Politiques éducatives au Cameroun : Ce que suggère le CEFAN pour 2025

La coalition des organisations de la société civile et syndicats camerounais appelle, entre autres, les décideurs à la tenue sans délai du Forum national de l’éducation et de la formation.


Par Désiré Domo



Après le financement de l’éducation en 2021, l’éducation en situation d’urgence en 2022, la gratuite du préscolaire en 2023, le thème choisi par la Cameroon Education For All Network (CEFAN) pour le compte de l’année 2024 qui rentre en gare est basé sur les politiques éducatives et les plaidoyers du CEFAN. Ainsi, dans sa traditionnelle conférence de presse annuelle présidée le 30 décembre 2024 à son siège par le coordonnateur national Josué Baloma, la coalition des organisations de la société civile et les syndicats du secteur de l’éducation au Cameroun a dévoilé sa position sur différents sujets en lien avec l’éducation au Cameroun, partant ainsi des constats effectués courant 2024.

Le CEFAN structe la mise en oeuvre des politiques éducatives au Cameroun.

En effet, en 2024, le gouvernement camerounais a produit deux documents de politique éducative au Cameroun à savoir le Document de stratégie du secteur de l’éducation et de la formation à l’horizon 2030 (Dssef 23-30) et la politique nationale de l’éducation inclusive (Pnei). Documents produits avec l’implication cette organisation non gouvernementale et surtout la prise en compte de l’un de ses plaidoyers sur l’éducation en situation d’urgence (Esu) et dans lesquels les différents défis relevés reflètent la réalité du Cameroun.
Il s’agit au niveau de l’accès et l’équité des plusieurs constats tels le boom démographique sur le secteur éducatif qui continuera à peser sur les besoins de scolarisation ; le fait que tous les enfants ne bénéficient pas encore d’un cycle primaire complet; la non fluidité dans la transition entre le cycle primaire et le premier cycle secondaire et les fortes inégalités territoriales de scolarisation entre les zones rurales et les zones urbaines ainsi qu’entre les régions.
Pour ce qui est de la qualité des enseignements et des apprentissages, la grande majorité des élèves du primaire ont des difficultés dans l’apprentissage des deux langues officielles (français et anglais) ainsi qu’en mathématiques; l’insuffisance des enseignants dans certaines disciplines au secondaire qui entrave la réalisation des apprentissages de qualité incontestable et la faible contribution de la recherche au développement du pays sont, pour ne citer que ces éléments là, les manquements observés par la Cameroon Education For All Network sur la base des études réalisées dans les 10 régions du pays.
Quant à la gouvernance et la gestion, le CEFAN constaté que le financement du secteur de l’éducation est très limité. Ses dépenses augmentent mais à un rythme inférieur aux dépenses totales de l’Etat. Les 3% des dépenses d’éducation dans le Produit intérieur brut sont faibles. De plus, La part des dépenses pour le primaire est faible (31% en 2018) et de loin ce qui est attendu (45%) pour un pays qui n’a pas atteint l’universalisation du niveau. Et, malgré leur pertinence, les précédentes stratégies sectorielles adoptées conjointement par le gouvernement et les partenaires techniques et financiers ont connu une faible mise en oeuvre.
Toutes ces rares étant clairement ressorties dans le Dssef 23-30, le CEFAN lance un triple appel aux pouvoirs publics. Le premier consiste à tenir sans délai un Forum national de l’éducation et la formation, le deuxième les invite à augmenter le financement domestique de l’éducation c’est-à-dire à alouer au moins 18,57% des dépenses publics qui restent jusqu’à cette fin d’année fixées à 14,2% dans le secteur de l’éducation, alors que le troisième appel demande à l’État de supprimer les 7500 Fcfa des frais exigibles dans le préscolaire public pour que celui-ci devienne gratuit au Cameroun. Non sans, reconnaître que  » les deux dernières années, c’est-à-dire 2023 où le budget était à 13,60%, on est passé à 14,66% en 2024. Ça témoigne d’une nette progression. Et cette progression est confirmée pour 2025, selon le budget adopté par l’Assemblée nationale autour de 15% », martèle Olivier Tankeu, chargé des programmes CEFAN.
Au cours de cet échange avec les hommes de médias, le CEFAN par ailleurs revenu l’éducation inclusive au Cameroun conformément à l’ODD4 sur l’éducation. Dans une étude d’un mois et demi menée dans la région du Centre (dans quatre départements plus précisément) sur la situation des enfants vivants avec un handicap, il ressort que  » tous les enfants vivant avec un handicap dans les salles de classe dites des écoles inclusives ne sont pas réellement accompagnés, parce qu’un enfant déficient auditif n’a pas un enseignant de signe qui lui transcrit les cours. Celui vivant avec un handicap visuel ne peut pas s’en sortir tant qu’il n’a pas la table braille. On dit juste inclusif parce que les enfants vivant avec un handicap et ceux ne vivant pas avec un handicap sont dans la même salle de classe », résume François Nkeumi, coordonnateur régional du CEFAN pour le Centre.