Le nouveau secrétaire général à la coordination du Collectif des organisations des enseignants du Cameroun (Corec) revient sur son communiqué du 13 juillet dernier sur la « Pétition nationale pour l’éducation » adressée au chef de l’Etat.
Par Arnaud Kuipo
Vous avez signé récemment un communiqué de presse relatif à la « Pétition nationale pour l’éducation ». Et vous avez comme destinataire le président Paul Biya. Que doit-on comprendre concrètement par cette pétition qui sera lancée plus tard ?
La pétition du Corec vient rappeler au président de la République qu’il n’a pas tenu ses promesses concernant l’amélioration substantielle des conditions de vie des enseignants et l’instauration d’une éducation de qualité dans notre pays, condition sine qua non pour l’atteinte de l’émergence en 2035. Le président de la République dans son adresse, du 10 février 2013, à la jeunesse camerounaise avait regretté la situation peu enviable des enseignants et avait promis qu’ils allaient retrouver le feu sacré à travers une revalorisation de la profession et l’amélioration de leurs salaires. Il faut rappeler que les enseignants devraient consacrer leur temps à la recherche dans le domaine de la pédagogie et de la science. Ceci, malheureusement, n’est pas le cas parce que les enseignants sont livrés à la précarité économique. Pour joindre les deux bouts, vous allez les voir mener des activités comme le petit commerce, le petit élevage, la moto-taxi, et ceux qui n’en peuvent plus abandonnent leur poste pour aller dans d’autres ministères ou d’autres pays. Une récente liste publiée par le Minesec (ministère des Enseignements secondaires, ndlr) dénombrait plus de 16 000 enseignants qui auraient abandonné leurs postes.
Dans ce communiqué du 13 juillet dernier, vous reconnaissez que les récentes grèves des enseignants n’ont pas abouti à l’amélioration de leurs conditions de vie. De ce fait, on est tenté de constater que les enseignants, en dehors des mots, n’ont plus vraiment de quoi faire peur au politique qui détient en fait leur sort ?
Les récentes grèves des enseignants n’ont pas abouti à l’amélioration des conditions de vie des enseignants parce que le gouvernement s’est focalisé sur le problème secondaire. Le président de la République avait demandé l’amélioration des salaires des enseignants mais on a plutôt assisté d’une part à l’accumulation des arriérés dus aux avancements, et d’autre part au paiement partiel des salaires des nouveaux enseignants, ce qui avait créé une dette énorme due aux enseignants. Quand les enseignants ont lancé la grève, le gouvernement s’est limité à l’apuration de cette dette qui ne modifiait pas le salaire de l’enseignant. La pétition va donc montrer le désir des enseignants de sortir de la clochardisation. Nos actions n’ont pas pour objectif de faire peur aux pouvoirs publics mais de les mettre devant leur responsabilité. Nos gouvernants doivent comprendre que la véritable légitimité se mesure par leur capacité à apporter des solutions aux problèmes des enseignants en particulier et aux populations en général.
Vous revenez dans votre communiqué sur le Forum national de l’éducation et le statut spécial : vous y croyez encore ?
Nous revenons sur le Forum national de l’éducation qui doit aboutir à un système éducatif adapté aux défis de l’heure et un statut spécial qui doit mettre les enseignants dans les conditions intellectuel, matériel et psychologique nécessaires pour participer à la construction d’un Cameroun émergent. C’est une promesse faite aux enseignants et le Président doit veiller à ce que sa parole ne soit pas désacralisée parce que ce serait assimilable à une mort politique.
Vous êtes désormais le nouveau secrétaire général à la coordination du Corec. Quelle sera votre touche personnelle ?
En tant que secrétaire général à la Coordination du Corec, ma touche personnelle c’est d’œuvrer pour l’implication de tous les enseignants dans cette quête pour leur dignité. D’où l’idée d’une pétition qui sera lancée dans les prochains jours.
Je veux aussi inviter les enseignants à ne pas considérer la politique comme une zone interdite. Leur situation actuelle est une décision politique. Et si les maires, les députés et même le président de la République qui sont aux affaires ne veulent pas changer leur situation, ils doivent être remplacés.



