Face à l’escalade des conflits et l’émergence des armes autonomes, la capitale camerounaise accueille depuis le 25 novembre un colloque international sur les implications juridiques, éthiques et opérationnelles de l’intelligence artificielle dans les conflits armés sur le continent.
Par Guy Martial Tchinda

L’Afrique est aujourd’hui le théâtre de nombreuses situations de conflits armés. Vers fin octobre de l’année en cours, le vice-président du Comité international de la Croix-Rouge (Cicr), Gilles Carbonnier, chiffrait à 50, le nombre de conflits actifs sur le continent, lors d’un entretien avec l’Afp. Soit environ 45% de plus par rapport à 2020.
Mais cette hausse n’est pas la seule inquiétude du Cicr. L’organisation humanitaire neutre et impartiale se dit aussi préoccupée par l’utilisation des nouvelles technologies, et plus particulièrement de l’intelligence artificielle (IA) par les parties au conflit. Cette problématique est d’ailleurs au cœur d’un colloque international en cours, organisé depuis le 25 novembre dernier à Yaoundé par le Cicr, en collaboration avec l’Université de Yaoundé II à travers son Centre d’études et de recherche en droit international et communautaire (Cedic), et la Croix-Rouge Camerounaise (Crc).
« Le Cicr s’inquiète, depuis plusieurs années, de l’apparition de systèmes d’armes autonomes capables de sélectionner et d’engager des cibles sans intervention humaine significative, soulevant au passage des interrogations suivantes : Qui est responsable lorsqu’un algorithme cause une erreur fatale ? Comment garantir le respect des principes de nécessité, de distinction et de proportionnalité ? Et surtout, où se situe la compassion, quand la décision de frapper appartient à une machine ? », a déclaré Yann Bonzon, le chef de la délégation régionale du Cicr pour l’Afrique centrale à l’ouverture des travaux. Il ajoute qu’ « en effet, dans les conflits modernes, I’IA est utilisée entre autres pour détecter et identifier des cibles à l’aide de systèmes automatisés, analyser des données massives de renseignement, piloter des drones ou des armes autonomes, ou encore prédire des comportements hostiles entre autres. Mal encadrées, ces innovations risquent de déplacer le jugement moral de l’humain vers la logique froide de la machine ! Or, la guerre ne peut être réduite à un calcul algorithmique ».
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La rencontre internationale en cours ambitionne non seulement de créer un espace de réflexion, de dialogue et de partage entre chercheurs, praticiens du droit, acteurs humanitaires, experts en technologies et décideurs africains sur les implications juridiques, éthiques et opérationnelles de l’intelligence artificielle dans les conflits armés en Afrique, mais aussi, de contribuer activement à la construction d’un cadre normatif et éthique adapté aux défis du XXIe siècle.
Pour le ministre des Postes et Télécommunications, le colloque qui se tient sur le thème « Droit international humanitaire (Dih) et intelligence artificielle (IA) : perspectives africaines » est une grosse opportunité pour l’Afrique. Minette Libom Li Likeng voit d’ailleurs en cette rencontre de haut niveau, des perspectives d’humanisation. « L’intelligence artificielle a tout bousculé et j’apprécie l’initiative de ce colloque qui touche au côté éthique de l’IA. Ce colloque permettra de voir ce que l’Afrique peut faire pour que l’IA, au rythme où elle est développée, ne soit pas contre l’humain. Dans les conflits armés aujourd’hui, de nouvelles armes autonomes, téléguidées posent un problème de responsabilité. En matière de guerre, il ne faudrait pas laisser l’IA se substituer à l’être humain, ce qui peut amener à la déshumanisation. C’est un outil d’aide à la décision », a-t-elle déclaré. Le colloque de trois jours s’achève demain, 27 novembre.



