Le colégion du Littoral s’est par ailleurs rendu au chevet de l’avocat agressé par des gendarmes pour lui présenter les excuses de la gendarmerie nationale.
Par Blaise Djouokep
Me Richard Tamfu séjourne depuis mercredi dernier à l’hôpital Laquintinie de Douala. L’avocat au barreau du Cameroun y a été admis après son agression, survenue dans l’après-midi de ce jour, par des gendarmes dans l’enceinte du Tribunal de Première instance (Tpi) de Douala-Bonabéri. A en croire Me Fabien Kengne, « le Colégion s’est rendu à l’hôpital Laquintinie de Douala pour lui présenter les excuses de la gendarmerie nationale », informe l’avocat, d’après qui son confrère se remet peu à peu de ses blessures et des traumatismes subis. « Il va relativement mieux, mais il est toujours à l’hôpital Laquintinie où il suit des soins depuis hier (mercredi dernier, ndlr) ».

Selon Me Fabien Kengne, les faits se sont déroulés alors que son confrère est en plein exercice de ses fonctions. « Les éléments du groupement de Gendarmerie territoriale de Douala sont venus interpeller sa clientèle, munis d’une convocation. A sa question de savoir si, sur la base d’une simple convocation, on peut interpeller un citoyen, ils l’ont passé à tabac, mis de force dans la malle arrière de leur pick-up et torturé, comme le montrent les vidéos en circulation sur les réseaux sociaux », s’offusque l’avocat courroucé. D’autant plus qu’aucun grief n’était retenu contre son confrère. « Naturellement rien ne pouvait lui être reproché. Son tort, c’est de leur avoir rappelé l’illégalité de leur action. Et pour cela, il a été agressé, brutalisé et jeté à l’arrière du pick-up comme un vulgaire bandit », dénonce-t-il.
Enquête du Sed
L’avocat ne se prononce pas sur l’éventualité d’une plainte contre les gendarmes à l’origine de cette bavure. Néanmoins, le secrétariat d’Etat à la Défense (Sed) s’est saisi de cette affaire. Peu après cette violation des droits de l’homme, le Sed a instruit l’ouverture d’une enquête. Dans le document du Sed transmis au commandant de la Légion de gendarmerie du Littoral, portant en objet, « Gestion de l’incident Me Tamfu Richard avec les éléments du Groupement de gendarmerie territoriale de Douala », Galax Etoga prescrit l’« ouverture sans délai d’une enquête judiciaire pour faire la lumière sur cette affaire ». « Vous veillerez à entendre toutes les parties ; toutes les personnes susceptibles de contribuer à la manifestation de la vérité et établir les responsabilités des uns et des autres », prescrit-t-il, en exigeant les résultats de cette enquête dans un délai de 72 heures.
Ce cas de violences policières sur un avocat n’est pourtant pas isolé. En témoigne Etienne Tasse, coordonnateur de Jade, une organisation de journalistes qui a mené plusieurs enquêtes et reportages sur le respect des droits humains dans les lieux de détention et en dehors. « Depuis 2020, il y a au moins quatre cas d’avocats qui ont été brutalisés par les éléments des forces de l’ordre », relève-t-il. Et de poursuivre : « Cela démontre tout simplement que, jusqu’ici, les éléments des forces de l’ordre ne sont pas suffisamment formés au respect des droits de l’homme et des textes qui régissent leur profession. Plusieurs ne sont pas conscients qu’ils doivent faire leur travail en respectant les droits de l’homme. Ils ne savent pas qu’ils doivent interpeller les personnes en respectant leurs droits », regrette le journaliste, qui appelle à punir ces dérives.
« Ces dérives ne doivent pas rester impunies, parce que l’impunité laisse libre cours à ces abus. Ces gendarmes doivent être punis conformément aux lois et règlements en vigueur », clame-t-il.
Conseil de l’Ordre
Les agressions contre les avocats dans les unités de police et de gendarmerie deviennent progressivement la norme et on regrette que le cas de Me Richard Tamfu se soit produit à peine un mois après la condamnation par l’Ordre de l’agression violente d’un avocat à Bafia, suivie de la barbarie récemment perpétrée sur un autre à Yaoundé.
Le bâtonnier, Me Mbah Eric Mbah, qui dénonce cette « dérive liberticide (…) et condamne avec la dernière énergie cette barbarie des forces de l’ordre non seulement parce que la victime est avocat, mais surtout parce qu’aucune personne ne devrait être traité de manière déshumanisante », s’insurge le bâtonnier, qui fait savoir que « cet incident détériore l’engagement de l’Ordre des avocats à construire une relation durable de collaboration avec les services de sécurité nationale », et informe qu’il a « enjoint la Commission des droits de l’homme du barreau ainsi que les représentants du bâtonnier dans la région du Littoral de rassembler tous les faits relatifs à cet incident de trop afin que le Conseil de l’Ordre y donne toutes les suites qu’il appartiendra ».



