Plus de 20 ans comme photographe, l’artiste poursuit son engagement pour la valorisation du patrimoine du continent à travers « Héritage », un projet consacré à la coiffure et au cheveu africains.
Marielle Ongono

Chez François Omgba, la photographie n’est pas née d’une vocation tardive. Elle remonte à sa « troisième lune », comme il aime à le dire, pour évoquer une passion qui l’accompagne depuis l’enfance. Né le 12 mai 1973 à Ngomedzap, dans la région du Centre, François Achille Omgba a d’abord suivi une formation de technicien du génie civil. Mais derrière les plans et les ouvrages se dessinait déjà un autre chemin : celui de l’image. En 1999, il franchit un autre cap et crée son entreprise de photographie, le studio Alpha & Oméga.
L’objectif devient alors son principal outil d’expression. Portraits, mode, actualités, photographie de presse, d’art ou d’illustration générale : au fil des années, le photographe multiplie des expériences et affine son regard. En 2010, il rejoint la Société de presse et d’éditions du Cameroun (Sopecam) comme pigiste. Aujourd’hui, il y exerce les fonctions de chef du bureau photo à la direction de la rédaction des Magazines (Drm). Une évolution construite progressivement grâce aux reportages et à la production des images. Son parcours ne se limite pas à la photographie de presse. François Omgba participe à la réalisation de documentaires consacrés au développement local avec Agropole Cameroun, sous l’égide du ministère de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat). Il est également directeur de la photographie du documentaire “Kamerun”. Derrière chaque projet, il affiche le même désir : raconter autrement, par la lumière, les cadrages et les détails, une société en mouvement. Mais c’est dans la photographie d’art que son regard semble trouver un nouvel espace de liberté.
Héritage
À l’occasion d’un atelier de résidence, il découvre une autre facette de lui-même : celle d’un artiste visuel. Son appareil ne sert plus seulement à témoigner de la réalité. Il devient un moyen de l’interroger, de la réinterpréter et parfois de révéler ce que le regard ordinaire ne remarque plus. Cette démarche prend notamment corps dans « Héritage », un projet photographique consacré à la coiffure africaine. Pour François Omgba, la coiffure ne relève pas uniquement de l’esthétique. Elle raconte une histoire, une identité et un savoir-faire. Dans les sociétés africaines, elle a longtemps permis de renseigner sur l’âge, le statut social, l’appartenance ou encore l’identité culturelle. Avec le projet « Héritage », le photographe veut ainsi braquer son objectif sur un patrimoine progressivement concurrencé par les extensions capillaires venues d’ailleurs.
Il entend montrer la beauté des coiffures naturelles, mais aussi celles et ceux qui font vivre cet univers : coiffeurs, vendeurs d’accessoires, producteurs de soins, artisans et autres acteurs de la filière. Le projet se déploie autour de deux dimensions. La coiffure comme objet d’identité et esthétique, la coiffure, l’art de l’esthétique capillaire, l’histoire liée aux coiffures. La coiffure comme secteur de développement économique, tout ce qui est lié à la coiffure et participe à son impact dans l’économie : les coiffeurs, les salons de coiffure, les marchés de vente d’accessoires, les produits industriels, les produits naturels et traditionnels, les outils.
Racines
À travers ses images, François Omgba cherche donc autant à montrer qu’à questionner. « Nous gagnerions à organiser ce secteur en sensibilisant ses promoteurs. On doit les encourager à utiliser et valoriser nos produits locaux naturels pour apporter leur contribution au développement et préserver le patrimoine artistique et culturel. Une mine d’or dotée par la divinité à la mère de l’humanité qu’est l’Afrique », soutient-il.
Son engagement dans la photographie d’art se prolonge également dans l’action collective. En 2025, il est coordonnateur du pôle photographie d’art pour la région du Centre et président du Collectif des photographes de mode. Il participe à l’organisation de la première et de la deuxième édition du Yaoundé PhotoFest, en partenariat avec l’association Fine Art Photographie. De la presse à l’art, du reportage au documentaire, François Omgba a irréversiblement élargi le champ de son objectif. Aujourd’hui, il ne se contente plus de photographier ce qui est visible. Il cherche à faire émerger ce qui mérite de l’être.
Son appareil devient ainsi un passeur entre mémoire et présent, entre culture et création. Avec « Héritage », son regard se tourne vers les racines. Une manière pour ce photographe de rappeler que derrière une coiffure, un geste ou un savoir-faire se cache parfois tout un pan de l’histoire d’un peuple. Et que l’image peut contribuer à le préserver. À jamais. Pour ce photographe dans l’âme.
Bio-express
François Omgba est un artiste visuel qui exerce dans le domaine de la photographie depuis plus de 25 ans. Il a rejoint la Société de presse et d’édition du Cameroun (Sopecam) en 2010 comme pigiste. À ce jour, il occupe le poste de chef du bureau photo à la direction de la rédaction des magazines (Drm). Aujourd’hui, il mène un combat : celui de la valorisation du cheveu africain, notamment du cheveu crépu. Son œuvre intitulée « Héritage » a d’ailleurs figuré parmi les expositions du Yaoundé PhotoFest, un festival qui promeut l’art photographique, organisé en juillet 2026 au Musée national de Yaoundé. Le projet photographique « Héritage » vise à valoriser non seulement la beauté des coiffures africaines, mais aussi à évoquer les petites mains, les métiers et l’économie qui gravitent autour du monde de la coiffure, un univers profondément inspiré de notre héritage.



