Au cours des cérémonies d’obsèques officielles programmées le 8 février prochain, le Cameroun rendra un dernier hommage à ce « monarque altruiste ».
Par Alain Ndanga
C’est clair pour tout le monde. Ceux qui n’en revenaient pas toujours, réalisent à l’évidence que S.M Tchoua Kemajou Vincent n’est plus parmi les vivants. Le « roi diplomate » a quitté les peines du monde phénoménal pour dresser son fauteuil auprès de ses ancêtres dans le monde non phénoménal. Il ne parle plus avec son peuple meurtri par la douleur et déboussolé par son départ, qu’à travers la communication africaine. Pour faire simple, la citation « les morts ne sont pas morts », du poète sénégalais, Birago Diop illustre parfaitement la situation actuelle du terroir.

Le peuple bazou en a pris acte. Mais avant de partir, ceux qui l’ont connu et aimé vont lui réserver un ultime hommage digne du roi et du père qu’il a été. La grande cour d’apparat de la chefferie supérieure Bazou risque d’être étroite pour contenir tous ceux qui viendront des quatre coins de la planète.
Sauf que des informations glanées sur le terrain font état de ce qu’un groupuscule d’individus tente de manipuler les esprits et de semer le chaos à la chefferie supérieure. Certaines indiscrétions mettent en garde ces « fauteurs de trouble qui essayeront d’une manière ou d’une autre de perturber les obsèques du roi ». Dans une interview accordée au quotidien Mutations, le président du comité technique d’organisation, Mesmin Watat Djanga, avait appelé les Bazou à corps ensemble pour offrir les obsèques dignes au roi.
Maire de la commune de Bazou
L’illustration a été faite le 23 novembre 2024 lors de la célébration de l’anniversaire de ses 40 ans au trône et de ses 70 ans de vie sur terre. Ce jour historique a permis de réaliser combien le roi était populaire. Les Bazou sont sortis comme un seul homme pour magnifier leur guide. Avant l’apothéose, il a sillonné pendant des semaines les confins des 63 villages dans le cadre d’une tournée question de toucher du doigt les réalités de ses administrés. Il connaît son groupement jusqu’aux tréfonds. D’ailleurs, il a été maire de la commune de Bazou (cinq villages : Bazou, Balengou, Bakong, Bagnoun, et Bamaha) de 1985 à 1995.
S.M Tchoua Kemajou Vincent a tant aimé son peuple qu’il s’en est sacrifié tout ou partie de sa vie. Homme de culture, il a relancé le festival Nzouh Bi’goup en 2014. L’événement placé sur le haut patronage du président de la République, Paul Biya, la cérémonie de clôture a été présidé Narcisse Mouelle Kombi, alors ministre des Arts et de la culture. A cette occasion, il avait structuré sa chefferie en gouvernement, avec comme premier ministre, David Tchuinou et le vice-premier ministre, Jean Claude Mbwentchou. Sous son impulsion, la première édition du festival kekuà (mets traditionnel bazou) s’est tenue en 2022 et il s’est personnellement investi pour les éditions suivantes.
Une source crédible indique qu’il était l’un des rares chefs du Ndé à être très impliqué aussi bien dans la réunion de ses collègues du département que de la région de l’Ouest (où il était vice-président). « Il ne haussait pas la voix même en cas de fâcherie. Calme et droit dans ses bottes, il était un médiateur qui ne loupait pas ses missions dans différents dossiers », déclare la source sous cape. Il ajoute qu’il était « un fin diplomate » qui a sillonné l’Afrique pour rencontrer ses pairs et les quatre coins du globe pour transmettre sa chaleur à ses fils et filles.
Comme dans la pure tradition grassfield, les Bazou disent que le roi est parti, vive le roi. Rendez-vous vendredi 8 février pour ouvrir une nouvelle page de l’histoire du peuple bazou.

Julienne R. Siwe Ngongang : « S.M Tchoua Kemajou Vincent était un roi visionnaire »
La présidente fondatrice de l’Ong Wocotomadi (World Coming Together to Make a Difference) s’exprime sur les relations de l’organisation qu’elle dirige avec le défunt roi des Bazou.
Par Alain Ndanga
Alors que les cérémonies d’obsèques du roi sont prévues ce 8 février à Bazou, département du Ndé, comment avez-vous accueilli la nouvelle de son décès au moment où avec le Wocotomadi, il initiait un important projet pour le développement des chefferies traditionnelles du Cameroun ?
L’annonce du roi des Bazou est tombée comme une météorite. Au moment où nous attendions le moins, le pire s’est produit. C’est un véritable coup de massue pour l’ensemble des fils et filles d’Afrique vivant aux Etats-Unis de naissance par alliance et adoption et de manière plus large pour les membres du Wocotomadi disséminés dans le monde. Nous nous préparions pour l’accueillir aux Etats-Unis avant la fin d’année 2025 à New-York pour passer à la phase d’implémentation de plusieurs de nos projets tels que l’inculturation la Wocoto-Musovie ; la non-violence dont le but est de les développer dans les chefferies traditionnelles des dix régions du Cameroun et d’Afrique pour l’organisation des obsèques d’un membre. Ce sont là des raisons qui nous ont poussées à élaborer et à mettre sur pied ce type d’assurance. La mutuelle est un instrument qui permettra aux chefs traditionnels des dix régions du Cameroun, et les membres du Wocotomadi, d’exhorter leurs fils et filles résidant au Cameroun et à la diaspora à se mobiliser autour de cette mutuelle afin qu’ensemble, ils opposent une réponse efficace à ces problèmes. Au-delà, la mutuelle permet de réaliser des ouvrages sociaux à fort impact pour ainsi développer les communautés où le besoin est exprimé.
Quelle perspective après le décès du roi ?
S.M Tchoua Kemajou Vincent était un roi visionnaire. La meilleure manière de lui rendre un hommage dans le temps et dans l’espace est de continuer à travailler sur le projet qu’il a initié de ses propres soins. Avec ses pairs du Cameroun, nous allons ensemble voir comment Wocoto-Musovie peut porter son nom à l’effet de l’immortaliser. Par ailleurs, le roi était parmi les maîtres d’œuvres d’un grand événement culturel que nous préparons en juillet de cette année aux Etats-Unis. Là encore, le comité d’organisation va se réunir pour trouver la bonne stratégie pour que son nom soit gravé en lettres d’or au panthéon que nous allons ériger à sa mémoire. Nous mettrons à contribution nos partenaires privilégiés et qui sont nos sages, notamment le Conseil panafricain des autorités traditionnels et coutumières d’Afrique (Cpatc) avec à sa tête S.M Elong Kotto Pierre Patrick; et le Conseil national des chefs traditionnels du Cameroun (Cnctc), dirigé par S.M Tsala Ndzomo Guy.
Quelles sont les missions du Wocotomadi ?
La mission principale est d’établir les échanges culturels internationaux, en améliorant l’accès aux soins de santé, à l’éducation et au développement communautaire. Nous insistons sur le fait qu’un monde meilleur peut être réalisé grâce aux efforts mutuels et au soutien des principaux acteurs de la société tels que les gouvernements, les entreprises et la société civile. Ainsi, au sein de l’Ong nous devons gagner le pari de réunir tous ces acteurs pour des solutions durables à leurs préoccupations en se basant sur les liens rigides de la culture. La finalité du Wocotomadi est calquée sur Objectifs de Développement Durable des Nations unies (Odd), en ce sens qu’elle travaille avec des partenaires locaux et internationaux pour créer un impact durable pour le bien-être des communautés désœuvrées.



