Afin de limiter la propagation de l’épidémie, la campagne nationale de vaccination des enfants de neuf à 59 mois a été lancée le 14 octobre 2026, à Yaoundé.
Michel Enony

Alerte ! Depuis janvier, la rougeole frappe le Cameroun. Selon le communiqué conjoint du ministre de la Santé publique et du ministre de l’Éducation de base du 7 septembre dernier, 128 districts de santé sont touchés dans les dix régions, 9 568 cas confirmés, 18 décès. Un chiffre qui alarme le Fonds des Nations unies pour l’enfance au Cameroun (Unicef).
Le 14 octobre 2026, lors de la cérémonie de lancement officiel de la vaccination des enfants âgés de 9 à 59 mois à Yaoundé, L’Unicef s’est tenue aux côtés du gouvernement pour stopper la propagation du virus. Ceci grâce au renforcement des services essentiels de santé et de vaccination, avec une attention particulière accordée aux enfants les plus vulnérables, notamment ceux vivant dans les zones difficiles d’accès. « Aucun enfant ne devrait souffrir ni mourir de ces maladies que la vaccination permet de prévenir », a lancé la représentante de l’Unicef au Cameroun, Nadine Perrault.
Les données de surveillance active révèlent une accumulation progressive d’enfants non vaccinés des dernières années, créant un terrain favorable et des flambées majeures. Cette campagne vise à détecter et à rattraper en priorité les enfants sous-immunisés ou non immunisés. « Pour interrompre définitivement la transmission du virus, l’Oms (Organisation mondiale de la santé, Ndlr), recommande des seuils stricts. Il faudrait une couverture homogène d’au moins 95 % à tous les niveaux de la pyramide sanitaire afin de combler les brèches immunitaires et d’atteindre les communautés les plus reculées », a martelé le représentant de l’Oms, Dr Magaran Monzon Bagayoko.
Pour le ministre de la Santé public (Minsanté), Manaoouda Malachie, le gouvernement reste mobilisé dans lutte. À travers la vaccination, le Minsanté entend contribuer à protéger la vie des enfants et à préserver leur santé, deux enjeux qui participent à la construction de l’avenir du Cameroun. « Protéger un enfant contre la rougeole et la rubéole, c’est préserver le capital humain sur lequel repose l’avenir de notre nation, l’avenir de notre cher et beau pays le Cameroun », a-t-il indiqué. Aux côtés des partenaires, ils ont procédé à l’administration des premières doses de vaccin. La campagne, ainsi débutée, se poursuit jusqu’au 18 octobre prochain. Environ six millions de vaccins seront administrés aux enfants dans les 10 régions du pays.
Dr Adrien Fapengou Tounkara: Nous visons une couverture vaccinale d’au moins 95 % chez les enfants ciblés
Médecin de santé publique et membre de la coordination de la campagne de vaccination pour l’Unicef, il présente les mesures prises pour vacciner le maximum d’enfants.
Michel Enony

Quel est le rôle de l’Unicef dans cette campagne nationale de vaccination ?
Nous sommes engagés dans cette campagne contre la rougeole et la rubéole, qui se déroule dans les dix régions du Cameroun. L’Unicef intervient principalement dans deux domaines : la logistique et la communication.
Sur le plan logistique, nous assurons notamment le transport et l’acheminement des vaccins vers les différents districts de santé du pays. Nous contribuons également à la communication sur le vaccin et les maladies concernées, afin de mieux informer les communautés et de favoriser leur adhésion à la campagne.
Quels sont les principaux défis auxquels vous êtes confrontés sur le terrain ?
Nous sommes sur le terrain depuis lundi pour les activités de mobilisation sociale. La vaccination proprement dite commence aujourd’hui. Pour renforcer cette mobilisation, nous travaillons avec plusieurs acteurs, notamment les « U-reporters » et les membres de Family Club, qui apportent leur contribution aux activités de sensibilisation aux côtés du ministère de la Santé publique.
L’un des principaux défis reste la réticence de certaines communautés, notamment les refus de vaccination et les rumeurs qui peuvent circuler au sujet des vaccins. Si les parents ne sont pas suffisamment informés, ils peuvent hésiter à faire vacciner leurs enfants.
Notre rôle consiste donc à mieux informer les populations, à gérer les rumeurs et à encourager leur adhésion à la vaccination. L’objectif est de contribuer à l’atteinte d’une couverture vaccinale de 95 %.
Comment comptez-vous atteindre les enfants vivant dans les zones reculées ou en situation d’insécurité ?
Notre objectif est d’atteindre chaque enfant. Pour cela, nous avons prévu différentes dispositions et stratégies adaptées aux réalités du terrain. Dans les zones confrontées à l’insécurité, notamment dans les régions du Nord-Ouest, du Sud-Ouest et de l’Extrême-Nord, nous utilisons des approches adaptées aux contraintes sécuritaires, notamment les stratégies dites « Far Away » et « Hit and Run ».
Nous avons également identifié, dans les districts et les aires de santé, les localités difficiles d’accès et les populations spécifiques à prendre en compte. Il s’agit notamment des communautés vivant en montagne ou sur les îles, des populations Bororo, des personnes déplacées internes et des groupes nomades. Les équipes vont ainsi de porte en porte, de localité en localité et de village en village, afin de toucher les enfants ciblés par la campagne.
Quels résultats attendez-vous au terme de cette campagne ?
Nous souhaitons qu’au moins 95 % des parents soient informés de la vaccination, aussi bien dans le cadre de cette campagne que dans celui de la vaccination de routine. Nous visons une couverture vaccinale d’au moins 95 % chez les enfants ciblés au Cameroun, âgés de 9 à 59 mois. L’ensemble des stratégies de communication, de mobilisation sociale et d’intervention sur le terrain doit contribuer à atteindre cet objectif.
Urgence
Michel Enony
Plus de 54 % des districts du pays sont en épidémie active de Rougeole et de Rubéole. C’est qu’il faut aller jeter un coup d’œil sur les chiffres (article ci-dessus), pour se rendre compte de l’ampleur. Le virus est viral et extrêmement contagieux d’après l’Organisation mondiale de la santé (Oms). Les régions du Centre, du Littoral, de l’Ouest et de l’Extrême-Nord, représentent les zones les plus touchées, avec un risque incontrôlé d’extension.
En lançant, le 14 octobre, la campagne de vaccination de lutte contre ce virus qui attaque les enfants, les partenaires du Cameroun veulent atteindre 95% de couverture, le seuil fixé par l’Oms. C’est que, (comme toujours), les seuils fixés par les organisations internationales ne sont jamais atteints. Petite piqûre de rappel : en 2025, la couverture n’était que de 85% pour la première dose avant de chuter à 70% pour la deuxième. Pire encore, selon les données, 76% d’enfants infectés n’avaient reçu aucune dose. Et pendant ce temps, le Minsanté, Manaoouda Malachie continue de lire des discours lors des cérémonies officielles, promettant action et réaction, sans jamais atteindre le seuil. Dommage !
Tous ces chiffres montrent bien qu’il y a urgence. Urgence de stopper la propagation du virus. Urgence de combler le déficit en vaccinant environ six millions d’enfants de neuf à 59 mois, cible de cette campagne express qui doit s’achever le 18 octobre prochain. Urgence de rattrapage des cas « zéro dose ».
La rougeole peut provoquer pneumonie, cécité, otite,… Et même plus grave : la mort. Vacciner permet donc d’éviter des complications irréversibles. Le vaccin est gratuit. Vacciner est une urgence de santé publique.



