Après six représentations d’affilée (début le 17 et fin le 26 juillet dernier), le metteur en scène plonge le public dans la pratique du théâtre expérimental au Cameroun.
Par Alain Ndanga
Quel est le contexte de cette création ?
La création vient parfois du fait qu’au moment de l’exploitation, des comédiens prennent des directions. C’est à partir de ces directions qu’on assure la mise en scène. Voilà tout simplement comment la chose est arrivée. Il y avait deux comédiens principaux, après il y avait le personnage de regard; c’est à partir du personnage de regard que je me suis dit qu’on peut faire une plongée dans notre enfance. Et notre enfance a été bercée par les films Westerns et de guerre. Et comme on voulait mettre en relief la notion de violence, je me suis posé la question : qu’est-ce qui caractérise la violence dans le contexte social qui est le nôtre. La violence ici ce sont les agressions, c’est ce qu’on a vécu dans nos écoles, le maniement des armes blanches, et on a choisi spécifiquement la bouteille. Tout cela a été meublé par les souvenirs des films comme le «Bon, la brute et le truand», qui a donné cette ambiance.

Pourquoi cette tendance au théâtre expérimental ?
C’est un paradigme qui se veut rare ici parce qu’on n’a pas l’habitude de regarder des spectacles où il y a 300 représentations par jour. Vous imaginez combien de représentations à l’année on peut avoir. Et justement pour intéresser le public dans ce type de représentation, il faut être hyper-inventif. On va arriver à ce qu’on appelle le théâtre expérimental. C’est un lieu où il y a convergence de différents médias: le cinéma, la musique, la danse, etc. Pour cette pièce spécifiquement, ce qui nous a intéressé c’était comment le théâtre et le cinéma devraient être rivaux se mettent ensemble pour une représentation où tout le monde se retrouve et trouve son compte ; ce n’est pas moins le théâtre, c’est du théâtre avec la différence qu’il y a le cinéma qui aide à la compréhension de la représentation.
Ça répond à la question du théâtre nourrit-il son homme ?
La grande question de la vie ou de la survie qu’on se pose pour les créateurs. Moi je pose toujours la question, même aux comédiens: c’est quoi le Smig au Cameroun? Est-ce qu’avec le Smig on arrive à vivre? Non. Ils ont continué à travailler, ils ont continué à gagner ce Smig. Avec ce Smig-là, on essaie de faire ce qu’on fait. Le plus important c’est que le spectateur lambda qui est tiraillé par le train-train quotidien puisse trouver un endroit où il peut se détendre. Il ne gagne pas grand-chose, nous ne gagnons pas grand-chose, le plus important c’est notre détresse, on la partage dans un espace comme celui-ci et que le théâtre devienne un espace de purgation.
Vous confirmez que cette représentation est la résultante d’une formation au jeu d’acteur ?
C’était lors d’une formation que les deux comédiens nous ont inspirés et on leur a proposé la pièce. Oui, ils sont formés, mais cette formation avait bénéficié des subventions d’Access culture pour la première année. Mais comme on était à la deuxième année de formation sans rien du tout parce qu’ils étaient demandeurs et nous on pouvait les accompagner. Le plus important parfois pour les espaces de culture chez nous c’est le sacerdoce, et ce sacerdoce-là, on l’endosse.



