Malaise social : L’inquiétant diagnostic de l’Assemblée nationale

Inflation, corruption, délestages, mauvais état des routes, santé, violence en milieu scolaire, etc. Le Cameroun se porte mal, selon la doyenne d’âge.

Laurentine Koa Mfegue châtie ses collègues à l’Assemblée nationale.


Par Cyril Essissima et Marielle Ongono (Stagiaire)


Des mots pour décrier des maux. Le diagnostic de la doyenne d’âge de l’Assemblée nationale, en ouverture de la session parlementaire le 5 mars 2024, est, on ne peut plus conforme à la réalité vécue par les Camerounais.

Au perchoir pour diriger les travaux en attendant l’élection du président de la chambre basse, Laurentine Koa Mfegue a entamé son discours sur une note triste : l’attaque terroriste perpétrée contre des écoliers qui célébraient la Fête nationale de la Jeunesse, le 11 février dernier à Nkambe, région du Nord-Ouest. « Nos enfants ne demandaient qu’à s’exprimer et en retour, à être encouragés en ce jour à eux dédié par la République », s’émeut la doyenne d’âge.

Poursuivant, la plus âgée des députés a plongé dans le malaise qui étreint ses concitoyens. Assainissement urbain en piteux état, corruption, délestages, eau, vie chère, santé, etc. Tout y est. « Nos villes se meurent encore, étouffées par des montagnes d’immondices ; les routes des mêmes villes et de l’arrière-pays se sont transformées en de véritables tombeaux ; la corruption a continué de gangrener le service public. Les coupures intempestives d’électricité, une catastrophe énergétique. Les maladies hydriques ont gagné du terrain faute d’une eau potable en quantité suffisante. La majorité de nos centres de santé continuent d’être malades, malades de l’insuffisance du personnel, des médicaments et de la médiocre qualité des plateaux techniques », a-t-elle décrié en présence des membres du gouvernement.

Le secteur éducatif n’échappe pas à ce tableau noir. « Le secondaire par exemple ressemble à un bateau à la dérive. Les seigneurs de la craie, loin des salles de classe, battent plus le pavé, proclamant une kyrielle de revendications qui, malheureusement, restent sans solutions pour la plupart, malgré les fermes instructions de la très haute hiérarchie ». Laurentine Koa Mfegue regrette par ailleurs que « la violence et la drogue ont élu domicile dans les campus scolaires. Quant aux campus universitaires, la rigueur au travail et la discipline laissent à désirer. Le laxisme dans bien des cas, y a définitivement fait son lit ».

Presque résignée, la doyenne d’âge observe également le phénomène de la fuite des cerveaux. « A leurs risques et périls, beaucoup de nos jeunes quittent le pays afin d’aller chercher fortune ailleurs, notamment en occident et dans d’autres destinations très prisées en ce moment. Il faut le dire, nous restons impuissants devant ce phénomène ».

Sur un tout autre plan, la parlementaire « encourage particulièrement les opérations coups de poing du ministère en charge du Commerce afin de contenir l’inflation, de lutter contre la vie chère et les pénuries. Il n’en demeure pas moins que le panier de la ménagère a continué de subir des délestages ».

 

Comportements peu honorables

La doyenne d’âge ne s’est pas contentée de flageller l’administration. Laurentine Koa Mfegue s’est autorisée un coup de pied sur ses collègues de la représentation nationale pour les inviter à faire leur propre introspection. « Une fois n’est pas coutume », comme elle le dit elle-même. Une occasion de faire le bilan des élus, à 12 mois de la fin de leur mandat. « Un regard rétrospectif sur le temps écoulé m’amène à me poser la question suivante : qu’avons-nous fait de ces 48 mois de notre mandature ? Avons-nous tous été réellement à la hauteur de la confiance placée en nous par les Camerounaises et les Camerounais ? Je peux me tromper, mais la mention d’ensemble serait : pouvait mieux faire », observe-t-elle avec pessimisme.

A quelques jours de la célébration de la Journée internationale de la Femme, qui mieux que la doyenne d’âge de l’Assemblée nationale pour fustiger les comportements peu honorables à l’hémicycle ? « Il nous a été loisible de constater qu’au-delà de l’inertie des uns, d’autres beaucoup plus, se sont abimés dans des comportements tels que l’intrigue, la délation, les dénonciations calomnieuses souvent par réseaux sociaux interposés, les guerres de positionnement, l’affairisme et la recherche effréné de l’argent. L’absentéisme à l’hémicycle. Oui l’absentéisme !! C’est au forceps que nous atteignons parfois le quorum requis pour la tenue de nos séances », égrène-t-elle laissant stupéfaits ses collègues dont beaucoup se reconnaissent sur ces entrefaites.

REACTIONS

Benilde Djeumeni, député SDF (Moungo-Sud)

« Personne n’est satisfait »

 Cette session est une session déterminante que tous les Camerounais attendent. C’est le moment d’aller au fond de la chose, de montrer que les parlementaires ont une mission. La doyenne d’âge a donné le ton, nous allons suivre dans ce sens. Personne n’est satisfait, ni les députés ni les Camerounais. Les prochains mois seront mis à profit pour remédier à certains problèmes.

Bienvenu Ndjip, député Pcrn (Nyong-et-Kelle)

« Nous restons sur notre faim »

 Il ne reste que 12 mois et le bilan des 48 mois passés est assez mitigé. Nous avons passé le temps à faire des réclamations et des propositions, ça n’a pas eu l’air de faire bouger le gouvernement. Nous restons sur notre faim tout en espérant que dans le temps qui nous reste quelque chose pourra changer.

Elle a si bien signalé le manque d’eau et des routes, etc.  C’était le même discours l’année dernière malheureusement rien n’est fait. Ils ont une représentation majoritaire, ce qui fait que notre opinion ne soit jamais pris en compte mais nous espérons que les Camerounais s’inscrivent sur les listes électorales et que les autres partis politiques vont concourir pour essayer de faire le poids au niveau de l’Assemblée nationale.

David Manfouo, député Rdpc (Bamboutos)

« Nous devons lutter pour l’épanouissement de la population »

Nous avons assisté à un discours assez palpitant de notre doyenne d’âge qui nous a donné de bonnes leçons. Elle nous a rappelé qu’on n’a sûrement pas travaillé pendant 48 mois nous en sommes conscients et il faut rattraper ce qui n’a pas pu se faire au cours de ces 12 mois. Nous devons contrôler l’action du gouvernement et les accompagner à bien le faire, leur rappeler leurs obligations. Nous devons nous mettre au travail près des populations et se rattraper pour le plein épanouissement de la population.

Memouna Mahamat, députée Rdpc (Mayo-Banyo)

« Il faut rattraper ce qui n’a pas été fait »

 La doyenne d’âge a relevé tous les maux qui minent la bonne marche de notre société à tous les niveaux. C’est un message très poignant et très intéressant. Nous la remercions. C’est la dernière année pour les parlementaires et c’est l’occasion de se rattraper sur les choses qui n’ont pas été faites.