Économiste, il recommande que le Cameroun procède à une étude pour pouvoir fixer le prix de l’essence à un niveau compatible avec les équilibres financiers et la paix sociale.
Par Sintia Dounang

Après une première augmentation il y a un an, le gouvernement s’apprête à nouveau à réajuster à la hausse les prix des produits pétroliers à la pompe. Une telle mesure n’est-elle pas socialement inopportune au regard du contexte marqué par un niveau d’inflation record et un affaiblissement considérable du pouvoir d’achat ?
Le 1er février 2023, un article de presse a été publié sur le web avec pour titre « acculé par le Fmi, le Cameroun augmente le prix de l’essence ». Est-ce que les camerounais en sont encore là ? Habituellement ils ne se laissent pas conter. Autant imiter un pays qui ne se laisse pas conter : c’est l’Angola ; le prix de l’essence en Angola est encore inférieur à 222 Fcfa le litre équivalent. Je le dis encore car, en septembre 2004 le gouvernement angolais avait suivi mon conseil de bloquer le prix de l’essence. Or le Fmi avait fait injonction de décupler les prix des biens publics, y compris l’essence, l’eau, le tarif de bus, … J’étais conseiller économique posté par l’Onu auprès des agences des Nations-unies et du gouvernement. Mon conseil découlait d’une étude technique très audacieuse sur l’évolution cyclique des cours du pétrole ; une trouvaille déterminante était que le budget pouvait s’équilibrer dans un proche futur sans toucher au prix de l’essence. Furieux, les membres de la mission du Fmi sont rentrés à la maison puis se sont déportés à New York se plaindre auprès de Koffi Annan que les questions monétaires et fiscales relèvent du mandat du Fmi, tandis que le Pnud devrait limiter son champ aux questions de pauvreté et développement humain. J’ai frôlé le renvoi. Heureusement, c’est le ministre Kodock qui m’a sauvé au Conseil d’administration du Pnud. Cependant le gouvernement angolais était très content de mes recommandations et a délaissé le Fmi pour aller trouver des financements auprès de la Chine. Mon principal interlocuteur au gouvernement était la ministre du Plan Ana Dias Lourenço, aujourd’hui Première Dame de l’Angola ; son époux a eu à me remercier d’avoir soutenu une approche progressiste qui préserve le pouvoir d’achat des populations.
Beaucoup estiment qu’il faudrait aller chercher des économies ailleurs pour le trésor public, notamment dans le train de vie de l’Etat. Nous pensons aux dotations en carburant des gestionnaires publics…
Le Tonneau des Danaïdes n’est pas localisé à la Scdp. Les ressources publiques sont siphonnées ailleurs. De toutes façons le dernier rapport du Fmi sur le Cameroun a indiqué les créneaux de gaspillages. Commençons par les entreprises publiques qui totalisent 2179 milliards FCFA de dettes auprès des banques, avec le risque systémique de faillites bancaires. Ensuite plus de 520 milliards Fcfa inscrits sur les « lignes » qui ont fait les choux gras de la presse ces trois dernières années, et d’autres gaspillages.
En cas de nouvelle augmentation des prix des produits pétroliers, quelles devraient être les compensations au plan social ?
Les compensations sociales sont du ressort des négociateurs syndicalistes qui feront face au gouvernement, le cas échéant.
On est finalement dans un cycle infernal de cherté de la vie. Quand en sortira-t-on? Quels sont les efforts de redressement à entreprendre par le gouvernement?
Un peu partout en Afrique, le Fmi exige de ne plus subventionner l’essence. Ceci sans tenir compte du statut de chaque pays ; certains pays sont importateurs de pétrole car ils n’en produisent pas du tout; un petit nombre de pays produit du pétrole, cependant ont recours à des importations ; il faut donc une étude technique pour balancer. La situation ambivalente d’exportateur net existe aussi. En anglais on appelle ça « positive net resource flow« . Dans le cas du Cameroun le gouvernement n’a pas fait une étude technique sur la pertinence économique et sociale de son mécanisme de « subventions », qui n’est qu’un système de vases communicants sans impact sur le cash-flow de la filière pétrole mais avec des conséquences désastreuses sur la compétitivité de l’économie et fâcheuses pour le pouvoir d’achat des citoyens. Notre recommandation est de procéder à cette étude pour déterminer si le Cameroun est sous le statut de « positive net resource flow » ; ensuite fixer le prix de l’essence à un niveau compatible avec les équilibres financiers et la paix sociale.



