Abandon de poste au Minesec: Jeu trouble des chefs d’établissement



Le communiqué du ministre des Enseignements secondaires (Minesec), du 23 février dernier, remet au-devant de la scène le rôle de certains responsables qui couvrent des collègues en situation d’absence irrégulière ; toute chose qui contribue à mettre les caisses de l’Etat à rude épreuve.

Par Arnaud Kuipo



« Pour le moment je ne peux pas rentrer. Mais s’il m’arrive de revenir, je verrai comment chercher le travail avec mon diplôme de l’Ens (Ecole normale supérieure, Ndlr) ». Ces propos sont de Marie Antoinette Ndogmo (nom d’emprunt). Installée à l’étranger depuis plusieurs années, elle s’exprime ainsi à la suite de la publication du communiqué du ministre des Enseignements secondaires (Minesec) invitant 3442 personnels de son département ministériel à clarifier leurs situations. A la question sur ce qu’elle va faire face à cette communication de Pauline Nalova Lyonga, Marie Antoinette N. répond : « Rien ».

Pour en savoir davantage sur le jeu trouble de certains responsables d’établissement en lien avec la non-dénonciation des enseignants en situation d’absence irrégulière, nous avons contacté un seigneur de la craie en service dans la région du Nord. « En réalité, les chefs d’établissement couvrent certains enseignants soit absentéistes ou déserteurs, et bénéficient en contrepartie de l’argent. La somme déboursée par l’enseignant absentéiste dépend de l’entente entre les deux parties. » confie cet enseignant d’histoire – géographie – Ecm (Education morale et civique). « Le phénomène de désertion de leurs postes par les enseignants au profit des voyages est très fréquent depuis un certain temps au Minesec (ministre des Enseignements secondaires, Ndlr). Certains le font avec la complicité de leurs collègues et de la hiérarchie pour ne pas être déclaré et continuent à percevoir librement leurs salaires. » commente Marcellin Kengne, professeur d’Écoles normales d’instituteurs. Poursuivant son propos, l’enseignant d’histoire, évoqué plus haut et en service à Figuil, explique que : « Pour éviter que l’insuffisance numérique se fasse remarquer, certains chefs d’établissement recrutent les vacataires (bénévoles) pour gérer les heures du concerné. Ce dernier est très vite rappelé quand un grand contrôle (recensement physique) est annoncé ; et il lui est servi tous les documents nécessaires comme la présence effective au poste et la prise/reprise de service. »

Condamnation

Dans son intervention, Marcellin Kengne exprime sa désapprobation face à une telle situation. « A mon avis, cette pratique n’est pas à encourager, car nombreux sont ceux des enseignants qui bravent les difficultés pour servir l’État. Cet argent qu’on verse aux déserteurs pourrait bien aider à améliorer les conditions de vie et de travail de ceux qui sont sur le terrain », déclare-t-il. Informé(e) du communiqué du ministre, un(e) internaute écrit : « Je ne vais pas afficher les noms des concernés ici. J’ai la liste, mais ce n’est pas mon rôle. Mais de grâce, si vous êtes déjà allés retrouver coach blonde au Canada, pardon laissez la place et le salaire à quelqu’un d’autre ».

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Contrôle

Par ailleurs, si le professeur d’Écoles normales d’instituteurs, Marcelin Kengne, dit ne pas savoir « si la haute hiérarchie est ou pas informée de cette situation », un collègue enseignant et non moins Inspecteur pédagogique régional (Ipr) est péremptoire : « Les hauts responsables du ministère sont au courant de cette pratique ». Il ajoute que ces derniers à leur niveau profitent aussi « de cette situation. Eux-mêmes protègent certains qui sont à l’étranger en ne donnant pas suite à leurs absences constatées afin qu’ils ne soient pas suspendus de solde. » Fort de son statut d’Ipr, cet enseignant ajoute ceci : « Nous pouvons bien  mettre la main sur ces chefs d’établissements qui profitent de cette situation, si l’administration nous donne les moyens pour le faire. (C’est-à-dire pendant nos multiples descentes, il suffit que nous montions avec le fichier du personnel de l’établissement en question et que nous procédions à la vérification de la présence physique de chacun). »

En outre, Marcelin K. pour sa part, a ses propositions pour la fin de ce phénomène. Pour lui, « il est important, primo, de rendre plus attractive la profession enseignante en permettant aux professionnels de bénéficier de meilleures conditions de vie et de travail. Secundo, recenser régulièrement les personnels et assainir, en fonction des informations de recensement, le fichier solde pour extraire les voyageurs. Tercio, il faut créer un cadre de dialogue avec les enseignants afin de comprendre leurs réelles motivations et essayer d’y apporter des solutions adéquates. »

Il faut dire que cette énième communication de Pauline Nalova Lyonga, le Minesec, semble siffler la fin de la récréation. « Ils (les pouvoirs publics, Ndlr) ont vraiment besoin d’argent », croit savoir un enseignant d’informatique en service dans la région du Centre. Il a reconnu les noms de plusieurs collègues installés à l’étranger dans la liste du 23 février dernier. « L’affaire ci est une bombe ! » s’était-il exclamé. En tout cas les 3442 personnels concernés ont encore plus d’une semaine pour sauver leurs salaires.