Régulation et répression

Par Hervé Charles Malkal

 

 

Deux membres du gouvernement camerounais, à la tête de gros départements ministériels, font l’actualité depuis quelques jours pour avoir pris des mesures spectaculaires dans le cadre de la régulation de leurs secteurs respectifs. Paul Atanga Nji, ministre de l’Administration territoriale (Minat), a branché son Moulinex pour écraser des églises de réveil pris en flagrant délit d’illégalité et de nuisances sonores. Le 8 juillet, suite à une rencontre avec les promoteurs de l’église « Vie et paix au Cameroun » dont l’un des membres est présumé assassin d’une fillette de 11 au quartier Nkolndongo, le Minat a annoncé tout de go la fermeture de 1400 églises de réveil. Sa collègue Pauline Nalova Lyonga, ministre des Enseignements secondaires (Minesec), s’est emparée à son tour du fouet de maître de canton pour ordonner, le 20 juillet, la fermeture immédiate de 105 établissements secondaires privés clandestins qui fonctionnaient royalement jusque-là sans autorisation, dont bon nombre dotés des « infrastructures inadaptées aux activités pédagogiques ». 

On ne peut pas accuser régulièrement ce gouvernement d’inertie et s’offusquer à présent de le voir bouger les lignes, par réaction rapide face à certaines situations scandaleuses observées. Chapeau donc à ces deux ministres qui manifestent l’intention de mettre de l’ordre dans leurs secteurs de compétence. Toutefois, vu l’ampleur des chiffres annoncés, l’on ne peut s’empêcher en même temps de s’interroger sur le timing et l’efficacité de ces mesures fortes prises et communiquées dans l’urgence. 

Fallait-il attendre que certaines scènes scabreuses, conduisant jusqu’à mort d’homme, deviennent virales sur les réseaux sociaux pour taper enfin du poing sur la table? Nous pensons que Non! Le laxisme des pouvoirs publics face aux multiples dérives, qui ne datent d’ailleurs pas d’aujourd’hui, dans ces deux secteurs ultra-sensibles que sont la spiritualité de nos concitoyens et la scolarité de nos enfants, a quelque chose de détonant. Pour masquer ce laxisme flagrant et coupable avec des mots adoucissants, l’on a souvent évoqué « la tolérance administrative ». Un véritable non-sens, car comment et pourquoi tolérer ce qui est nocif pour la vie des institutions, la cohésion sociale et l’avenir même du pays ? 

Qui a dit que pour exprimer sa foi il faut faire du tapage, produire du vacarme qui viole la quiétude des voisins n’ayant absolument rien à faire avec ces églises dites de réveil? C’est bien connu: la liberté des uns finit là où commence celle des autres. Que la Constitution du pays consacre la liberté du culte n’autorise donc guère ce brouhaha propagé par des prophètes et illuminés sortis de nulle part. 

De même, l’on voit chaque jour des écoles et collèges pousser comme des champignons à tous les coins de la ville, dans des installations visiblement inappropriées à la pratique de l’enseignement. Alors, que le Minesec se réveille brusquement, en cette période de vacances scolaires et des préparatifs de la prochaine rentrée scolaire, pour annoncer la fermeture d’une centaine d’établissements scolaires pas aux normes, laisse tout simplement songeur. 

L’énormité et la disparité des chiffres avancés font déjà froid au dos et indiquent par ailleurs la profondeur du précipice dans lequel se retrouve la société camerounaise aujourd’hui. Car en ouvrant bien les yeux, on devrait promener la tronçonneuse des fermetures express dans d’autres secteurs d’activités au Cameroun, tout autant à la dérive : des centaines de centres de santé clandestins et potentiellement criminels; mais également des dizaines d’écoles de football sous l’arbre, des centaines de médias farfelus qui gonflent dangereusement la galaxie médiatique nationale entre radios de bric et de broc, feuilles de choux appelés abusivement « journaux d’investigation et analyses » et chaînes de télévision sans autre vision que le chahut… 

Ce tableau hideux est malheureusement la miroir non-grossissant de notre pays, contrée infestée par le tout-venant dans tous les domaines. Sous le regard indifférent et mécréant des autorités publiques en charge de la régulation de ces secteurs, mais qui ne se résolvent à annoncer la répression que pour tenter de faire baisser la tension sociale, quand le bouillon déborde de la marmite et que les réseaux sociaux s’enflamment. Drôle de gouvernance!