Malgré leurs réserves, le projet de loi autorisant le président de la République à renouveler l’accord militaire entre les deux pays a été adopté.

Par Cyril Essissima
Face à la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale le 25 novembre dernier, deux membres du gouvernement pour défendre le projet de loi autorisant le président de la République à ratifier l’accord de coopération militaire entre la République du Cameroun et la Fédération de Russie, signé le 12 avril 2022 à Moscou. Il s’agit principalement du ministre délégué à la Présidence de la République chargé de la Défense (Mindef), Joseph Beti Assomo, assisté du ministre délégué auprès du ministre des Relations extérieures, chargé des relations avec le Commonwealth, Félix Mbayu.
Après avoir écouté attentivement le Mindef sur l’historique de la coopération militaire entre le Cameroun et la Russie, l’économie de l’accord et l’intérêt à le ratifier, les membres de la commission ont émis une série de réserves. D’abord le risque de conflit entre les puissances partenaires du Cameroun au moment de la mise en œuvre de divers accords militaires ; le doute sur le pouvoir et le droit du Cameroun après la ratification de l’accord de coopération militaire d’interdire la traversée des frontières par le groupe Wagner comme c’était le cas le 28 juin 2021 ; la possibilité d’envisager la signature d’accord avec l’Ukraine à l’instar de celui en examen ; la recrudescence du phénomène d’enlèvement avec demande de rançon ; la détention et la circulation illégale des armes à feu ; et enfin le sort réservé aux populations déguerpies du site choisi pour abriter « une base aérienne » à Mindif.
Sur le premier point, le Mindef a rassuré les élus sur le fait que le risque de conflit entre les puissances partenaires du Cameroun ne se pose pas. « La mise en œuvre de cet accord ne remet pas en question les engagements du Cameroun dans le cadre d’autres accords internationaux. « Il existe dans ces accords, des clauses de non-ingérence dans les affaires intérieures de l’une ou l’autre partie. Les ennemis de nos amis ne sont pas nécessairement nos ennemis », s’est défendu Joseph Beti Assomo, pour qui « ce serait plutôt l’exclusivité accordée à un ami qui pourrait être source de d’inquiétude », résume le rapport de la commission.
Non-ingérence
Le Mindef illustre la politique de non-ingérence du gouvernement à travers la position adoptée par le Cameroun lors des votes des résolutions à l’Assemblée générale de l’Onu à New York et à Genève où il était question de condamner la Russie pour son opération spéciale en Ukraine. En clair, la diversification de partenariat émane de la volonté du président Paul Biya qui souhaite d’ailleurs voir multiplier d’autres accords de partenariat dans le domaine militaire.
S’agissant de la crainte d’une éventuelle irruption du groupe Wagner sur le territoire camerounais, le représentant du gouvernement a rappelé aux parlementaires que l’accord de coopération militaire est signé entre l’Etat du Cameroun et la Fédération de Russie, « non pas avec ce groupe paramilitaire ». En outre, explique le Mindef, si des combattants de Wagner ont franchi les frontières camerounaises en 2021, c’est parce qu’ils « étaient juste perdus et ne se trouvaient pas en position de belligérance ».
D’autre part, la signature d’un accord similaire avec l’Ukraine n’est pas encore envisageable en raison de ce que ce pays n’a pas d’ambassade au Cameroun. Et comme un zeste d’auto célébration, le ministre ajoute que « le Cameroun n’est pas en quête de partenaires. La quasi-totalité des accords de coopération militaire signés par le Cameroun, a été à la demande des pays partenaires, compte tenu de l’attractivité, de la position charnière et géostratégique qu’occupe notre pays », récapitule le rapporteur de la commission, le député Frank Eric Ndzie.
Selon le Mindef, le phénomène d’enlèvements avec demande de rançon s’est répandu dans les grandes villes, notamment que sont Douala, Yaoundé et Bafoussam « où des cas sont de plus en plus signalés. Aussi, invite-t-il les populations à collaborer avec les forces de l’ordre en donnant des alertes et « à ne surtout pas négocier avec ces bandits qui, à force de recevoir des rançon, se conforteront dans cette activité ».
Quant au sort réservé aux populations déguerpies du site choisi pour abriter une base aérienne à Mindif, Joseph Beti Assomo affirme qu’un tel projet n’existe pas, d’autant plus que chaque région interarmée en dispose déjà une.
Pression des occidentaux
En rappel, la ratification de l’accord militaire avec la Russie n’est en réalité que le renouvellement de l’accord initial qui a duré 5 ans et expiré en 2022 (2017-2022). Le président Paul Biya, dans le mouture initiale du projet de loi, a signifié à la représentation nationale que le Cameroun est sous pression des Occidentaux qui ne voient pas d’un bon œil ce renouvellement en raison de l’offensive russe en Ukraine. Le Mindef a justifié l’intérêt de le ratifier en ceci que le Cameroun est confronté à de nombreux défis sécuritaires. C’est le cas « principalement dans les régions de l’Extrême-Nord, du Nord-Ouest et du Sud-Ouest et la résurgence des conflits identitaires, le terrorisme et la confrontation géopolitique des puissances sur le plan international », récapitule le rapport de la commission des affaires étrangère de l’Assemblée nationale. Le projet de loi a été acheminé à l’hémicycle où il a été discuté et adopté en plénière, hier mercredi 29 novembre.
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