Dr Antonio Nkondjio

« Ces 12 pays supportent à eux seuls 70% du fardeau du paludisme »

Entomologiste en service à l’Organisation de Coordination pour la lutte contre les Endémies en Afrique Centrale (Oceac), il parle des enjeux du Forum régional des parlementaires, leaders d’opinion et société civile sur le paludisme qui s’est ouvert hier, 5 mars à Yaoundé.



Par Guy Martial Tchinda et Marielle Ongono (Stagiaire)


 

Le Forum régional des parlementaires, leaders d’opinions et société civile sur le paludisme s’est ouvert hier, 5 mars. À quel point une telle rencontre est-elle importante ?

C’est une rencontre importante parce qu’ici au Cameroun sont réunis les 12 pays les plus affectés par le paludisme, ceux qui supportent plus de 70% du fardeau du paludisme. Il est donc important que ces pays essayent de travailler ensemble pour voir quels sont les problèmes auxquels ils font face, échanger des expériences dans le cadre de la lutte contre le paludisme.

 

On a eu droit hier a l’ouverture à des présentations que vous avez faites sur le paludisme, la transmission, les vecteurs et les défis de la lutte. Qu’est-ce que vous avez enseigné aux participants ?

C’était une séance d’échange sur la situation du paludisme, sur les vecteurs, les méthodes de transmission, l’identification de la bio-écologie, le cycle du paludisme, de manière à ce qu’ils sachent quel est cet ennemi que nous avons et comment on peut le combattre. Quand on est malade, on va à l’hôpital faire un diagnostic pour savoir quel est le pathogène qui cause le problème et comment il se développe ainsi on peut mieux trouver des médicaments pour lutter contre lui.

 

Comment combattre le paludisme ?

Nous avons des outils et la volonté politique, mais il y a beaucoup de choses qui nous manquent. La situation est dynamique donc on doit absolument s’adapter chaque fois pour adresser les défis que nous avons en termes de contrôle du parasite. Il y a également des ressources qui sont parfois limitées face aux besoins et il faut ces paramètres afin de lutter efficacement contre la maladie.

 

Que peuvent faire les populations à leur tour pour participer à la lutte contre cet ennemi commun ?

Je dirai que le ministère de la Santé publique a mis à la disposition des familles des moustiquaires imprégnées d’insecticides et ces populations doivent  dormir sous une moustiquaire pour lutter efficacement contre le paludisme, mais il faut également assainir leur environnement. L’hygiène et la salubrité dans les maisons et dans les quartiers peuvent aussi aider. Tout le monde doit se sentir impliqué dans la lutte contre le paludisme. S’il y a une marre d’eau chez vous, n’attendez pas que l’Etat vienne identifier la marre d’eau pour la traiter à votre place. Chacun à son niveau doit jouer son rôle pour mieux combattre cette maladie.

 

Vous vous êtes intéressé aux défis de la lutte contre le paludisme au niveau africain Pouvez-vous nous en dire plus ?

Au niveau africain les défis sont la montée de la résistance aux parasites, l’adaptation des vecteurs à différents milieux particulièrement au milieu urbain. Voilà les grands défis et il est important de mettre en œuvre des interventions qui peuvent nous permettre de relever ces défis pour une lutte efficace contre les vecteurs. L’implication des communautés pour la lutte contre le paludisme est aussi importante parce que parfois elles ne trouvent pas utile de dormir sous des moustiquaires de façon régulière. Il faut une sensibilisation dans ce sens pour emmener les uns et les autres à adhérer à ces différents moyens de lutte que le gouvernement met en place.

 

Vous avez parlé des interventions à mettre en œuvre pour venir à bout de du paludisme. Quelles sont les interventions prioritaires ?

Il faut dormir sous la moustiquaire imprégnée d’insecticides qui est la principale prévention mise en place au Cameroun et actuellement il y a le vaccin qui commence à être mis en place pour les enfants. Au niveau communautaire et locale on peut mettre en place des initiatives d’hygiène dans nos maisons et nos quartiers pour éliminer les milieux où les moustiques se développent.

 

Les interventions à haut impact font face à une insuffisance des ressources. Comment ce problème peut-il être adressé de manière efficace ?

Jusqu’à présent on dépendait des bailleurs internationaux pour la lutte contre le paludisme or, il faut aussi voir comment adresser ce problème en regardant les sources de financement internes qui peuvent nous permettre d’adresser ce problème et des discussions dans ce sens doivent être menées pour voir comment développer des stratégies dans ce sens et il est important que sur le plan local, les communautés également puissent participer à cet effort de lutte.

 

Au Cameroun, le gap est estimé à 100 milliards Fcfa. Pensez-vous qu’il est facile de mobiliser une telle somme ?

Oui je pense qu’il est facile de mobiliser une telle somme dans la mesure où les problèmes de paludisme sont des problèmes importants qui nous font perdre beaucoup plus que ce montant et si dans le cadre de cette lutte nous pouvons effectivement mobiliser ces fonds il serait important. Au niveau local il y a les Collectivités territoriales décentralisées et des entreprises qui peuvent être des acteurs pour la lutte contre le paludisme.