Carburants d’aviation durables : Réflexions autour d’une filière nationale

Le Cameroun lance l’évaluation de son potentiel de décarbonation, de valorisation des matières premières et de création d’emplois.

Jean De Dieu Bidias

Carburants d’aviation durables. Le Cameroun y réfléchit.

Le Cameroun commence à poser les jalons d’une éventuelle filière de carburants d’aviation durables (Saf). Un atelier de lancement du projet Act-Saf de l’Organisation de l’aviation civile internationale (Oaci), financé par l’Union européenne, s’est ouvert le 31 août 2026 à Yaoundé. Au cœur des travaux : une étude de faisabilité destinée à déterminer si le pays dispose des ressources, des technologies et des conditions économiques nécessaires à la production locale de ces carburants destinés à l’aviation. Au-delà de la réduction de l’empreinte carbone du transport aérien, le projet vise le développement d’une chaîne de valeur nationale pouvant également constituer une nouvelle opportunité industrielle pour le Cameroun, notamment à travers la valorisation de matières premières locales. « L’objectif, c’est de voir le potentiel du Cameroun de pouvoir s’investir sur cette chaîne de valeur qui, au-delà de la réduction du CO2, peut être réellement une source de croissance pour l’économie, une source de création d’emplois, en valorisant un certain nombre de ces matières premières », explique Sébastien Dibling, chef de la coopération à la délégation de l’Union européenne au Cameroun.

Le financement européen s’inscrit dans un programme plus large. L’étude de faisabilité concerne 12 pays africains, dont deux en Afrique centrale, notamment le Cameroun et la Guinée équatoriale. L’enveloppe mobilisée par l’Union européenne est de 4 millions d’euros, soit un peu plus de 2,6 milliards Fcfa, pour l’ensemble des 12 pays, précise Sébastien Dibling. Pour le Cameroun, l’ambition est de déterminer si une production nationale de Saf peut être techniquement, économiquement et environnementalement viable. L’étude devra, en effet, identifier les matières premières disponibles, les technologies adaptées et les besoins d’investissement. Ses conclusions doivent servir de socle à une future stratégie nationale et à une feuille de route. L’intérêt économique du projet réside aussi dans la possibilité de rapprocher la production du lieu de consommation. Le développement d’un approvisionnement local permettrait, à terme, aux compagnies aériennes camerounaises et étrangères desservant le pays de disposer de carburants durables produits sur place. Il pourrait ainsi limiter une partie des coûts et des émissions associés à l’acheminement de carburants importés, tout en créant de nouveaux débouchés pour certaines filières agricoles et énergétiques.

Mais, le chemin reste long. Une filière Saf suppose des investissements, des infrastructures, des normes de certification et une capacité à garantir la durabilité et la traçabilité des matières premières. Autant de paramètres que devra documenter l’étude lancée à Yaoundé. Le projet s’inscrit dans le durcissement progressif des exigences environnementales applicables au transport aérien international. Le Cameroun, membre de l’Oaci et signataire de la Convention de Chicago, a déjà engagé plusieurs initiatives visant à réduire les émissions du secteur. « Une aviation ne saurait donc être pleinement conforme si elle laisse l’environnement en retrait », souligne Paule Assoumou Koki, directeur général de l’Autorité aéronautique civile du Cameroun (CCAA). Le pays a, entre-temps, élaboré un plan d’action national de réduction des émissions de CO₂ de l’aviation internationale et participé à la mise en œuvre du projet pilote Solar-at-Gate à l’aéroport international de Douala, toujours avec l’appui de l’Oaci et de l’Union européenne.

Pour Paule Assoumou Koki, l’étude doit permettre de passer des principes aux réalités économiques camerounaises. « Il s’agit d’explorer les conditions dans lesquelles une filière nationale de SAF, respectueuse des exigences de durabilité, pourrait être développée », explique-t-elle. L’objectif est notamment de déterminer « à partir de quelles ressources, au moyen de quelles technologies et avec quels investissements » une telle industrie pourrait voir le jour. La démarche implique plusieurs secteurs : agriculture, énergie, environnement, recherche, universités, finance, collectivités territoriales, aéroports et entreprises. « La question des Saf est éminemment transversale », insiste la dirigeante de la CCAA.