Invité en France pour commémorer cet événement, le président camerounais déplore la course à l’armement et la reconstitution des blocs sur la scène internationale.
Par Cyril Essissima
« Si rien n’est fait, le monde se dirige de nouveau vers une ou plusieurs guerres aux conséquences incalculables. » Ce sont les paroles du président camerounais Paul Biya, invité spécial du président français Emmanuel Macron, à l’occasion de la commémoration du 80ème anniversaire du débarquement de Provence, le 15 août 2024. À 91 ans, Paul Biya est l’un des plus anciens hommes d’Etat encore en fonction au monde et un témoin oculaire privilégié de tous les conflits majeurs du siècle dernier (exceptée la guerre mondiale de 1914-1918) et du XXIe siècle.
Le chef de l’Etat camerounais a revêtu son manteau de patriarche international pour mettre en garde l’humanité entière sur les conséquences de la course à l’armement. « Presque partout, la grande question reste et demeure de savoir si nous devons capituler devant le pessimisme de l’inévitabilité de la guerre, ou si nous pouvons encore bâtir un avenir plein d’espoir où les guerres appartiendront définitivement à l’histoire », a-t-il déclaré à la France et au monde. Mais au regard des tendances et du contexte globalisé, Paul Biya fait un constat pour le moins inquiétant car, regrette-t-il, « malheureusement, la géopolitique et la géostratégie mondiales restent dominées par la course aux armements, la construction des blocs fait son retour, la guerre froide dont la chute du mur de Berlin a sonné le glas est à nouveau d’actualité, de nouveaux acteurs à l’instar des sociétés paramilitaires privées agissent çà et là, la guerre se fait désormais par procuration ».
Le président de la République ne s’est pas contenté de tirer la sonnette d’alarme. Il a partagé son expérience et la recette appliquée dans son pays à savoir le « recours au dialogue », les « solutions concertées ». Autrement dit, « le Cameroun a de tout temps (…) fait de la résolution pacifique des différends, la clé de sa démarche pour faire échec à la guerre et résoudre les conflits ».

1940
Il faut rappeler que le débarquement de Provence a eu lieu le 15 août 1944. Il s’agit d’une opération militaire baptisée ‘‘Dragoon’’ par Winston Churchill, menée dans le Sud-Est de la France pendant la seconde guerre mondiale par 260 000 soldats français dont plus de 10000 africains en contre le Reich (armée allemande). L’objectif était, entre autres, de disposer de ports en eau profonde à Toulon et Marseille, et de protéger le flanc droit de l’armée américaine venant de Normandie. Un arsenal de 2000 bâtiments de guerre de guerre et autant d’avions y ont été déployés. Le chancelier allemand Adolf Hitler dut ordonner le repli de ses troupes pour éviter l’encerclement.

Le contingent africain de l’armée française avait bien entendu dans ses rangs des Camerounais partis de Douala sous la conduite du colonel Leclerc. Paul Biya rappelle justement que « le ralliement du Cameroun, l’un des tout premiers, est aussitôt dès le 27 août 1940 ». Et le chef de l’Etat de reprendre cette hommage du Général de Gaulle pour qui la « décision » du Cameroun était « un exemple magnifique », cite Paul Biya. Le président camerounais ajoute qu’« il n’y aurait pas eu de victoire alliée sans l’alliance sacrée des volontés, sans la contribution des autres peuples, sans les étrangers, sans les noirs et autres tirailleurs. Cette lutte a été menée ensemble pour défendre les valeurs et les idéaux universels de paix et de justice. Elle exprimait une vision de l’homme et du monde qui nous est commune », a-t-il déclaré en présence de nombreux autres dirigeants africains et d’anciens combattants.



