Réactions de quelques victimes

NB : Pour la sécurité de ces personnes, nous préservons leurs identités.

Une victime dont la mère a été abattue par les séparatistes

« Nous n’avons rien reçu de l’Etat »

Je suis la fille de Florence Ayafor. Après avoir tiré sur notre mère, nous avons reçu des menaces de ses bourreaux. C’est la raison pour laquelle nous nous sommes sentis obligés de quitter Bamenda pour Yaoundé où nous vivons avec notre oncle. Celui-ci est actuellement comme notre papa. Depuis l’assassinat de notre maman, la vie est devenue tellement difficile. Même si je ne peux pas dire que nous étions une famille aisée, mais on avait une vie confortable. Nous n’arrivons plus à manger, on ne peut plus s’habiller. On n’a pas d’assistance. Il n’y a que notre oncle qui se bat à nous faire vivre mes sœurs, mes frères et moi. Et lui non plus n’a pas grand-chose, d’autant plus qu’il a sa propre famille dont il doit s’occuper. C’est vraiment difficile. Pourtant, on nous avait promis qu’on allait nous prendre en charge. Mais rien jusqu’ici. Je ne sais pas si les choses vont changer.

J’ai un message pour le gouvernement puisque ma mère était gardien de prison. Elle est morte en service. Et ça fait plus de quatre ans que le gouvernement nous a promis que les choses allaient changer. Ma grande sœur et moi sommes majeures. Je ne comprends pas qu’on soit dans un pays où notre maman est tuée en service, nous avons déjà déposé des dossiers plusieurs fois mais ça n’aboutit pas. Alors, j’aimerais ce qui se passe. Parce que normalement nous devrions la remplacer. On devrait faire quelque chose pour nous. Nous n’avons rien reçu de l’Etat. Nous demandons de l’aide, il n’y a rien. On veut même travailler, il n’y a pas moyen. Les dossiers n’aboutissent pas. Rien ne change. Nous sommes fatigués.

Un survivant d’une attaque terroriste

« Je souhaite que le gouvernement crée une commission de prise en charge des victimes »

J’étais le censeur d’une école de la Presbyterian Church in Cameroon et enseignant dans une autre école. A la rentrée scolaire de l’année 2018-2019, environ 10 terroristes ont envahi le campus. Ils m’ont attaqué devant ma famille, ils m’ont donné des coups avec leurs fusils et ils m’ont tiré dessus et me laissant pour mort. Moi-même je pensais que c’était la fin pour moi. J’ai perdu connaissance, gisant dans mon propre sang, car grièvement blessé. Mais j’ai quand-même fait l’effort malgré ces conditions pour me rendre à l’hôpital.

J’ai subi environ neuf interventions chirurgicales. Il en manque encore deux. J’ai perdu près de 40% de mes capacités de travail. Je m’efforce à travailler un peu mais ce n’est pas suffisant pour prendre soin de ma famille et moi. Mon œil gauche est si endommagé que je suis obligé d’aller à l’hôpital pour le nettoyer. Et cela prend beaucoup d’argent. J’ai reçu l’assistance du gouvernement, des responsables de la Presbyterian Church, de l’école, des anciens élèves et parents d’élèves, des amis aussi…

Néanmoins, je souhaite que le gouvernement fasse davantage pour les victimes, en créant par exemple une commission de prise en charge des victimes.