L’actualité politique nationale semble être dictée par l’activité du président du Mrc.
Par Cyril Essissima
A quelques mois de l’élection présidentielle d’octobre 2025, l’atmosphère politique dépend de ce que fait ou dit Maurice Kamto. Après la revendication de la « liste électorale nationale », les discussions (inachevées) sur la coalition de l’opposition, le débat (passionné) sur le mandat impératif, etc., le président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc) est pratiquement celui qui dicte l’actualité politique nationale. Maintenant, il suffit qu’il soit tout juste pressenti ou annoncé quelque part pour que le climat sociopolitique soit chamboulé au Cameroun. Il est évident que l’opposant donne du travail aux forces de l’ordre et des sueurs froides aux autorités administratives.
Cette frilosité, quasi morbide, s’est encore observée dimanche dernier à Douala, où le président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc) a littéralement été bloqué à son lieu d’hébergement au quartier Bonapriso par les forces de l’ordre. L’objectif, l’empêcher de tenir une réunion au siège de son parti à Deido. Dans une séquence vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, on a pu entendre un commissaire de police recevant manifestement des ordres de sa hiérarchie par téléphone, marteler fermement qu’« il n’y aura pas de réunion au siège du Mrc ce jour ». Mais c’était sans compter sur les partisans venus par centaines à la rencontre de leur leader. Les canons à eau, les équipements anti émeutes ne les ont pas dissuadés. De l’autre côté, les forces du maintien de l’ordre ont gardé leur calme, malgré les chants scandés par la foule à la gloire de Kamto, et hostiles au président Paul Biya. Une attitude qui a permis d’éviter l’affrontement. A rappeler que dès l’annonce du séjour de Kamto à Douala, le préfet du Wouri a pris les devants pour interdire la circulation des moto-taxis dans certaines artères de la ville le weekend des 7 et 8 juin 2025.

Défi
Cet échauffement survient quelques jours seulement après le meeting de Maurice Kamto, le 31 mai à Paris où des centaines de Camerounais de la diaspora se sont mobilisés pour aller à la rencontre de l’homme politique. Certains critiques lui ont presque lancé le défi de pouvoir mobiliser autant sur le territoire national. Les événements de ce 8 juin, qui n’étaient d’ailleurs pas un meeting, selon les précisions du président du Mrc lui-même dans une vidéo faite le même jour, résonnent comme un pied de nez à ceux qui en doutaient.
Cependant, la question que nombre d’observateurs se posent est de savoir pourquoi le pouvoir cristallise autant son attention sur Maurice Kamto, qui du reste n’est pas le seul opposant politique au Cameroun. Une situation que tente de comprendre l’analyste politique Njoya Moussa qui pense que « la meilleur manière de rendre une manifestation ou une marche populaire et totalement hors contrôle, c’est de l’interdire ! Soit ces gens (nos securocrates) sont totalement stupides (ce que je ne pense pas), soit eux-mêmes manœuvrent indirectement pour faire tomber le pouvoir, en énervant le peuple », a-t-il posté sur sa page Facebook.
Pour l’avocat et non moins analyste politique Me Claude Assira, il faut condamner ces actes d’intimidation et de musellement. « Les méthodes (intimidation et musellement) auxquelles nous assistons ce dimanche de Pentecôte de la part des pouvoirs publics camerounais à Yaoundé et Douala ne sont pas dignes. Elles doivent être dénoncées par tous les républicains. Elles relèvent de temps anciens qu’on souhaite oublier. Surtout, ce sont des méthodes qui radicalisent ceux pour qui, manifester, crier, chanter à la gloire de leur champion reste la seule forme d’expression d’un ras-le-bol du reste largement compréhensible, telle le pays va mal (…) », s’est-il lui aussi exprimé via le même réseau social.



