Invité d’honneur de l’édition qui s’ouvre ce 27 juillet, ce pays entend démontrer comment son artisanat est devenu un levier de croissance, d’emplois et d’exportation.
Par Jean De Dieu Bidias
L’Algérie ne vient pas seulement présenter ses produits au 9e Salon international de l’artisanat du Cameroun (Siarc), qui s’ouvre ce jour à Yaoundé. Le pays veut surtout mettre en avant un modèle de développement d’un secteur qui représente aujourd’hui près de 3 milliards de dollars de contribution à l’économie nationale et plus de 1,4 million d’emplois directs. Pays invité d’honneur de cette édition, Alger profitera de cette vitrine pour exposer son savoir-faire tout en partageant son expérience en matière de structuration de l’artisanat. Une quinzaine d’artisans algériens feront le déplacement de Yaoundé. Ils représenteront plusieurs filières emblématiques, notamment la dinanderie (travail du cuivre), la bijouterie traditionnelle, les cosmétiques artisanaux, le travail du sable, la céramique d’art, la broderie ainsi que la confection de tenues traditionnelles. Pour les autorités algériennes, cette présence dépasse largement le cadre commercial. « Un salon de l’artisanat n’est pas un simple lieu de commerce. C’est un carrefour de rencontres, un espace de dialogue et de transmission », soulignent-elles. À travers les objets exposés, ajoutent-elles, « c’est l’âme de notre pays qui s’exprime ».
Mais derrière cette vitrine culturelle se cache un secteur devenu stratégique. Selon les données présentées par la Chambre nationale de l’artisanat et des métiers (Cnam), l’Algérie compte désormais 470 266 artisans enregistrés, qui génèrent plus de 1,4 million d’emplois directs. Leur activité contribue à hauteur de 400 milliards de dinars, soit environ 1724 milliards Fcfa, au produit intérieur brut du pays. L’ambition d’Alger ne s’arrête pas là. La Cnam vise 700 000 artisans à l’horizon 2030 et deux millions d’emplois grâce à une stratégie fondée sur la préservation des savoir-faire traditionnels, tout en améliorant la compétitivité des produits sur les marchés internationaux. Pour accompagner cette transformation, les autorités ont engagé la numérisation du secteur. Une nouvelle carte professionnelle intégrant un QR Code permettra d’assurer une meilleure traçabilité des artisans, de fiabiliser les statistiques nationales et de faciliter l’exploitation des données par les administrations publiques. Cette expérience pourrait inspirer le Cameroun, où l’artisanat reste dominé à près de 80% par le secteur informel.
Le modèle algérien met, notamment, en avant la nécessité de mieux recenser les artisans, de renforcer leur formation, de faciliter leur accès aux marchés et de transformer les productions artisanales en véritables marques commerciales capables de conquérir les marchés internationaux. La présence algérienne intervient également dans un contexte de renforcement des relations économiques entre les deux pays. Un accord de coopération dans le domaine de l’artisanat est actuellement en négociation et pourrait être finalisé en marge du Siarc. Il devrait porter sur la promotion, le développement et la modernisation du secteur. Ce rapprochement s’appuie notamment sur l’ouverture, en octobre 2023, de la liaison aérienne directe Alger-Douala assurée par Air Algérie, avec quatre vols hebdomadaires. Une extension de cette desserte vers Yaoundé est également envisagée. Au-delà de l’artisanat, la prochaine Commission mixte algéro-camerounaise devrait déboucher sur une quinzaine d’accords couvrant des secteurs stratégiques tels que l’énergie, les mines, l’industrie, la pharmacie, l’investissement ou encore le transport maritime. Un forum d’affaires réunissant les opérateurs économiques des deux pays est également annoncé.



