En plus de la brouille avec le fondateur du parti, le député accuse certains membres du gouvernement d’être à la manœuvre.

Par Cyril Essissima
Finalement, ça ne va pas au sein du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (Pcrn). Le sous-préfet de l’arrondissement de Kribi 2 vient de rapporter le récépissé de déclaration de manifestation publique dédiée au congrès ordinaire prévu du 15 au 17 décembre 2023 dans la citée balnéaire du Sud. « Ladite manifestation publique est interdite pour dissensions internes à cette formation politique, susceptibles de troubler gravement l’ordre public », motive l’autorité administrative dans sa décision.
En effet, le président du Pcrn, Cabral Libii, aura peut-être une confrontation le 4 janvier 2024 avec l’un des fondateurs du Pcrn, Robert Kona, qui a saisi le tribunal de première instance du Mayo-Kani à Kaélé (Extrême-Nord) pour demander « l’annulation des résolutions du premier congrès ordinaire du Pcrn », tenu à Guidiguis en mai 2019 et à l’issu duquel Cabral Libii a été porté à la présidence du parti. Sur le fond, Robert Kona fait savoir que le congrès querellé n’en était pas un. Il était question, selon lui, d’une rencontre qui « visait à fixer les modalités de collaboration entre le Pcrn et son invité spécial en la personne de monsieur Cabral Libii ». En plus des travaux qui se sont déroulés « au pas de course », Robert Kona évoque les griefs suivants : « le changement de la nature de la rencontre, le quorum non atteint, l’absence de nombreuses élues à la rencontre… »
Pourtant, quelques jours plus tôt, Cabral Libii avait nié l’existence d’une brouille.
« Aucun problème entre les pères fondateurs du Pcrn et moi », avait-il affirmé au cours d’une conférence de presse le 15 novembre 2023 à Yaoundé. Aujourd’hui, le retentissement du malaise au sein du Pcrn est tel qu’on ne peut plus l’étouffer. D’ailleurs la porte-parole du président du Pcrn, Anne Féconde Noah, a confirmé l’existence d’un problème. « Papa Kona n’est pas juge. Ce n’est pas à papa Kona de décider de l’illégalité du congrès de Guidiguis. Ce n’est pas non plus au ministre de l’Administration territoriale. L’affaire est déjà en justice », a-t-elle déclaré dimanche 26 novembre au cours d’un débat sur la chaîne Vision4, non sans accuser le régime d’être à la manœuvre pour nuire à l’ascension politique de son leader. Anne Féconde Noah considère la mesure sous-préfectorale comme « une suspension ».
Pour sa part, Cabral Libii s’est offusqué lui-même offusqué de la décision du sous-préfet de Kribi 2. « Nous prenons à témoin l’opinion nationale et internationale sur les risques et les conséquences graves que peuvent entraîner une affliction populaire de cette ampleur et une atteinte aussi flagrante à la liberté de se réunir, consacrée par les lois de la République et les engagements internationaux pris par l’Etat du Cameroun. Car en effet, rien, mais alors rien au regard du prétexte brandi et des statuts du Pcrn, ne justifie un tel préjudice », a-t-il écrit sur sa page Facebook samedi 25 novembre. Le député crie lui aussi à un complot ourdi par des mains tapies dans le gouvernement pour lui mettre les bâtons dans les roues. « Nous disons que le soulèvement populaire que certains membres du gouvernement, bras séculiers de forces avides de sang qui se structurent insidieusement, veulent organiser par la provocation, à l’effet de créer tout de suite des situations similaires à celles vécues dans des pays frères, ne passera ni par ma personne, ni par le Pcrn. Le peuple ne se laissera pas mobiliser par la provocation. En revanche, face à la persécution, le Pcrn épuisera toutes les voies pour que triomphe la République et la justice », a-t-il poursuivi, tout en invitant ses camarades à rester mobilisés pour la préparation de ce congrès.



