Discret mais très efficace, Norbert Belinga quitte le service actif avec le sentiment du devoir accompli, laissant son nom associé à la naissance et à l’ancrage d’une unité administrative douanière devenue, en quelques années, une référence, avec plus de 1 200 milliards de recettes en 8 ans.
Par Lazare Kingue

L’inspecteur principal des douanes hors hiérarchie Norbert Belinga n’est plus à la tête du secteur des douanes du Sud 2 à Kribi. Admis à faire valoir ses droits à la retraite, il est remplacé par une dame, Armelle Kense Essola, épouse Assengue. Ex-cheffe du Bureau principal de Douala Port VII, elle prend les commandes de la deuxième circonscription douanière la plus contributive du pays. La cérémonie de passation technique de service s’est tenue vendredi dernier, présidée par un cadre supérieur, représentant du Directeur général des Douanes.
Plus qu’un rituel ordinaire, c’était un moment d’émotion et de reconnaissance en l’honneur de Norbert Belinga, premier chef de ce secteur depuis sa création, que l’émissaire de la Direction générale a qualifié de bâtisseur et de serviteur loyal de l’État. « Norbert Belinga est le pionnier du secteur des Douanes Sud 2. Il a eu la lourde charge d’implanter, de structurer et de faire rayonner cette unité dans une zone stratégique pour l’économie nationale », a rappelé le représentant du DG. « Durant ses années de commandement, il a rendu de loyaux services à la Nation, avec rigueur, intégrité et un sens élevé du devoir. Le Sud 2, aujourd’hui, c’est son œuvre », a-t-il soutenu.
Nommé à la tête du secteur dès sa création, Norbert Belinga a dû tout construire : l’organisation des services, la mobilisation des équipes, la relation avec les usagers du port de Kribi et les partenaires de la chaîne logistique. Sous sa houlette, le Sud 2 s’est imposé comme un maillon essentiel du dispositif douanier camerounais, à la porte de l’Atlantique. « Il fallait un homme de poigne, mais aussi un homme de dialogue. M. Belinga a été les deux », a confié un cadre du secteur en marge de la cérémonie. Loyal aux textes, mais soucieux de l’humain, le chef de secteur sortant laisse l’image d’un manager sachant allier fermeté dans l’application de la réglementation et écoute des opérateurs. « Il a su maintenir l’équilibre entre la mission de mobilisation des recettes et la facilitation des échanges. Cet équilibre, c’est l’héritage qu’il lègue », a insisté le représentant du Directeur général.
Discret mais très efficace, Norbert Belinga quitte le service actif avec le sentiment du devoir accompli. Celui que la hiérarchie appelait respectueusement « le Pionnier » rejoint désormais la grande famille des retraités des Douanes camerounaises. Son nom restera associé à la naissance et à l’ancrage du secteur Sud 2 à Kribi, devenu en quelques années une référence.
Portrait

Dans l’intelligence économique camerounaise, un nom revient : Norbert Belinga. Inspecteur principal des douanes hors échelle, il a occupé la fonction de chef du secteur des douanes du Sud 2 depuis novembre 2017, avec pour mission de coordonner les services douaniers du port de Kribi et de la frontière Cameroun–Guinée équatoriale, via Campo.
L’homme impressionne par sa carrure, mais séduit par son écoute. Strict dans le travail, il reste courtois, humble et accessible. Originaire de Ntui, dans le Mbam-et-Kim, le sexagénaire (61 ans le 8 octobre prochain, ndlr) allie rigueur et proximité. Son parcours académique est dense : DEA de sciences économiques à Yaoundé en 1990, ENAM en 1991, puis master en administration publique à l’ENA de Paris, promotion Copernic, en 2002. Il enchaîne avec Cranfield, au Royaume-Uni, en 2006 sur les vérifications douanières, et plusieurs séjours en Chine : Académie des douanes de Shanghai en 2005, séminaires à Ningbo en 2015 et Wuhan en 2017. Il manie même les politesses de base en chinois.
Côté terrain, il a gravi tous les échelons de 1991 à 2017 : brigade au Littoral, études à la Direction générale des douanes, recettes à Douala Port III, puis chef de la cellule Législation à la DGD. Il y pilote conventions internationales, tarif et code des douanes, ainsi que les réformes et la modernisation.
Surnommé « Monsieur Milliards » depuis son arrivée à Kribi, il transforme les objectifs en résultats : 8,6 milliards en 2018 au lancement du port ; 23,2 milliards en 2019 ; 73,9 milliards en 2020 ; puis 150,6 milliards en 2021, soit 97,04 % de performance. En 2022, 105 milliards sont mobilisés de janvier à août, dont 35 milliards au 3e trimestre pour 31 attendus. Début 2023, 58,9 milliards au 1er trimestre contre 44 un an plus tôt. Kribi devient ainsi le deuxième contributeur national aux recettes douanières, derrière le Littoral 1, avec un total de plus de 1 200 milliards de recettes mobilisées en huit ans, de 2017 à 2026.
Pédagogue reconnu, il enseigne l’intelligence économique à l’ENAM depuis 2006. Orateur, il anime des ateliers pour l’OIF, l’IRIC et l’Union européenne. Engagé politiquement, il est membre de la délégation RDPC du Mbam-et-Kim depuis 2016. Il a d’ailleurs siégé à la sous-commission communication de la campagne de Paul Biya en 2018, et a fait partie du comité de coordination local de la campagne présidentielle de 2025 à Ntui.
Marié et père d’une famille nombreuse, Norbert Belinga incarne un profil rare : technicien pointu, manager de résultats et stratège au service du Trésor public. Il s’en va à la retraite, couronné par l’âge, mais avec encore de nombreuses cordes à son arc. La page Belinga se ferme au secteur des douanes du Sud 2, mais pourrait se rouvrir ailleurs, fût-ce par le pouvoir discrétionnaire du patriarche. Ne sait-on jamais !



