À travers son nouvel ouvrage, l’auteur, entrepreneur et musicienpublie poursuit une réflexion entamée il y a plus de dix ans sur la libération mentale, économique et technologique du continent africain.
Par Rebara Habra
Pour Michel Ngue-Awane, la colonisation n’a pas disparu. Elle a simplement changé de visage. Désormais, elle s’exprime à travers les données, les algorithmes, les plateformes numériques et l’intelligence artificielle. C’est cette conviction que développe l’auteur britanno-camerounais dans son nouvel ouvrage L’Afrique numérique : Le piège d’une recolonisation sans armes ni drapeaux, récemment publié en français. Né à Douala et installé depuis plusieurs années au Royaume-Uni, Michel Ngue-Awane construit progressivement une œuvre qui interroge les causes profondes du retard économique africain. Son approche dépasse les seules questions politiques ou économiques. Philosophie, psychologie, leadership, gouvernance, entrepreneuriat et désormais technologies numériques nourrissent une réflexion qui place l’être humain au cœur du développement. Son parcours littéraire débute en 2015 avec Above the Colonial Subconscious, Africa Moves. Dans cet essai, il développe la théorie du « subconscient colonial », selon laquelle les indépendances politiques n’ont pas suffi à libérer les peuples africains des schémas de pensée hérités de la colonisation.
Pour l’auteur, la dépendance économique trouve aussi son origine dans une dépendance psychologique. Les Africains continueraient, selon lui, à rechercher des modèles de réussite définis ailleurs, au détriment de leurs propres réalités culturelles et économiques. Une thèse qui suscite le débat. Certains observateurs rappellent que les difficultés du continent s’expliquent également par des facteurs structurels tels que les règles du commerce international, le poids de la dette ou encore les rapports de force géopolitiques. Michel Ngue-Awane n’écarte pas ces dimensions, mais estime que le changement doit également venir des mentalités.
En 2020, il poursuit cette réflexion avec Poor Land or Poor Minds: Africa Respond!. Il y défend l’idée que les ressources naturelles ne suffisent pas à créer la prospérité. Selon lui, ce sont l’éducation, l’innovation, l’entrepreneuriat et la qualité du leadership qui déterminent la richesse des nations. Son nouvel ouvrage marque une nouvelle étape dans cette évolution intellectuelle. Cette fois, Michel Ngue-Awane attire l’attention sur la dépendance numérique du continent africain. Il invite les décideurs à réfléchir à la souveraineté des données, au contrôle des infrastructures numériques, à l’intelligence artificielle et à la place de l’Afrique dans les technologies du XXIe siècle.



