La Pca du Redhac revient sur ses convocations à la Police judiciaire et au Sed, sensibilise les populations à l’importance de revendiquer leurs droits et d’accomplir leurs devoirs.
Par Blaise Djouoke
Vous avez, le 22 janvier dernier, répondu à une convocation à la Police judiciaire du Littoral, dans laquelle vous êtes accusée de bris de scellés. Comment s’est déroulée l’audition ?
L’interrogatoire avec les enquêteurs de la Police judiciaire a été très courtois. Nous y sommes allés vers 11h et sommes sortis vers 15h. On m’a posé des questions sur la base d’une plainte qui a été déposée par le préfet du département du Wouri contre moi, pour deux motifs. Il m’accuse de rébellion et de bris de scellés. Des questions extrêmement simples. J’ai nié les faits, parce que c’est faux. Ce qui tient lieu de scellé, c’est un bout de papier apposé sur la porte du Redhac et qui devait permettre de mettre tout le personnel dehors. Et on leur a dit que c’est le ministre de l’Administration territoriale qui a ordonné ces scellés.
Est-ce à dire que ces scellés n’étaient pas conformes à la loi ?
Rien de ce qu’ils ont fait ce jour-là n’était conforme à la loi. Monsieur le sous-préfet est venu avec la police, ils ont apposé des scellés. Ils ont dit que c’est en exécution de l’arrêté du Minat du 06 novembre, mais, qui ne disait pas d’aller apposer des scellés. Et donc, monsieur le sous-préfet n’exécutait pas la décision du Minat.
Quand on exécute une décision de justice, tout est très précis. Les faits reprochés sont clairement libellés et les peines ou sanctions encourues. L’arrêté du Minat ne parle absolument pas d’apposer les scellés. Même pas de fermer le Redhac. Il dit qu’il annule l’association. La nullité du Redhac ne veut pas dire qu’on scelle le Redhac. Cette annulation est purement administrative, et ça veut dire que si on écrit désormais, on n’existe plus. Mais, cela ne veut pas dire qu’on n’a plus de locaux, que les locaux doivent être fermés ou scellés.

Pourquoi ces chefs d’accusations de bris de scellés et rébellion contre vous ?
Le préfet parle de rébellion parce qu’il dit m’avoir convoqué deux fois et que je ne suis pas allée. Ce qui est faux. Le préfet m’a convoqué une première fois sous-couvert de la collectivité du canton Bell. Et c’est à une heure de la convocation que je l’ai reçue. Et en plus, il a écrit qu’il est au deuxième étage, et je ne peux pas monter deux étages. Je le lui ai écrit. Je lui ai aussi dit que je ne pouvais pas venir parce qu’il m’avait envoyé la convocation sous le couvert du Canton Bell. Et ce n’est pas mon adresse.
Il a répondu à ma lettre en reconnaissant partiellement mes récriminations. Les autres convocations m’ont été envoyées par voie d’huissier. J’ai le sang civique. Je suis un citoyen qui connaît ses devoirs, qui connaît aussi ses droits et qui ne se les laisse pas arracher par qui que ce soit, parce que la loi est la même pour tous. Personne n’est au-dessus de la loi. Tu ne vas pas violer la loi pour venir m’embêter dans mes droits et je te laisse. Non. Je ne te laisse pas. Je les défends
Comment comprendre cette plainte du préfet du département du Wouri ?
Je pense que le préfet n’a jamais trouvé quelqu’un qui lui dise, monsieur le préfet, convoquez-moi normalement, régulièrement, en me respectant, en respectant mes droits ; qui lui dise, vous êtes une autorité, vous êtes aussi soumis à la loi et vous devez donner l’exemple du respect de la loi si vous voulez exiger que les autres le fassent.
Si vous violez la loi en fermant une institution comme le Redhac, qui est là depuis 14 ans et qui a déjà reçu plusieurs médailles dans le vaste chantier des droits de l’homme, alors, nous allons défendre nos droits. La Constitution du Cameroun commence par la déclaration universelle des droits de l’homme. C’est le travail n°1 du président de la République, de veiller sur les droits de l’homme. C’est le préambule de notre Constitution sur laquelle le président de la République prête serment, devant le peuple. Et c’est pour ensuite envoyer les sous-préfets, préfets et ministres embêter celui qui vous a mis là ? Moi je ne comprends pas ça comme-ca.
Quelle est la suite réservée à cette affaire ?
Ils vont faire leur enquête. Ils m’ont entendue, mais également madame Maximilienne Ngo Mbe, qui était aussi convoquée pour les mêmes motifs. Sur la base de ce que nous avons dit, ils vont convoquer les témoins. L’enquête va prendre forme et après ils vont renvoyer les résultats de l’enquête à monsieur le procureur de la République, qui est leur patron, pour la suite qu’il lui conviendra de réserver à cette plainte de monsieur le préfet.
Il est à noter que pour qu’on reçoive cette convocation, monsieur le préfet a traité avec le procureur de la République en lui envoyant sa plainte, lequel a saisi la PJ, chargée de mener des enquêtes. Après leur enquête, les policiers vont remettre le dossier à monsieur le procureur de la République, lequel va examiner. Et s’il juge que mon comportement est délictuel ou criminel, il va qualifier les faits et saisir le tribunal. Et au tribunal, on va débattre publiquement, contradictoirement avec mes avocats, contre le procureur de la République et le préfet, qui seront tous au tribunal.
