Les deux enfants du couple qui a hébergé Alida Marceline y ont également péri dans les flammes.
Par Blaise Djouokep
Alida Marceline n’est plus. Les restes de la jeune fille de 21 ans ont été déposés à la morgue de l’hôpital Laquintinie de Douala. La demoiselle a brutalement et violemment été arrachée à la vie, ainsi que le bébé et la nièce du couple qui l’abritait, âgés respectivement d’un an trois mois et de trois ans. Ils ont brulé vifs dans un incendie dont Joseph Ngounou, le compagnon d’Alida, est le principal suspect. Lui qui a ouvertement, et à plusieurs reprises, promis la mort a celle qui a décidé de mettre un terme à leur union.
D’après les voisins d’Alida au quartier Cité-Sic à Douala, la jeune fille était régulièrement victime de violences conjugales, tant physiques que psychologiques. « Il lui a plusieurs fois promis la mort. Il lui a dit qu’il va la tuer. Il a dit que s’il la trouve dans une maison, il la tue ainsi que tous les occupants de la maison. Il a répété cela plusieurs fois », raconte Goerges Ali, un voisin. Le couple vivra dans ce climat délétère jusqu’au jour où l’homme va mettre le feu sur les vêtements de sa concubine, orpheline de père et de mère, et abandonnée par sa famille. « Ce jour-là, la bailleresse a décidé de le faire partir de la cité, parce que le feu qu’il a allumé a failli embrasser les maisons n’eut eu été l’intervention énergique des voisins », raconte un voisin.
Craignant pour sa vie, elle va saisir la brigade de recherche de la Cité-sic. Plusieurs plaintes seront adressées à l’encontre de son conjoint. Sans succès. Il ne défère à aucune convocation. Craignant pour sa vie, Alida décide de quitter son foyer et ère de maison en maison, malgré les menaces de son conjoint qui promettait de s’en prendre à qui aidera sa « femme ». Alida continuera ainsi sa vie jusqu’au jour du drame. Ce samedi-là, son conjoint est aperçu dans le quartier pendant la journée. Mais, personne n’imagine le danger qui plane.
Dimanche 09 juin 2024, vers 3h10 les voisins sont réveillés par un violent incendie. Ils veulent secourir les occupants de la maison en flamme. En vain. Le feu est d’une violence inouïe. Mais ce n’est pas le seul obstacle qui les empêche de secourir les occupants coincés à l’intérieur. « On a appelé le voisin dont la maison brulait. Il a dit qu’il n’arrive pas à ouvrir la porte. Nous nous sommes précipités vers la porte. Mais, nous avons été surpris de constater qu’elle est soigneusement barricadée par un fil barbelé et un cadenas. Difficile de l’ouvrir, surtout au regard de la chaleur que dégageaient les flammes », rage Oli Georges, un voisin qui, comme les autres, a fait usage du sable pour venir à bout des flammes, sans réel succès, jusqu’à l’arrivée des éléments du Corps national des sapeurs-pompiers. Lesquels parviendront à maitriser les flammes.
Dans la maison, trois corps calcinés sont découverts. Le couple de la maison est brûlé au troisième degré et conduit à l’hôpital général. C’est la présence du corps d’Alida dans cette maison qui fait peser les soupçons sur son compagnon, comme auteur de cet incendie criminel. Surtout qu’au lever du jour, les voisins ont découvert un bidon contenant de l’essence qui a, d’après eux, servi à mettre le feu sur la maison. Plusieurs témoins affirment l’avoir vu roder dans les parages depuis deux ou trois jours.
Alida quitte ainsi définitivement ce quartier qui l’a accueilli il y a six ans. Alors âgée de 15 ans, elle avait été présentée comme la femme de Joseph Ngounou. Alida avait alors raconté à l’une de ses voisines qu’elle avait été envoyée en mariage par son oncle et tuteur, après le décès de ses parents. Toujours selon les voisins, Alida avait quitté le foyer conjugal pour se réfugier dans son village afin de ne plus subir toutes les tortures que lui inflige son bourreau de mari, avant d’être renvoyée par son oncle sous le prétexte qu’il a déjà mangé la dot.


