Dr Rodolphe Fonkoua : Nous ne donnerons plus d’autorisation aux étrangers pour des campagnes de consultation

L’assemblée générale élective de l’Ordre national des médecins du Cameroun se tiendra en octobre 2026, sauf changement. A l’approche de cette échéance, le bureau actuel a tenu la dernière session de son Conseil de l’Ordre. Au cours de cette rencontre, le président a esquissé le bilan de son équipe. Il a en outre fait des révélations sur l’affaire opposant l’Ordre des médecins à l’influenceuse Croqueuse de diamants et sur l’exercice illégal de la médecine 

Guy Martial Tchinda 

Le bureau de l’Ordre national des médecins du Cameroun que vous avez conduit depuis votre élection comme président en décembre 2023 a tenu, le 28 août 2026 à Yaoundé, son dernier Conseil. Qu’avez-vous fait de votre mandat ?

Sur le plan de l’administration de l’Ordre, nous avons totalement numérisé la gestion administrative et financière. Les avantages sont énormes. Aujourd’hui, les inscriptions, les demandes de documents, etc., tout se fait en ligne. En matière de sécurisation de nos fonds, plus rien ne se paie en espèces. Tout est versé sur le compte de l’Ordre, et chacun peut le faire directement depuis son bureau. On n’a plus besoin de se déplacer pour payer ses cotisations, réclamer des documents ou les cartes professionnelles.

Sur le plan du traitement des dossiers de nos confrères, aujourd’hui (28 août 2026, Ndlr), nous en avons étudié environ 300 au total. C’est une satisfaction totale. Chaque fois que nous nous réunissons, nous examinons l’ensemble des dossiers. Nous appelons nos confrères qui rencontrent des difficultés ou dont les dossiers sont incomplets pour leur indiquer les démarches à suivre.

Concernant la tenue régulière de nos conseils, nous en organisons au minimum cinq par an, là où la loi en prescrit deux. Nous le faisons tout simplement pour éviter que les dossiers s’accumulent et qu’il y ait des plaintes.

Certains médecins ont été accusés du non-respect de l’éthique et de la déontologie ou même victimes d’abus. Comment l’Ordre s’est-il déployé sur ces cas ?

Nous avons écouté et donné suite à des plaintes portées contre des confrères. Certains sont passés en conseil de discipline et ont écopé de sanctions, parce que la médecine est un art qui obéit à des règles qu’il faut respecter. Vous nous avez vus également défendre nos confrères lorsqu’il le fallait face à certaines décisions, qu’elles soient administratives ou non, que nous jugions arbitraires. Nous les avons défendus bec et ongles.

Quelle place a occupé la diaspora médicale camerounaise durant votre mandat finissant ?

Par rapport à la diaspora, nous avons effectué de nombreuses tournées à l’étranger. Nous avons établi beaucoup de contacts et nous avons réussi à obtenir que la plus grande sommité mondiale de la chirurgie bariatrique, le Dr Fobi, qui est un Camerounais, vienne dans les tout prochains mois former des compatriotes à cette technique. C’est inédit.

Aujourd’hui, nous sommes également en train de mettre en place un transfert de technologie avec la diaspora camerounaise en Suisse. Des chirurgiens orthopédistes camerounais établis en Suisse vont venir former nos orthopédistes à la greffe du cartilage. C’est quelque chose d’extraordinaire. Pour certaines pathologies où il fallait poser directement des prothèses, on peut aujourd’hui faire régénérer le cartilage. La première mission aura lieu d’ici deux mois environ.

À l’instar des Indiens, nous voulons amener notre diaspora à s’impliquer activement dans la pratique médicale et à nous apporter son concours afin de relever le niveau de nos plateaux techniques. Je vais peut-être m’arrêter là ; il y a tellement de choses qui ont été faites, et au moment opportun, nous pourrons vous inviter pour vous les présenter en détail.

L’exercice illégal de la médecine par des praticiens étrangers suscite de vives inquiétudes. Quelle est votre position face à ces missions médicales et aux évacuations sanitaires parallèles ?

Concernant la pratique de la médecine par des médecins étrangers, il y a environ 25 ans, nous avons connu une pareille invasion de médecins venus d’un pays d’Asie. Ces médecins venaient travailler au Cameroun mais ne maîtrisaient pas la langue. Il fallait un interprète. Or, dès lors qu’un interprète non médecin s’interpose entre le malade et le praticien, il y a violation du secret médical. Lorsque nous nous rendons dans ces pays, nous apprenons leur langue ; c’est la première des choses. Mais eux, lorsqu’ils viennent chez nous, ils ne l’apprennent pas. Nous leur avions opposé une fin de non-recevoir et cette première tentative s’était donc soldée par un échec.

