Une entreprise régulièrement installée par la Magzi évincée de force de son site, à Mvan.
Wamba Sop

La zone industrielle de Mvan, à Yaoundé, a connu le 28 août 2026, une scène pour le moins paradoxale. Une entreprise, cliente régulière de la Mission d’aménagement et de gestion des zones industrielles (Magzi) et régulièrement installée sur un terrain relevant de son patrimoine, a été contrainte de quitter les lieux sous la pression de particuliers se prévalant d’un titre foncier et d’une décision de justice. SAT-JEET, qui était encore en phase de construction de ses installations, est liée à la Magzi par une convention lui garantissant l’exercice paisible de ses activités industrielles. Pourtant, selon les informations recueillies, un particulier a commis un huissier de justice pour procéder à son expulsion. Des « gros bras » ont également été mobilisés et les surveillants du chantier bousculés au cours de l’opération. Pour la Magzi, cet incident trouve son origine dans une longue et complexe affaire foncière. Plusieurs familles expropriées et indemnisées se sont irrégulièrement maintenues sur des terrains relevant de la zone industrielle, avant de les céder à de nouveaux acquéreurs. Ces derniers ont ensuite obtenu des titres fonciers dont la nullité d’ordre public avait pourtant été constatée par des arrêtés ministériels des 11 mars et 9 avril 2008.
Les terrains concernés sont déjà couverts par deux titres fonciers établis au nom de l’État, puis mutés au nom de la Magzi, les n° 2804 et 2805/Mfoundi. C’est sur cette base que l’organisme public entend saisir les juridictions compétentes pour obtenir l’annulation du titre présenté contre son client SAT-JEET, qu’il considère comme frauduleusement obtenu. L’affaire intervient alors que l’État tente justement de mettre un terme aux conflits fonciers qui fragilisent la zone industrielle de Yaoundé Sud. Face à la multiplication des occupations et transactions irrégulières, les autorités ont choisi une approche à deux niveaux visant à sécuriser les espaces occupés par les entreprises afin de garantir leurs droits, tout en ouvrant, à titre exceptionnel, une procédure de régularisation des particuliers installés sur certaines portions circonscrites. Le décret n° 2025/00311/PM du 11 février 2025 fixe ainsi les prix applicables aux opérations de cession à titre onéreux de terrains de la Magzi dans les quartiers Mvan et Nsam.
Une commission ad hoc, instituée par le préfet du Mfoundi, est également chargée de la sécurité du patrimoine foncier de la Magzi. L’enjeu dépasse largement le cas de SAT-JEET. Une enquête menée par l’Onudi et la Magzi entre novembre 2025 et février 2026 relève près de 1 800 emplois créés entre 2022 et 2024 par 180 entreprises interrogées, tandis que plus de 4 000 emplois supplémentaires sont annoncés. En 2023, les entreprises du portefeuille de la Magzi représentaient un chiffre d’affaires d’environ 4 622 milliards Fcfa et 3,14 % de la production nationale. Dans ces conditions, l’expulsion d’une entreprise par des particuliers au cœur même d’une zone industrielle apparaît comme un sérieux signal d’alarme. Car, sans sécurité foncière, difficile de demander aux entreprises d’investir davantage. La régularisation engagée par l’État est donc attendue au tournant.