Quelques jours plus tôt, vous étiez au Sed pour une affaire de financement du terrorisme. Comment s’est passée votre convocation ?
Je leur ai dit que je ne reconnaissais pas les faits, bien-sûr. On m’a fait écouter une vidéo qui date de 2019. Mes enfants de la diaspora m’avaient invité en 2019 à une de leur AG à Munich. Ils ont enregistré une partie de mon discours et les enquêteurs disent que dans la vidéo, j’ai dit que j’ai beaucoup d’argent et ils pensent que cet argent c’est pour financer le terrorisme. Ce qui est absolument faux.
Je suis allée à Munich pour expliquer aux gens de la diaspora que l’Union africaine a pensé à eux. L’UA, sous madame Zouma, a créé une région spéciale, la sixième. Pour le moment, il y en a cinq, le Nord, le Sud, l’Est, l’Ouest et l’Afrique du Sud. Il y en a maintenant une sixième qui est la diaspora. C’est ce que j’allais leur annoncer. Ils vont avoir tout un Etat à eux. Le dossier a été confié au Dr Louis-Georges Tin, descendant africain d’origine antillaise, qui a commencé par former un gouvernement, un parlement pour la construction de cet Etat. Et dans ce gouvernement, j’ai été nommée au poste de ministre de l’Intérieur par le Premier ministre, Son excellence Louis-Georges Tin, poste que j’occupe jusqu’à ce moment. Je suis donc ministre de l’Intérieur sur un plan plus large. Pas seulement pour l’Afrique, mais partout où il y a des afro-descendants.
Ce sixième État s’appelle State of African Diaspora (Soad). J’ai demandé aux enquêteurs de faire des recherches sur la Soad et de voir l’acte de naissance de l’Etat de la diaspora et de la sixième région où je suis ministre de Home’s affaires.
Cet argent dont ils parlent n’est pas pour nous. Je me battais pour que cela soit entreposé chez nous au Cameroun, parce qu’on a une banque centrale. Et j’ai fait des démarches auprès du ministre des Finances du Cameroun pour ça. Le Premier ministre de la Soad m’a confié ce travail et par chauvinisme, je voulais que cet argent soit entreposé dans la banque Centrale au Cameroun. Je leur ai dit que c’est à eux de voir, si ma démarche qui est très officielle vise effectivement à financer le terrorisme.
Vous faites aujourd’hui l’objet de plusieurs procédures. Comment comprendre cela ?
Je parle parce que je veux que les gens sachent comment défendre leurs droits. Et ils en ont. Ce n’est pas parce que vous êtes un citoyen lambda que vous n’avez pas de droits. D’ailleurs, les lois sont faites pour protéger le peuple et non pour celle des ministres. Or, on renverse les choses et on fait passer le citoyen camerounais pour une serpillère sur laquelle marchent les ministres et autres hauts responsables de l’administration. Ne vous laissez pas complexer par ça. Les patrons, c’est vous.
Pensez-vous que le peuple ne le sache pas encore ?
Le peuple doit savoir que c’est lui le patron. C’est à vous qu’on va venir demander les voix, les votes pour faire de tel ou de tel le président de la République, qui va nommer tous ces ministres et autres hauts responsables de l’administration. C’est le peuple qui a le pouvoir souverain. Et il l’a en permanence et les autres viennent l’emprunter pour une durée déterminée, pour faire des choses précises contenues dans le mandat que vous lui avez donné. Et à partir de ce moment, je ne vois pas comment lui, il est en haut, et vous êtes en bas. N’acceptez pas ça. C’est vous les patrons. Mais, seulement, vous ne le savez pas. Et ils vous ont inculqué la peur pendant 43 ans. Vous avez peur de quelqu’un que vous avez nommé ?
Le peuple est-il réellement souverain au Cameroun ?
Le peuple est souverain et c’est lui le patron. Il doit en prendre conscience. Il doit gérer le pouvoir souverain qu’il a. cela veut dire qu’il faut s’inscrire sur les listes électorales ; qu’il faut aller voter le jour du scrutin ; qu’il ne faut pas voter par complaisance, mais pour quelqu’un qui va s’occuper du pays et le sortir de la boue dans laquelle nous sommes aujourd’hui, et où on doit faire la queue pour aller chercher du riz parce qu’il coûte moins chère ; où on doit sortir de la maison à quatre heures pour aller s’aligner pour avoir du riz, parce qu’il coûte moins chère.
Qu’est-ce que cela vous inspire, lorsque vous voyez les images de ces files interminables d’hommes et de femmes qui s’alignent pendant des jours pour certains, pour avoir du riz ?
Ce n’est pas ça le Cameroun que Ahmadou Ahidjo nous a laissé. Il nous a laissé un pays où la dignité humaine était sacrée. Le président Ahidjo ne voulait même pas qu’on vende la friperie dans ce pays, parce que c’était une insulte pour le Cameroun et les Camerounais. C’est pour cela qu’il a créé la Cicam, qui n’existe presque plus aujourd’hui.
Ce n’est pas ce Cameroun ci que le président Ahidjo nous a laissé. Je suis de l’autre Cameroun, qui était un Cameroun digne avec un peuple fier. Pas un peuple mendiant.
A notre époque, on nous a appris qu’on ne triche pas à l’école, qu’on ne fraude pas aux examens. Aujourd’hui, regardons ce qui se passe en plein jour. Qu’un pays comme le Cameroun se mette à mendier le riz, c’est honteux.



