Classé 131e sur 180 dans le rapport 2025 de Reporters sans frontières, le Cameroun fait partie des pays où il est difficile d’exercer le journalisme.
Par Martin Ndong
Le contraste est saisissant. Alors que le Cameroun affiche l’un des paysages médiatiques les plus fournis d’Afrique, avec plus de 700 journaux, 200 stations de radio et une centaine de chaînes de télévision, il figure dans la catégorie des pays où l’exercice du métier de journaliste est qualifié de « difficile ». C’est ce que révèle le Classement mondial de la liberté de la presse 2025 publié par Reporters sans frontières (Rsf), où le Cameroun occupe la 131e place sur 180.


« La production d’une information indépendante et critique reste un parcours du combattant au Cameroun », note Rsf. D’après cette Ong qui défend également la protection des journalistes, les professionnels évoluent dans un environnement hostile, miné par les pressions, la précarité et l’autocensure. En effet, nombre de journalistes exerçant dans les médias privés sont confrontés à de fortes contraintes économiques. « L’aide à la presse existe, mais son montant est jugé insuffisant et sa distribution dépend de l’alignement des médias sur les positions défendues par le régime. Des proches du pouvoir peuvent également créer des médias de toutes pièces pour affaiblir économiquement un autre titre critique devenu gênant. La corruption et le favoritisme sont monnaie courante », renchérit l’organisation.
Rsf pointe aussi un encadrement politique étroit des médias. « Le chef d’État domine toutes les instances, et ce climat alimente l’autocensure et entraîne l’alignement de la plupart des médias sur les positions des autorités. Le président de la République nomme, par décret, tous les responsables des médias gouvernementaux et tous les membres du Conseil national de la communication, l’organe de régulation des médias ».
Le climat d’insécurité est incessant. Journalistes agressés, arrêtés, détenus ou enlevés : les atteintes à leur intégrité se multiplient. Le rapport évoque l’enlèvement et l’assassinat, en janvier 2023, de l’animateur Martinez Zogo, ainsi que celui du journaliste Anye Nde Nsoh, chef du bureau de l’hebdomadaire The Advocate, tué à Bamenda en mai de la même année. « Nombre de journalistes connus font l’objet d’une surveillance. Le degré d’impunité pour les auteurs d’actes de violence envers les journalistes reste fort dans le pays », déplore Rsf.
Par ailleurs, le Cameroun recule dans cette édition 2025 du Classement mondial de la liberté de la presse. Le pays tombe à la 131e place sur 180, contre la 130e en 2024, avec un score global de 42,75 contre 44,95. Si les indicateurs politique (107), social (99) et sécuritaire (153) restent stables, des détériorations sont observées dans les volets économique (141e contre 144e) et législatif (121e contre 115e).
Dans ce contexte, le classement de Rsf rappelle les défis persistants pour les professionnels des médias, et souligne l’importance de garantir un cadre plus serein à l’exercice du journalisme. À noter que l’organisation classe les pays selon cinq niveaux, qui représentent la situation de la liberté de la presse : bonne, plutôt bonne, problématique, difficile et très grave.
Les 10 derniers pays africains où les conditions d’exercice du journalisme sont difficiles
Maroc (120e)
Togo (121e)
Nigeria (122e)
Burundi (125e)
Algérie (126e)
Tunisie (129e)
Cameroun (131e)
RDC (133e)
Somalie (136e)
Libye (137e)



