Condamné le 4 septembre 2026 par le Cirdi à verser 78,5 millions d’euros à l’Italien Piccini évincé du chantier en 2019, l’Etat camerounais écope d’une pénalité de 51,5 milliards Fcfa qui relance le débat sur le coût réel d’un complexe démarré depuis plus d’une décennie.
Désiré Domo
Le groupe italien Piccini prend l’avantage sur le bras de fer qui l’oppose depuis 2019 à l’État du Cameroun relatif au Complexe sportif d’Olembé. Dans sa sentence rendue le 4 septembre 2026, le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (Cirdi) basé aux États-Unis d’Amérique a tranché en faveur du constructeur italien contre la République du Cameroun et condamne l’Etat camerounais à verser 78,5 millions d’euros, soit environ 51,5 milliards Fcfa. Un montant bien loin des 250 milliards Fcfa que réclamait le constructeur et qui ont enflammé les réseaux sociaux ces derniers jours.
Le tribunal arbitral motive sa décision par une « expropriation illégale » de l’investissement de Piccini et retient également un manquement du Cameroun à ses obligations de traitement juste et équitable et de pleine protection et sécurité de l’investissement. Si la somme principale s’élève à 78,5 millions d’euros, la facture réelle pour le contribuable camerounais s’annonce bien plus salée, car ce montant se décompose en 51,3 millions d’euros pour l’investissement net consenti par Piccini, 5,4 millions pour le manque à gagner sur les travaux qu’il n’a pu réaliser, 8,1 millions pour la perte de jouissance de ses machines et équipements restés immobilisés, 7,7 millions pour la dépréciation de ce même matériel et 6 millions au titre des frais engagés après son éviction. À ce principal, le tribunal ajoute des intérêts pré-sentence composés annuellement au taux Euribor 6 mois majoré de 4% et calculés depuis le 29 novembre 2019, des intérêts post-sentence au même taux si le paiement n’intervient pas dans les 30 jours suivant la notification, ainsi que le remboursement de 70% des honoraires et frais juridiques de Piccini, soit 1,3 milliards Fcfa et 70% des frais d’arbitrage, soit 8,8 milliards Fcfa.
Cette sentence vient rallumer les projecteurs sur l’un des chantiers les plus controversés du pays. Tout commence en 2009 avec la pose de la première pierre du complexe sportif d’Olembé, présenté comme le futur joyau de 60.000 places devant accueillir la Can 2019. Il faudra attendre le 30 décembre 2015 pour que l’Etat signe le contrat de construction avec Piccini pour un montant initial de 163 milliards Fcfa. Après le retrait de l’organisation de la Can 2019 au Cameroun, Piccini réclame une enveloppe supplémentaire de 28 milliards Fcfa, portant le coût potentiel à 191 milliards Fcfa, une demande contestée par Yaoundé. Le bras de fer s’installe et les travaux s’enlisent jusqu’à ce que, le 30 novembre 2019, l’Etat résilie le contrat et évince l’entreprise italienne. Au moment de cette rupture, un solde d’environ 50 milliards Fcfa non décaissé serait encore resté logé dans une banque italienne, mais ce reliquat ne doit pas être confondu avec l’indemnisation, qui elle résulte d’une évaluation arbitrale de préjudices multiples.
Après Piccini, le chantier est confié au groupe canadien Magil, lui aussi débarqué à son tour par le gouvernement, ouvrant un nouveau front contentieux toujours pendant. Près de 10 ans après son démarrage effectif, le complexe n’est toujours pas totalement achevé et n’aura accueilli à ce jour que deux rencontres officielles majeures : les cérémonies d’ouverture et de clôture de la Can 2021 disputée en 2022.
Face à la sentence de l’instance américaine, le gouvernement, apprend-on, a annoncé son intention de demander l’annulation de la décision devant le Cirdi et d’ouvrir une autre procédure devant la Chambre de commerce internationale de Paris. La bataille judiciaire est donc loin d’être terminée, mais une certitude s’impose : le Complexe sportif d’Olembé, pensé comme le symbole de la Can 2019, est devenu le symbole le plus cher du divorce entre l’intérêt public et la gestion des grands projets d’infrastructures au Cameroun.


