Entre séquences tronquées, soupçons de deepfake, les internautes auraient voulu voir les images du président de la République, se déplaçant, après toutes les rumeurs qui se sont répandues autour de son état de santé dernièrement.
Lorine Claudia Agnang
Image diffusée par la présidence de la République
Arrivée inhabituelle le 20 juillet dernier à l’aéroport international de Yaoundé-Nsimalen. Parti pour un court séjour privé en Europe, le couple présidentiel a foulé le sol camerounais dans un décor inédit. Habituellement, la télévision nationale orchestre un rituel bien connu: l’atterrissage du pavillon présidentiel, la cérémonie protocolaire au bas de la passerelle avec les membres du gouvernement, la marche sur le tapis rouge ponctuée de poignées de main stratégiques, puis le départ du cortège sous les acclamations des militants du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), massés dès l’aube le long de l’itinéraire.
Cette fois, la mécanique médiatique a été tout autre. Les caméras venues en masse pour la circonstance sont restées sur leur faim. Sur la chaîne nationale, habituellement prompte à retransmettre l’événement de bout en bout, le public s’est heurté à une tout autre réalité. « Il est où? » s’interroge un internaute sur TikTok face à la vidéo du cortège filant vers Etoudi, où n’apparaît qu’une main sortant de la limousine et qui salue les gens au passage, pendant un court instant. « Incroyable, les seules images de Paul Biya à l’aéroport de Nsimalen, une main levée. Pas une image sur sa descente d’avion. Vous voulez tromper qui ? » s’insurge un autre commentateur. L’ironie prend vite le dessus : « Tu arrives à l’aéroport pour attendre quelqu’un, on te dit seulement qu’il est déjà chez lui ».
Aux journaux télévisés (Jt) du soir sur la télévision nationale, une brève séquence filtre enfin. Simultanément, un cliché unique montrant le président Paul Biya serrant la main du Premier ministre Joseph Dion Ngute est publié par la page Facebook de la cellule de communication de la présidence, puis relayé en boucle. Si cette photo rassure les partisans du pouvoir, les sceptiques y voient un deepfake ou un visuel hors contexte. C’est le déclic : la toile s’empare de la séquence et donne naissance au désormais célèbre challenge de la « main du président ».
Le lendemain, 21 juillet, à l’annonce de la réception des Lionnes indomptables à la présidence après leur sacre à Rabat, l’opinion en ligne spécule immédiatement sur le dispositif : le chef de l’État restera-t-il reclus dans une salle, tendant simplement la main aux championnes sans s’exposer ? Le samedi venu, le président apparaît bien à l’écran, mais au gré de séquences rigoureusement choisies. « À peine on annonce l’arrivée du président, on le voit déjà assis » ; « on ne l’a pas vu marcher », observent les internautes. Stratégie de communication verrouillée ou choix éditorial de crise ? La question reste entière.
Réaction
Paul Biya, président de la République du Cameroun
Depuis son retour au pays, sa seule prise de parole a été celle de la cérémonie de réception au palais de l’Unité, à travers laquelle il félicite l’esprit d’équipe des championnes d’Afrique

Chers lions indomptables, mon épouse et moi-même sommes très heureux de vous accueillir au palais de l’Unité afin de célébrer avec vous et l’ensemble du peuple camerounais, votre brillante prestation à la Coupe d’Afrique des nations de football féminin qui vient de se dérouler au Maroc. Le 16 août dernier à Rabat, vous avez hissé le drapeau du Cameroun sur le toit de l’Afrique en remportant préalablement la quatorzième édition de la Coupe d’Afrique des nations féminine de football. Vous vous êtes qualifiés, par la même occasion, pour la Coupe du monde de football féminin qui se jouera au Brésil en 2027.
Je vous en félicite chaleureusement au nom de mon épouse, à mon nom propre et au nom de la nation camerounaise toute entière. Vous nous avez fait vibrer au fil des matchs par votre courage, votre détermination, votre engagement et votre talent. Vous nous avez séduits par votre dynamisme, votre discipline, votre esprit d’équipe et votre solidarité.
Vous nous avez émerveillés avec les performances de Bihina, Monique Ngock et bien d’autres, mais surtout par la solidité de votre collectif. Vous nous avez rendus heureux, vous nous avez rendus fiers. La nation, par ma voix, vous témoigne en ce jour sa plus profonde gratitude.
Cette gratitude s’étend naturellement à votre encadrement technique qui a réalisé un travail extraordinaire. Chers Lionnes indomptables, à plusieurs reprises par le passé, vous aviez atteint la finale de cette compétition. Le trophée vous avait toujours malheureusement échappé, mais vous ne vous êtes pas découragées. Vous vous êtes relevées, vous vous êtes appliquées, vous vous êtes concentrées, vous avez essayé, réessayé encore et encore et finalement vous avez gagné. Votre parcours exemplaire doit être une source d’inspiration pour notre peuple et tout particulièrement pour notre jeunesse. Chers Lionnes indomptables, en décrochant votre premier sacre continental, vous venez d’écrire l’une des plus belles pages de l’histoire sportive de notre pays.
Ce succès, vous l’avez acquis de haute lutte, en venant à bout d’adversaires aguerris. D’autres échéances plus exigeantes vous attendent. Je vous exhorte donc à persévérer dans l’effort en restant disciplinées, unies et solidaires. L’État, pour sa part, continuera à vous apporter le soutien dont vous avez besoin. Allez de l’avant, continuez à nous faire rêver, continuez à gagner et à honorer votre pays.
Ailleurs
Sainte Agathe
Une onde de choc secoue le monde religieux et ravive d’anciens débats culturels. À Catane, en Sicile, l’exposition publique d’un crâne humain attribué à sainte Agathe , l’une des martyres les plus vénérées de la chrétienté, lors d’une procession solennelle a déclenché une vive controverse sur les réseaux sociaux et au sein de la communauté des croyants.
Lors des festivités en l’honneur de la patronne de la ville, les fidèles ont assisté au transport et à la présentation de reliques céphaliques conservées dans un reliquaire transparent et ouvragé. Si la dévotion envers les reliques des saints constitue une tradition séculaire au sein de l’Église catholique romane, les images de cette pièce osseuse mise à nu ont immédiatement fait le tour du Web, provoquant stupeur et réactions outrées chez de nombreux internautes.
Pour les défenseurs de la cérémonie et la fabrique de la cathédrale de Catane, cette ostension n’a rien d’inhabituel. Elle s’inscrit dans un héritage spirituel remontant au Moyen Âge, où la présence physique des ossements des martyrs est perçue comme un canal de grâce, d’intercession et un rappel de la victoire de la foi sur la mort. Sainte Agathe, martyrisée au IIIᵉ siècle pour avoir refusé d’abjurer sa foi, fait l’objet d’un culte particulièrement fervent en Italie du Sud et à travers l’Europe.
Cependant, plusieurs observateurs dénoncent une pratique jugée morbide, d’un autre âge et contraire au respect dû aux dépouilles humaines. Certains internautes y voient une théâtralisation macabre, qualifiant le rituel d’« exhibitionisme macabre » peu compatible avec l’éthique spirituelle contemporaine.



