Nsoh Christopher : L’IA peut amplifier les conflits


Spécialiste et enseignant de gestion et résolution des conflits, le directeur du Centre d’études et de recherche en droit international humanitaire et communautaire parle de l’importance d’une domestication de l’IA en Afrique pour la gestion des conflits armés.


Par Guy Martial Tchinda


Yaoundé accueille depuis le 25 novembre dernier un colloque international sur le droit international humanitaire et l’intelligence artificielle en Afrique. Parlez-nous de l’intérêt de ce colloque. En quoi est-ce que l’IA influence le droit international humanitaire et les conflits ?

Premièrement, l’humanité est notre intérêt principal, car pour toute action que nous menons dans le monde, nous devons protéger l’humanité. L’objectif est de voir comment nous pouvons minimiser les dommages pendant la guerre. Donc, pendant la guerre, on doit minimiser les dégâts humanitaires, protéger les civils et les infrastructures, et même définir où la guerre peut être menée. C’est ce que nous appelons la distinction, qui est la capacité de distinguer l’emplacement des civils. Et quand nous parlons des civils, nous parlons des populations, des biens à caractère civil, et de la manière de les protéger. Nous parlons aussi de la précaution : comment prendre des précautions pour ne pas causer de dégâts et détruire complètement l’humanité… Nous parlons aussi de la proportionnalité, c’est-à-dire évaluer les dommages causés.
Certes, le Dih existait avant, mais avec l’arrivée des technologies avancées, la situation est plus préoccupante. Souvent, on ne sait pas toujours comment s’y prendre. Nous observons l’émergence de la guerre armée asymétrique en Afrique. Nous la retrouvons partout sur ce continent. Il est de notre devoir de voir comment nous pouvons, dans ce contexte, minimiser les risques de cette situation sur l’application du Droit international humanitaire.


À vous entendre parler, on a l’impression que l’IA n’a qu’un impact négatif quant à l’application du Dih…


L’IA a beaucoup d’avantages. Elle peut être utilisée pour améliorer l’accès aux médicaments, à l’aide humanitaire… Les sociétés qui produisent l’IA vantent toujours ses avantages, mais elles ne mentionnent pas ses inconvénients. Or, derrière tous ces avantages, il y a aussi des inconvénients, notamment le fait de l’utiliser à des fins de guerre. Et il est de notre rôle de le souligner. Il y a aussi un point très important : l’Afrique est seulement consommatrice, elle ne produit pas. Pour nous, l’Afrique doit être dans l’espace de cette discussion sur l’IA et même contribuer aux discussions, car nous avons nos réalités et nos valeurs qui méritent d’être prises en compte.
Vous avez également déclaré que l’IA peut aujourd’hui amplifier les conflits armés. Comment est-ce possible ?
Bien sûr, cela peut amplifier les conflits armés si l’on ne gère pas cela correctement. C’est précisément pour cela que le Droit international humanitaire donne la conduite à suivre dans la manière dont la guerre doit être menée. Sans le Droit international humanitaire, la guerre pourrait être menée n’importe comment. Ce qui pourrait avoir pour conséquence de tuer de nombreuses personnes.


À quoi doit-on s’attendre au terme de ce colloque ?


En termes de résultat, il est attendu de ce colloque que nous acceptions collectivement que l’humanité est très importante et que l’Afrique doit faire partie des discussions sur l’IA, non seulement en y participant, mais aussi en créant un cadre juridique pour l’Afrique, afin de mieux gérer toute cette question de l’IA, au lieu de simplement importer ce qui vient d’ailleurs.