Abdou Mfopa: Si l’on avait développé une infrastructure locale, on n’aurait pas besoin d’avoir internet pour accéder au site des impôts

Président de Internet Society Chapitre du Cameroun, il donne les raisons du
coût élevé d’internet au Cameroun, au cours d’une rencontre multi-acteurs
organisée par sa structure le 27 novembre dernier.

Par Lorine Claudia Agnang

A l’occasion de la rencontre multi-acteurs organisée par Internet Society
chapitre du Cameroun le 27 novembre dernier, vous avez parlé des raisons
de la cherté d’internet. Quels sont donc ces éléments qui influencent le coût
d’internet au Cameroun ?

Le coût élevé de l’Internet au Cameroun est influencé par plusieurs facteurs. Tout
d’abord, l’infrastructure est limitée et ne couvre pas efficacement tout le territoire,
avec un faible accès local qui contribue à un taux de pénétration d’environ 44 %,
selon Internet Society Pulse. Cela signifie que plus de la moitié de la population
n’a pas accès à Internet, ce qui limite les économies d’échelle nécessaires pour
réduire les coûts. Par ailleurs, la concurrence sur le marché reste insuffisante,
avec seulement trois opérateurs principaux et quelques fournisseurs d’accès
Internet (FAI). Cependant, les barrières réglementaires et fiscales rendent difficile
l’entrée de nouveaux acteurs susceptibles d’introduire des technologies
innovantes. De plus, l’insuffisance de centres de données aggrave le problème.
Par exemple, chaque opérateur gère son propre cache pour des services comme
Facebook, ce qui implique des sorties internationales multiples, augmentant ainsi
les coûts. Une solution efficace consisterait à mutualiser un cache unique au
niveau du point d’échange Internet (IXP), permettant une seule sortie
internationale pour tous les opérateurs, réduisant ainsi les dépenses globales.
C’est quoi le point d’échange ?
Le point d’échange est une infrastructure qui permet aux opérateurs ou aux
détenteurs de l’ASN (Autonomus System Number) de pouvoir échanger le trafic
entre eux, sans avoir besoin de sortir. Ainsi, si vous êtes une entreprise avec votre ASN et moi également j’ai le mien, au lieu d’aller passer par à internet pour
communiquer et parce que nous sommes tous connectés à un point d’échange, si
je vous envoie une information, elle n’ira plus ailleurs, mais viendra directement à
vous parce que nous sommes connectés quelque part. Tel est le rôle du point
d’échange. Il facilite la communication, les échanges en local entre les différentes
personnes détenteurs du numéro ASN. Or au Cameroun nous n’avons que trois
points d’échange : un à Yaoundé et deux à Douala.

Pourtant la présence des points d’échange dans les différentes localités du pays
permettrait aux trafics de rester en local et si le trafic reste en local, les coûts de
l’achat du trafic international vont baisser. Parfois lorsqu’on a une coupure de
l’Internet comme celle survenue au mois de mars dernier, un site comme celui des
impôts qui a son serveur hébergé au Cameroun était indisponible parce qu’il faut aller chercher les tous sur Internet alors que les impôts se trouvent au Cameroun ; la Cnps c’est au Cameroun, mais quand on coupe Internet, on n’y a pas accès. Or si l’on avait développé une infrastructure locale, on n’aurait pas besoin d’avoir internet pour accéder au site des impôts, ou à celui de la Cnps et toutes les autres administrations publiques qui ont des sites, auraient continué de fonctionner. Si on
reste en local, ça veut dire qu’on ne paie plus de l’argent pour sortir. Et si on ne
paie plus de l’argent, c’est nous le Cameroun qui gagnons et c’est les utilisateurs qui gagnent parce que les usagers du site des impôts ou encore de celui de la Cnps sont des Camerounais.


Quelle est la différence entre le point d’échange et la fibre optique ?
Nous allons prendre une image. La fibre optique l’international, est semblable à
une autoroute. Si vous voulez aller par exemple aux États-Unis à partir du
Cameroun, vous avez cette autoroute qui vous y conduit directement. Or la
différence avec le local est que pour aller de Yaoundé à Foumban qui est juste à
côté, vous n’avez pas besoin d’aller passer par les Etats-Unis. Car si vous
procédez par ce long chemin, il y a la perte de temps, il y a du gaspillage. Or,
sans le point d’échange, il peut arriver qu’au moment où vous vous rendez sur
Internet pour rechercher une information, tout le monde y soit également. Vous
avez cette congestion, parce que tout le monde est en train de prendre cette
autoroute-là. Pourtant parmi eux, il y en a qui prennent cette autoroute, même
quand ce n’est pas nécessaire.
Qui crée les points d’échange ?
Dans la configuration actuelle du Cameroun, le point d’échange est géré par une
association privée. Dans d’autres pays, c’est l’Etat qui les construit, avec des lois
imposant les détenteurs de l’ASN et le numéro de l’Internet de se connecter au
point d’échange. Mais le Cameroun n’est pas encore arrivé à ce niveau. Ça reste
une association de droits privés où tout le monde est libre d’adhérer ou pas. C’est
pourquoi on peut constater que tout le monde n’y est pas connecté, et il n’y a pas
de contrainte.

Les opérateurs de téléphonie sont-ils les seuls appelés à se connecter au
point d’échange ?
C’est tout détenteur d’un numéro ASN, qui est un numéro de visibilité sur internet
par exemple. Dès que vous êtes une organisation et que vous trafiquez sur
internet, vous devez avoir ce numéro qui est attribué par AFRNIC (African
Network Information Centre). Ce numéro vous permet d’avoir une visibilité sur
internet. Une fois que vous y êtes connectés, il y a une connexion physique qui part du point d’échange vers la structure. Cette communication permettra ainsi d’éviter la rupture des services. Actuellement au Cameroun, seules 33 structures disposent d’un numéro ASN. Il y a encore beaucoup à faire. Et si toutes les
entreprises, toutes les structures en disposent, il serait facile d’aller se connecter à un endroit et de faire ce trafic-là. Et si dans tout le Cameroun a que 33, on ne va pas y arriver, parce que lorsqu’il y aura coupure d’internet, tout le monde va souffrir parce que tout le monde est lié à l’international.


Quelles sont actions que Internet Society chapitre du Cameroun mène pour
essayer d’attirer l’attention des pouvoir publics sur cette situation ?
C’est la sensibilisation. L’atelier organisé ce jour participe de sensibiliser les
organisations, qu’elles soient privées, de la société civile ou gouvernementales,
de se rendre compte des menaces qui pèsent sur Internet et qu’il y a des actions
à mener. A Internet Society nous disposons de la plateforme Internet Society Pulse, qui est une plateforme qui agrège plusieurs indicateurs. Et ces indicateurs permettent de voir la position de notre pays par rapport à d’autres pays au même niveau que nous. Si nous prenons l’exemple des points d’échange, nous nous rendons que le Nigéria voisin en dispose cinq. Alors que nous au Cameroun, voisin du Nigéria, nous n’avons pas ce nombre de points. Ceci est une alerte de dire que nous sommes en arrière et il faudrait faire quelque chose pour avancer.
Lorsque vous allez prendre un pays comme le Bénin, comme le Togo où le taux
de pénétration est plus avancé que le nôtre, ça nous alerte. En Plus de la
sensibilisation, nous organisons des formations.

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