia », au quartier Ekounou, les populations ont pratiquement passé la nuit du 20 au 21 janvier dernier dans une bouffée de fumée. De nuages de fumée qui échappent d’une chambre pour une autre, Agnès a eu du mal à dormir. Elle est asthmatique. « J’ai eu beaucoup de la peine à dormir. J’étouffais. Je n’ai pas pensé que j’allais voir le jour, le matin », glisse-t-elle. À l’origine de ce nuage de fumée qui coiffe ce quartier, « des individus ont brulé une montagne d’ordures qui se trouvaient là en bas », confie une riveraine. Et d’ajouter, « ils ont mis le feu à partir de 13h (samedi 20 janvier). Jusqu’à 20h, nous étions enfuis dans la fumée. En journée, on était obligé de faire dormir l’enfant sur l véranda parce que c’était irrespirable dans la chambre. J’ai dû éteindre le feu moi-même autour de 20h pour avoir un peu de répit », confie Martial.
Peut-être bien que l’on s’achemine vers la fin de ce phénomène, en tout cas si l’on s’en tient aux déclarations du ministre de l’Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement durable. Hélé Pierre promet d’interdire ce phénomène qui se généralise à Yaoundé. Ambition louable, sauf que ce chantier risque de ne pas aboutir car, il est difficile d’identifier qui met le feu aux poubelles.
En effet, les monticules de détritus qui investissent les coins de la capitale politique sont dus au relâchement du ramassage d’ordures par les sociétés engagées d’une part, et l’incivisme des populations d’autre part. Selon les spécialistes des questions de santé, l’option de bruler les ordures par les populations épargne certes celles-ci des odeurs nauséabondes, mais elle les expose tout de même à la merci de certaines maladies respiratoires. « Fortes irritations cutanées, inhalations des particules plastiques ou encore problèmes respiratoires. Une femme enceinte qui passe à côté d’un feu peut contaminer on enfant aux dioxines ».