Transition politique 2025 : Sans objet pour Cavaye Yeguié Djibril

Lors de la clôture de la session parlementaire, le président de l’Assemblée nationale a dit tout le mal qu’il pense de cette initiative de l’opposition. 

Par Cyril Essissima et Marielle Ongono (Stagiaire)

A l’heure du bilan de la session parlementaire débutée le 5 mars dernier, il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent. En dehors de l’activité principale consacrée à l’élection des présidents du Sénat et de l’Assemblée nationale, après de longues péripéties, la constitution des bureaux et des commissions, sans oublier la tenue du congrès dédié à la prestation de serment des membres du Conseil constitutionnel, les élus ont passé 29 jours à ne rien faire. Aucun texte de loi introduit ni voté, aucune séance de questions orales organisée, aucun débat dans l’une ou l’autre chambre.

Le Pan fait un pied de nez à l’opposition.

 

Lors de la clôture le 3 avril, le président de l’Assemblée nationale (Pan) a quand-même trouvé un exutoire pour meubler son discours de fin de session. Cavaye Yeguié Djibril a dit tout le mal qu’il pense du projet d’alliance de l’opposition en vue de la présidentielle de 20205. Un sujet qui défraie la chronique depuis quelques temps. Dans son coup de gueule, il a déclaré que « de telles initiatives ne sauraient inquiéter la majorité, en l’occurrence mon parti, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc). Le Pan a presque eu un ton moqueur en n’y voyant que de la vacuité. « Ces alliances réelles ou fausses, constituent à mon sens, un aveu de faiblesse. Manifestement, ceux-là semblent être aux abois. Leurs initiatives participent de l’activisme et de l’agitation, pire de la politique politicienne qui n’apporte rien aux Camerounaises et aux Camerounais. Nous autres sommes la caravane qui passe pendant qu’ils aboient », a-t-il lancé, créant une grande hilarité dans l’hémicycle.

Aversion

Outre ce persiflage, le Pan éprouve une vraie aversion pour les transitions qui d’ailleurs « n’ont aucune légitimité ». Et partout où elles sont intervenues en Afrique, estime Cavaye, c’est toujours « à la faveur d’une panne, j’allais dire d’une rupture du pouvoir en place ». Le Pan pense sur que « leur principale marque est la prise du pouvoir par la force. C’est dire qu’elles n’ont aucun fondement démocratique. Dans la plupart des cas, la paix, la cohésion sociale et les efforts pour le développement sont perturbés. Parce que ne reposant pas sur aucune ossature réelle en termes de projet de société, la transition généralement met entre parenthèses les institutions. Le fonctionnement de ces dernières sombre ainsi dans une léthargie ». Un scénario qui au demeurant « ne correspond guère à la réalité qui est celle du Cameroun », tranche-t-il, ajoutant que « nous avons des institutions qui fonctionnent harmonieusement ». Illustration avec l’entrée en fonction du Conseil constitutionnel dont les membres ont prêté serment la veille.

Réactions des députés de l’opposition

Joshua Osih, député SDF

« Cette transition arrivera, qu’il ait peur ou pas »

Le Parlement a été pris en otage par des individus. Normalement, ce sont des individus qui s’alignent sur les institutions. Mais au Cameroun, on a bloqué l’institution parlementaire pour attendre des individus. C’est dommage. Durant toute cette session aucun travail n’a été fait à part celui d’avoir mis en place un bureau et je pense que le président l’a clairement mentionné.

Il nous a fait comprendre que le Cameroun se dirige inévitablement vers une transition générationnelle. Et cette transition arrivera, qu’il ait peur ou pas. On dit chez nous, quand le fort prend 30 minutes pour parler du faible, ça veut dire que c’est le fort qui est faible. C’est ce qui me réjouit dans ce discours d’apprendre que le travail que nous faisons dans l’opposition porte ses fruits, vu que la peur a changé de camp.


Koupit Adamou, député Udc

« On a passé 30 jours à ne rien faire »

On peut comprendre que le président ait eu des difficultés à meubler son discours puisqu’on a terminé une session à ne rien faire sur le plan du travail parlementaire. Mais aller chercher dans le combat politicien pour venir servir ça aux parlementaires comme discours de clôture, je crois que c’était trop osé.
C’est par respect pour lui que nous n’avons pas claqué la porte pour sortir parce que ce n’est pas ça que nous sommes venus écouter. Ça nous montre simplement que le Rdpc est atteint de la fébrilité, et a peur de la transition. Mais ils ne peuvent pas contourner la transition.
Quand on parle de la transition on voudrait que les gens comprennent que les institutions qu’on a au Cameroun aujourd’hui doivent être changées. On doit passer des institutions qui sont construites et organisées pour servir des intérêts partisans à des institutions qui sont construites et organisées pour servir l’intérêt de la nation.
Parler de la transition au Cameroun a toute sa pertinence. On ne va pas venir à l’Assemblée répondre aux discours politiciens mais aux discours républicains posant les vrais problèmes de la vie des citoyens sur le terrain et des solutions que le Parlement doit apporter. Si on nous demande pourquoi on a passé 30 jours à ne rien faire, ont-ils une raison valable pour cela ? Non. Alors que la loi portant règlement intérieur de l’Assemblée exige que pendant la session on doit chaque semaine organiser des plénières pour les questions orales aux membres du gouvernement. On n’a pas pu faire ça. On pouvait comprendre que le gouvernement n’ait pas eu des projets à soumettre mais au moins les questions orales que les députés ont posées et qui sont dans les tiroirs devaient être ressorties. On n’a pas pu le faire et on cherche maintenant à aller ramasser les débats politiques stériles.