Production des médicaments: L’industrie pharmaceutique camerounaise se meurt

Entre mesures fiscalo-douanières peu incitatives, les coûts élevés de production et l’absence de l’accompagnement, ce secteur d’activité dont la promotion fait partie des axes majeurs de Pharma Expo 2025 suffoque.

Par Guy Martial Tchinda

Au Cameroun, l’industrie pharmaceutique se porte de plus en plus mal. Ce secteur pourtant promis à un bel avenir connaît un déclin progressif depuis quelques années. Le constat est de l’Ordre national des pharmaciens du Cameroun (Onpc). «La situation est alarmante. C’était pourtant différent avant.  Notre industrie est bien à la traîne, ce qui n’est pas une bonne chose pour nous », a déclaré, pour le déplorer, Dr Franck Nana, président de l’Ordre. C’était à Yaoundé le 8 août dernier lors de la première conférence de presse donnée par l’institution dont il a la charge, en prélude au Salon international de l’industrie pharmaceutique, des fournitures et équipements médicaux au Cameroun dénommé : « Pharma Expo 2025 ». La même source rapporte que la plupart des industries qui fonctionnaient sont à l’arrêt.


Parmi les raisons de cette chute, l’on classe en bonne place, les mesures fiscalo-douanières peu favorables, mais aussi et surtout les coûts élevés de production. « Les taxes à payer, y compris sur l’électricité pour les industries sont très élevées et ne tiennent pas compte de la taille de l’entreprise. Il arrive parfois que l’industriel importe un produit détaxé, mais le temps qu’il met à entrer en possession dudit produit et les tracasseries autour sont de nature à le décourager », déclare le Dr Nana. En outre, les pharmaciens déplorent l’absence des mesures incitatives ou plus simplement de l’accompagnement de l’Etat.


Sept ans plus tôt


Des obstacles qui ont poussé bon nombre d’industriels à ranger la clé sous le paillasson. Conséquence, la production locale des médicaments utilisés au Cameroun a drastiquement baissé au cours des dernières années. « Le fait qu’on ne produise pas assez de médicaments au Cameroun est un problème pour nous.  Il y a sept ans,  7% des médicaments utilisés au Cameroun étaient produits sur place, et on avait l’impression qu’on irait plus loin, mais nous sommes descendus bien plus bas que 5% », regrette le président de l’Onpc.


Une situation qui entache la souveraineté sanitaire du pays. En effet, le pays ne produisant pas assez de médicaments pour couvrir ne serait-ce que le quart de ses besoins est contraint de vivre en majorité des importations. Avec pour corollaire  immédiat, sa vulnérabilité face à certains évènements et urgences de santé publique. « Comment réagirions-nous s’il arrivait une grosse épidémie ou une pandémie au Cameroun ? » s’indigne le Dr Franck Nana.
Face à cette situation inconfortable, l’Ordre national des pharmaciens du Cameroun a entrepris depuis peu d’encourager les capitaines d’industries à investir dans la production locale des médicaments. Une sensibilisation qui s’étend jusqu’à ceux ayant fermé boutique, avec l’espoir de les voir rouvrir. De même, ce gendarme de la profession de pharmacien multiplie des actions de plaidoyer auprès du gouvernement et des partenaires aux fins d’un accompagnement soutenu de cette industrie qui se meurt.


Pharma Expo


Le diagnostic complet de la chute de ce secteur se fera à Douala du 11 au 13 septembre prochain, au cours de la deuxième édition de Pharma Expo. Un évènement qui consacre l’un de ses axes majeurs à la promotion de l’industrie pharmaceutique locale. « Le premier grand axe qui sera développé au cours des conférences c’est celui portant sur l’état des lieux de l’industrie locale. Nous chercherons à ressortir les enjeux et défis de la promotion de cette industrie au Cameroun. En plus de la situation globale, nous verrons le lien avec la couverture santé universelle, mais également les accompagnements étatiques et mesures incitatives nécessaires à son développement », rassure le Dr Samira du comité scientifique de cette rencontre.
En outre, Pharma Expo se penchera sur la standardisation des médicaments traditionnels améliorés et des compléments alimentaires, sans oublier la formation initiale et complémentaire au Cameroun.
Placée sous

le haut parrainage de la première dame du Cameroun, Chantal Biya, cette édition de Pharma Expo se tient du 11 au 13 septembre à Douala, sur le thème « Import-substitution des médicaments conventionnels Production des MTA : opportunités et défis dans le domaine Pharmaceutique. » Elle donnera l’occasion de présenter le secteur de la pharmacie sous plusieurs angles en mettant un accent sur la mise en place d’un système d’import-substitution, la vulgarisation et la valorisation des fruits de la recherche de jeunes chercheurs, pharmaciens, chimistes et phytothérapeutes, l’harmonisation de la réglementation, la sensibilisation sur la place du pharmacien dans le système de santé, notamment la couverture santé universelle (Csu).


Pharma Expo réunira d’éminents scientifiques et acteurs clés du domaine de la pharmacie et d’autres sectoriels concernés par la problématique du médicament venus  de divers horizons. Sont attendus, entre autres, pharmaciens, médecins, chirurgiens-dentistes, vétérinaires, chimistes, phytothérapeutes, délégués médicaux, industriels, hommes et femmes d’affaires, investisseurs nationaux et internationaux.