Dépôts pétroliers : L’empreinte de la Scdp

Le ministre de l’Eau et de l’Énergie a inauguré le 21 août dernier à Douala de nouvelles infrastructures construites par cette entreprise à capitaux mixtes, pour améliorer ses capacités de réception et de stockage.  

Michel Ferdinand  

 Le symbole d’une dynamique.

Le programme de modernisation et de renforcement de la chaîne nationale d’approvisionnement en produits pétroliers de la Société camerounaise des dépôts pétroliers (Scdp) se met en place progressivement. Ce programme a d’ailleurs franchi une étape importante, le 21 août 2026 à Douala, à travers l’inauguration officielle de trois infrastructures majeures par le ministre de l’Eau et de l’Énergie (Minee), Gaston Eloundou Essomba. Ce membre du gouvernement est accompagné du représentant du gouverneur de la région du Littoral.

Il y a d’abord la Sphère N°6 Gaz de pétrole liquéfié (Gpl) du dépôt de Bonabéri. Il s’agit d’un nouveau réservoir de stockage d’une capacité exploitable de 1000 tonnes métriques, réceptionné en novembre 2024 et mis en service en février 2025 après les tests réglementaires d’usage. « Elle impacte positivement nos capacités de stockage à travers l’augmentation de nos capacités de réception et de stockage de Gpl, qui passent  de 2 500 tonnes métriques à 3 500 tonnes métriques, soit une augmentation de 40% desdites capacités ; l’approvisionnement régulier du gaz domestique ; la réduction des risques de tension, de pénurie et de rupture sur le marché national et dans les pays de l’hinterland ; la réduction du temps de stationnement des butaniers, avec la baisse des surestaries et celle du recours aux importations d’urgence au coût élevé… », explique le directeur général de la Scdp, Véronique Manzoua épse Moampea Mbio. L’assistance, constituée de têtes couronnées, applaudit à tout rompre.

Il y a ensuite le second Pipeline reliant les installations de déchargement des produits pétroliers depuis le Duc D’albe pétrolier du Port de Douala-Bonabéri au dépôt pétrolier de Bessengué. C’est une canalisation d’un diamètre de 10 pouces, qui s’étend sur un linéaire de près de 4 km. Les travaux ont été achevés en 2023, et l’infrastructure mise en exploitation la même année. Cet outil vient ainsi renforcer de manière significative, ajoute le Dg de la Scdp, la logistique de l’entreprise, et lui apporte des bénéfices au niveau de la sécurisation des approvisionnement, de l’amélioration des opérations de réception avec une flexibilité dans lesdites opérations, de la réception d’un plus grand nombre de navires et l’augmentation des volumes réceptionnés [23 navires par mois pour près de 345 000 m3 de produits liquides contre 14 navires pour 210 000 m3 de produits avant la mise en service], de la possibilité de déchargement de deux navires et de deux produits simultanément,  de la réduction de moitié du temps de stationnement de navires à la bouée, ainsi qu’au quai pétrolier avec une diminution de 50% de surestaries sur les importations des produits pétroliers.

Logique d’anticipation

Il y a enfin le nouvel immeuble-siège de la Scdp, « qui se dresse sous une forme circulaire d’un réservoir de stockage. Bâti sur 740 m2 d’emprise au sol, ce bel immeuble fait d’un rez-de-chaussée et de trois étages, dispose de 1 600 m2 de plancher », précise le Dg de la Scdp, en indiquant ses composantes à savoir, une vingtaine de bureaux, deux salles de réunions, une salle polyvalente estimée à 200 places, une salle de gestion de crise… Ces ouvrages « matérialisent le passage d’une logique de simple gestion des flux à une logique d’anticipation, de résilience et de souveraineté énergétique, apportent une réponse appropriée, moderne et intégrée aux besoins logistiques de notre pays », apprécie le Minee.

Par ailleurs, il indique que « la réalisation de ces ouvrages, vise un même objectif et une même ambition : anticiper sur les besoins, renforcer nos capacités, améliorer la performance de notre outil logistique et consolider notre souveraineté énergétique ». Le rôle de la Scdp n’est plus à démontrer en la matière, elle qui est non seulement un « acteur stratégique du secteur pétrolier aval » ; mais « constitue un instrument de l’État pour assurer la réception, le stockage et la mise à disposition des produits pétroliers dans des conditions optimales de sécurité et de disponibilité ». A cet égard, ces nouveaux ouvrages répondent aux besoins immédiats de renforcement de ses capacités et d’amélioration de la performance de sa chaîne logistique pétrolière.

 

Demande

 

Les chantiers ouverts par la Scdp dans plusieurs villes du pays entendent répondre à certaines contraintes, suite à l’arrêt des activités de production de la Société nationale de raffinage (Sonara) en 2019. « Depuis lors, notre marché dépend essentiellement des importations de produits finis, ce qui exerce une pression accrue sur les infrastructures portuaires et de stockage », renseigne Gaston Eloundou Essomba. Il y a également des zones de conflit qui perturbent les chaînes internationales d’approvisionnement en hydrocarbures, au moment où dans le secteur pétrolier aval camerounais, la demande croît en moyenne de 5% chaque année pour les produits blancs (pétrole, gas-oil, super) et de 15% en moyenne pour le Gpl.

Entre-temps, les capacités de stockage n’avaient pas encore suivi. En construisant de nouvelles capacités de stockage, la Scdp tend vers l’objectif d’avoir une autonomie de 30 jours, voire plus, de stock de sécurité. La construction en cours du Dépôt pétrolier de Kribi (Dpk) s’inscrit dans cette logique, en dotant le Cameroun dans sa première phase d’une capacité de stockage de 140 000 m3 de produits pétroliers, dont 90 000 m3 de gas-oil et 50 000 m3 de super carburant, ainsi que de 12 000 tonnes métriques (Tm) de Gpl. « Conçu selon une architecture évolutive, le dépôt pourra être développé progressivement afin d’accompagner la croissance de la demande nationale et de répondre aux perspectives de développement des échanges sous-régionaux jusqu’à l’horizon 2050 », indique-t-on à la Scdp.

De plus, au-delà de l’accroissement des capacités de stockage, « le Dpk transformera durablement le dispositif national d’approvisionnement en hydrocarbures. Il offrira au Cameroun un deuxième point d’entrée maritime stratégique pour les produits pétroliers, réduira la dépendance historique au Port de Douala-Bonabéri, renforcera les capacités nationales de stockage stratégique, améliorera la fluidité des opérations logistiques et contribuera à la réduction des coûts de transport et des surestaries supportés par l’État. Il permettra également d’accroître la résilience du système national d’approvisionnement face aux risques opérationnels, climatiques ou géopolitiques ».

Parallèlement, les projets implémentés par la Scdp visent à atteindre l’objectif du gouvernement, qui ambitionne de porter le taux d’accès des ménages utilisant le gaz domestique à 70% à l’horizon 2030, contre 40% actuellement.