Corruption : Le mal est encore beaucoup trop profond au Cameroun

Le pays perd un point dans l’Indice de perception de la corruption de Transparency Internationale et se maintient à la 40place des nations les plus corrompues de la planète.


Par Jean De Dieu Bidias


Le constat est plus qu’alarmant : tous les pays de la Communautés économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) pataugent dans le top 40 des nations les plus corrompues de la planète, à la fragile exception du Gabon qui pointe au 35e rang de l’Indice de perception de la corruption (Ipc) 2024 de Transparency International, publié le 10 février dernier. Devancé d’un point par ce pays qui obtient la note de 27 points sur une échelle de 0 (très corrompu) à 100 (très propre), le Cameroun qui occupe la 140place dans ce classement comme l’année dernière, se maintenant ainsi comme le 40e pays où sévit le plus la corruption, a du mal à sortir du lot en matière de lutte contre ce fléau qui grève son potentiel économique. Il partage cette position avec, en Afrique, avec le Nigeria, l’Ouganda et Madagascar. Et dans le reste du monde, avec l’Irak et le Mexique.  Il s’en sort avec une note de 26 points, contre 27 en 2023. Le pays de Paul Biya perd un précieux point par rapport au score de l’année d’avant qui représente son optimum dans un contexte où, au plan interne, la lutte contre la corruption affiche son pire bilan.

Dans son rapport 2023, publié en septembre dernier, la Commission nationale anti-corruption (Conac), signale que les actes de corruption et les infractions assimilées ont coûté au trésor public pas moins de 114 milliards Fcfa. Selon la même institution, ces pertes financières étaient en hausse de 2 378,2% représentant 109, 4 milliards Fcfa en valeur absolue, par rapport à 2022.  Cette même année 2023, Transparency International notait que les scores obtenus au fil de ses classements ne témoignaient « d’aucune évolution dans sa lutte contre la corruption malgré la pléthore d’institutions créées à cet effet ». L’organisme pointe des problématiques constantes dans le système de gouvernance. Notamment, « l’insuffisance dans le dispositif d’évaluation de la politique publique en matière de lutte contre la corruption dû au fait que les pouvoirs publics se sont plus convertis par convenance que par conviction à l’éradication de ce phénomène, le manque d’indépendance de l’autorité judiciaire et la faiblesse des moyens mis à disposition pour combattre la délinquance économique et financière ».

Bien plus, « les accusations persistantes de corruption et de pots de vin à l’encontre du Cameroun dans les affaires Glencore, Cangate 2021 Covidgate, ont contribué à amplifier le sentiment d’impunité. Le rapport d’audit de la Chambre des comptes sur la gestion des fonds Covid-19 mettait clairement en évidence des incohérences mais, fort est de constater qu’aucune décision de justice n’a été prononcée. Par ailleurs, la récente actualité sur les violences, abus, intimidations, séquestrations, harcèlement et menaces de mort faits aux jeunes femmes et hommes qui défraie la chronique sur les réseaux sociaux et médias nationaux et internationaux, démontre la faible réactivité du système judiciaire au Cameroun », ajoutait l’institution.