Pour réduire le fléau dans la région, le ministère de la Santé publique avec l’appui de la GIZ a formé plus de 700 agents de santé communautaires et 219 prestataires à l’ingénierie du chèque santé pendant près d’un mois.
Par Sébastian Chi Elvido
La mortalité néonatale demeure un problème de santé publique dans la région de l’Est. D’après les données du District de Santé de Ketté qui couvre les arrondissements de Ketté et Mbotoro, « en 2019, 63 décès néonataux sur lesquels 55, soit 87% survenus dans les 24 premières heures de naissance ont été enregistrés. En 2020, le district a déclaré 25 décès avec 03 cas enregistrés en communautés ». Le chef de district précise que Kétté partage une longue frontière avec la République Centrafricaine (RCA) et abrite plusieurs réfugiés dispersés dans les communautés. Ces derniers, note-t-il, constituent 30% de la population d’environ 77 000 âmes et sont très vulnérables à cette problématique de la santé publique. Parmi les causes dans cette zone, on évoque « les complications qui surviennent lors des accouchements, les naissances prématurées, les malformations congénitales, les faibles suivi pendant les grossesses, les longues distances entre les formations sanitaires car les femmes enceintes dans certains cas doivent marcher plus de 15 kilomètres pour atteindre une formation sanitaire, la coutume courante d’accoucher à domicile et l’absence du personnel qualifié ». De l’autre côté, le District de Santé de Yokadouma dans la Boumba-et-Ngoko qui couvre 2 arrondissements présente pratiquement les mêmes caractéristiques que Kétté. « La particularité du District de Santé de Yokadouma c’est son étendu. Il s’étend sur une grande superficie d’environ 320 000 Km2. Nos aires de santé sont disparates. A Masséa qui est l’aire de santé le plus vaste, on peut parcourir sensiblement 200 km pour rallier la dernière formation sanitaire, ce qui rend la tâche difficile aux femmes enceintes à faire des consultations prénatales et certaines se trouvent dans l’obligation d’accoucher en communauté ou chez les tradipraticiens», reconnait Dr Didier Joher, longtemps Chef de District.
Chèque santé
En réponse à cette problématique, le ministère de la Santé publique, avec l’appui technique de la Coopération allemande (Giz), ont entrepris de former les Agents de Santé Communautaires, les accoucheuses traditionnelles, les transporteurs, et prestataires de soins dans les districts de santé de la région de l’Est. La formation s’est déroulée du 21 juillet au 16 août 2024 dans les sites d’Abong-Mbang, Bertoua et Batouri. Au total, 219 prestataires de santé et plus de 700 agents de santé communautaires ont été formés à l’ingénierie du chèque santé. « Le chèque santé c’est l’une des prestations de la couverture santé universelle qui couvre les femmes enceintes et les nouveau-nés de 0 jusqu’à 42 jours. Il faut 6 000 FCFA de contribution sociale pour être enrôlée et la femme bénéficiaire commence sa première visite prénatale qui active son chèque qui lui donne droit à 04 consultations prénatales gratuitement, 01 échographie, 01 accouchement sécurisé et en cas de complications, elle a droit à une césarienne gratuite. Elle a également droit à un suivi, elle et son bébé jusqu’à 42 jours après l’accouchement et à la prise en charge de certaines maladies liées à la grossesse. Aussi pendant l’accouchement s’il y a des infections elle est prise en charge et peut aussi bénéficier de la transfusion sanguine et en cas de besoin, le bébé a aussi droit à la couveuse sans oublier que le transport aussi est remboursé par le Chèque Santé », indique Joyce Marcelle Tamen Ossoua, Responsable Marketing, Couverture Santé Universelle au Fonds régional pour la santé publique de l’Est (FRPS-E). Cette dernière précise que « notre objectif c’est que les communautés s’approprient le Chèque Santé. Il y a parmi les bénéficiaires de cette formation, les mamans qui parlent en différentes langues locales qui vont donner la bonne information à travers les campagnes et les causeries éducatives afin d’amener les femmes à fréquenter les formations sanitaires parce qu’il y a les réfractaires. Donc, l’objectif est de réduire la mortalité maternelle et néonatale dans la région de l’Est ».
Photo : Les leaders communautaires formés sur le chèque santé.



