Avec la sécurisation des recettes et l’assainissement de la dépense, le ministère des Finances a entrepris plusieurs actions qui permettent d’optimiser la gestion du budget de l’État.
Michel Enony

Un bilan mesurable, huit ans après. Depuis 2018, le ministère des Finances (Minfi), ne cesse de mener des réformes. La première concerne l’Opération de comptage physique des personnels de l’État (Coppe). Cette dernière a permis de retirer plus de 10 000 agents fictifs du fichier solde. Économie annuelle réalisée : environ 30 milliards Fcfa.
Le toilettage s’est étendu aux baux administratifs et aux pensions, avec près de 13 000 faux actes détectés. En 2025, plus de 8 000 dossiers disciplinaires ont été traités. « Cette opération a mis à nu des personnes qui ont spolié les caisses de l’État pendant des années », explique-t-on au Minfi.
En outre, sous la houlette de Louis Paul Motaze, la digitalisation des régies financières qui sont la direction générale des impôts (Dgi) et la direction générale des Douanes (Dgd), a pris corps. Elle a « transformé la collecte de fonds. Le nombre de contribuables actifs est passé de 138 000 en 2021 à plus de 234 000 en 2023. Les recettes fiscales ont bondi de 855 milliards Fcfa en 2010 à près de 2 900 milliards en 2024 », d’après notre source au Minfi. De plus, la télédéclaration, le télépaiement et le Mobile Money, ont réduit les contacts physiques, limitant par la même occasion les risques de corruption.
Le lancement de Boost Cameroon a ouvert l’accès aux données budgétaires désagrégées. « L’objectif est de contribuer à la transparence et à la bonne gouvernance », rappelle le ministre. Sur la dette, le Cameroun a maintenu la confiance des bailleurs. Au 31 décembre 2024, l’encours public s’élevait à 14 237 milliards Fcfa, soit 45,6 % du Produit intérieur brut, en dessous des 70% fixés par la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale. « On peut se féliciter que la dette soit soutenable », a déclaré Louis Paul Motaze. La restructuration de la Nfc Bank (25 milliards Fcfa) a aussi permis sa sortie d’administration provisoire.
Malgré ces avancées, les tensions de trésorerie demeurent. En 2025, les délais de paiement des fournisseurs ont dépassé 200 jours. Le Minfi invoque une « désynchronisation entre engagements et disponibilités de trésorerie » et une concentration des décaissements en fin d’année. Pour 2026, le ministre fixe le cap : « Faire en sorte que chaque Fcfa mobilisé soit utilisé avec célérité, efficacité et transparence ».
Pour l’avenir, le Minfi envisage de faire mieux. « Face aux incertitudes, l’adaptation au changement et l’innovation sont appelées à devenir des moteurs de progrès », affirme le ministre. Le défi reste de concilier rigueur budgétaire, soutenabilité de la dette et qualité de la dépense publique.
Des outils et des chiffres-clés
- Le Plan global des réformes de la gestion des finances publiques. Elle a permis des évaluations régulièrement encourageantes, notamment de l’Union européenne ;
- Le Règlement général de la comptabilité publique. Sa mise en œuvre rigoureuse a amélioré le suivi des engagements de l’État ;
- L’opération Coppe. Au-delà des 30 milliards évoqués, l’assainissement a permis de stopper plus de 50 milliards Fcfa de fraudes annuelles ;
- Le nettoyage ciblé du fichier solde de l’État. Elle a facilité la suppression des baux fictifs payés par l’État et toilettage des pensions des forces de l’ordre (près de 13 000 faux actes retirés) ;
- La numérisation avec la hausse constante des recettes fiscales et douanières hors-pétrole et la généralisation des virements bancaires.
- Recettes douanières : 1 155,6 milliards Fcfa en 2025, +9,4 % sur un an ;
- Dette publique : 14 591 milliards Fcfa (43,9 % du PIB) au 30 septembre 2025.
- · Délais de paiement : 200 jours en 2025 (contre 120 jours en 2023).
Dette flottante de l’État : Un nouveau recensement est lancé

Le ministre des Finances, Louis Paul Motaze a prescrit, par lettre-circulaire du 19 août 2026, un nouveau cycle de recensement et d’audit de la dette flottante de l’État et de ses démembrements, au titre de la période 2020-2025.
L’objectif est de disposer d’une situation fiable et exhaustive des créances et engagements publics, afin de mieux maîtriser les arriérés et de renforcer la discipline financière. Sont concernés notamment : ministères, universités d’État, établissements publics, collectivités territoriales décentralisées et autres structures assimilées. Les administrations concernées sont invitées à transmettre leurs dossiers à la direction générale du Budget (Dgb), au plus tard le 31 octobre 2026.
Cette opération participe aux efforts du Gouvernement pour renforcer la transparence budgétaire et préserver la soutenabilité des finances publiques.


