Le médecin de gériatrie et présidente de l’Association Comprendre la Maladie d’Alzheimer (ACMA) donne des éclairages sur la prise en charge des personnes atteintes.
Rosette Ombessack
Vous avez co-organisé avec l’association Women Peace Initiative (WPI) une causerie éducative sur l’Alzheimer et la promotion de la cohésion sociale et familiale le 03 mars dernier à Dschang, en prélude à la célébration de la Journée internationale de la Femme le 08 mars. Quel est le lien entre la maladie d’Alzheimer et la cohésion sociale et familiale ?
Il peut effectivement sembler à première vue qu’il n’y ait pas de lien entre la Maladie d’Alzheimer et la cohésion sociale et familiale. Mais quand on considère le retentissement des troubles graves du comportement qui entraîne la stigmatisation et la marginalisation des malades, il apparaît que la famille et la société doivent apprendre à accepter les malades, à rester unis, patients, aimant et compréhensifs pour préserver aux malades leur dignité et leur place dans la société. ACMA et WPI ont été très heureux de collaborer sur cette causerie.

Est-ce que les troubles de mémoire et les troubles de comportement sont automatiquement les signes annonciateurs de la maladie d’Alzheimer. Si non comment en être sûr ?
Il est normal qu’un cerveau âgé ait une capacité de mémorisation moins bonne qu’un cerveau jeune. La Maladie doit être suspectée quand ces oublis sont graves et impactent la vie quotidienne de la personne.
Des tests permettent de faire la différence entre des troubles de la mémoire bénins et la maladie d’Alzheimer. Les troubles du comportement par contre apparaissent quand la maladie est déjà bien installée et ils traduisent toujours une atteinte sévère du cerveau.
Les violences conjugales peuvent-elles avoir un impact sur la survenue des démences dont l’Alzheimer ? En outre, l’Alzheimer est-elle une maladie héréditaire ?
Nous avons effectivement remarqué la récurrence d’un passé de violences conjugales chez beaucoup de nos patients. Les violences conjugales sont source de stress et le stress favorise l’apparition de troubles cognitifs.
Néanmoins, pour être certain de ce lien, il faut faire des études scientifiques bien élaborées. Nous y travaillons. Oui, la présence de certains gènes dans L’ADN, en particulier l’apolipoprotéine E4 favorise la survenue de formes familiales de la maladie. Mais c’est juste un facteur de risque, ce n’est pas un lien de causalité absolue.
Peut-on guérir de la maladie d’Alzheimer ? Si non comment ralentir son évolution ? Et comment prendre soin des personnes atteintes de cette pathologie ?
La maladie d’Alzheimer est incurable par les médicaments actuellement disponibles. La recherche est très active depuis une trentaine d’années dans ce domaine, mais aucun médicament sûr et facilement accessible n’a encore été développé. Heureusement, au début de la maladie, certains médicaments ralentissent le déclin cognitif. Leur efficacité est faible voire nulle sur les formes avancées.
La prise en soins des malades repose beaucoup sur l’accompagnement et les traitements non médicamenteux comme la stimulation cognitive, la kinésithérapie, l’art-thérapie, etc. Ceci avec beaucoup d’amour et un dévouement sans faille des aidants familiaux. La Maladie d’Alzheimer se manifeste au début par des troubles de la mémoire, puis des troubles de la reconnaissance des objets et des visages du quotidien, avec un peu plus tard des troubles du comportement.