Aujourd’hui, c’est plus vicieux. De quoi s’agit-il ? Des compatriotes vont se faire soigner dans ces pays et, dès leur retour, deviennent des démarcheurs. Ensuite, ils réussissent à corrompre quelques jeunes confrères vivant dans des conditions précaires, qui se prêtent au jeu pour évacuer des patients vers ces pays.

Nous n’avons rien contre les médecins étrangers qui viennent nous prêter main-forte. Je peux citer l’exemple de l’Hôpital général de Yaoundé qui organise des campagnes de chirurgie cardiaque. Cela, nous l’acceptons parce que lorsqu’ils viennent travailler, nos compatriotes sont à leurs côtés, apprennent, et il s’opère un transfert de technologie qui les rend autonomes. Nous sommes preneurs de ce modèle.

En revanche, le fait de venir proposer des consultations gratuites pendant 48 heures, de diagnostiquer des pathologies puis de prétendre que seul leur pays peut accomplir des miracles, nous pose problème. Nous sommes scandalisés d’apprendre que, pour des affections chroniques complexes nécessitant un accompagnement au long cours, on fait croire aux malades qu’on les ressuscitera là-bas, alors qu’en réalité, on les fait dépenser leurs économies et ils « reviennent entre quatre planches ». C’est cette médecine-là que nous refusons, et nous ferons tout pour combattre cette forme d’exercice dans notre pays.

A partir d’aujourd’hui, l’Ordre ne donnera plus aucune autorisation aux étrangers pour des campagnes de consultation au Cameroun. Nous avons suffisamment de médecins pour le faire. La médecine camerounaise n’a pas un problème de diagnostic. Nos problèmes sont ailleurs. On n’a pas besoin que les gens viennent faire des diagnostics dans notre pays.

En parlant de l’exercice illégal de la médecine, une affaire fait grand bruit actuellement au sein de l’opinion publique. On se souvient que l’Ordre des médecins a déposé une plainte il y a plus d’un mois contre Croqueuse de diamant, une influenceuse camerounaise qui proposait des services. Dans la foulée, elle a arrêté ces activités et a même fait son mea culpa. Où en est-on avec cette affaire?

Dès que nous avons été informés, nous avons porté plainte, car il s’agit d’un exercice illégal de la médecine. On ne peut pas pratiquer la médecine dans une chambre. La médecine n’est pas de la sorcellerie. Dès lors que l’on manipule la santé de la population, l’Ordre national des médecins doit exercer un contrôle. Nous avons donc porté plainte et nous nous sommes constitués partie civile dans cette affaire. À ce sujet, il faut saluer la réaction rapide et efficace du groupement de gendarmerie du Littoral qui, en moins de 24 heures, a interpellé ces personnes.

Vous dites qu’elle a présenté ses excuses à l’Ordre des médecins. C’est tant mieux, mais la justice suit son cours et nous attendons l’aboutissement de notre plainte. Il faut que la sanction soit exemplaire et suffisamment dissuasive.

Où en est exactement la procédure judiciaire engagée contre cette dame ?

Vous savez, lorsqu’une affaire est en instruction, nous avons le devoir de réserve. Je peux néanmoins vous dire que nous avons eu une première audience il y a deux jours (le 26 août, Ndlr). Notre avocat y a assisté ; il s’agit des préliminaires. Comme vous le savez, des prévenus ont été placés en garde à vue dans cette affaire, ce n’est donc que le début. Je ne peux pas vous en dire plus pour le moment.

A ce stade, avez-vous enregistré des plaintes des victimes directes de ces pratiques ?

Non, tout simplement parce que les conséquences surviennent à moyen et long terme. Ce sont des produits toxiques qui ont un effet rémanent, c’est-à-dire qu’ils restent longtemps dans l’organisme, et leurs effets se manifestent tardivement. Pour le moment, nous n’avons donc pas encore reçu de plaintes.

À l’approche du renouvellement du bureau de l’Ordre, est-ce que vous comptez briguer un nouveau mandat ?

Le moment venu, vous saurez si nous allons rempiler ou pas.