Piaasi : Des familles au bord du gouffre

Des ex-employés du Programme intégré d’appui aux acteurs du secteur informel réclament 60 mois de salaires impayés.

Rebara Habra

 Argent en haut, pancartes en bas

Des pancartes brandies. Des visages fermés qui racontent une histoire. Des regards qui laissent lire une même revendication : le paiement de 60 mois d’arriérés de salaire. Depuis plusieurs jours, d’anciens employés du Programme intégré d’appui aux acteurs du secteur informel (Piaasi) ont investi l’entrée principale du ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle ( Minefop). Derrière leur colère se cachent des familles qui disent avoir basculé dans la précarité.

Devant le Minefop, leur ministère de tutelle, ils ont installé leur nouveau « bureau ». Assis à même le sol, pancartes en main, ces pères et mères de famille attendent. Surtout, ils attendent leur argent. « Le Minefop est devenu notre bureau. Le ministre nous a reçus. Mais il nous appelle à la résilience. Jusqu’à quand ? Il nous a même avoué que nos larmes ne changeront rien », lâche Manbaï Gaston, porte-parole du collectif. Ce mécontentement ne date pas d’aujourd’hui. Il est vieux d’un an. L’année dernière, la primature avait apaisé la colère avec un paquet de promesses. « Il avait demandé au directeur des affaires financières l’établissement des états de sommes dues. Mais jusqu’ici, aucune suite. Nos enfants doivent aussi aller à l’école », ajoute Gaston.

Le 31 juillet 2026, une nouvelle correspondance a été adressée au conseiller spécial du Premier ministre chargé de l’audit. Objectif : obtenir une solution avant la rentrée scolaire. « Nous nous attendions à avoir quelque chose pour que nos enfants aillent à l’école », raconte le porte-parole.

Clairence attend de voir clair, elle aussi, dans ce dossier. Arrivée au Piaasi en 2009, elle pensait que son recrutement allait l’éloigner du vice, de l’ennui et du besoin. Au contraire, son contrat a plutôt scellé une union avec ces trois maux. « Les boutiquiers n’arrivent plus à nous donner du crédit parce que nous ne respectons pas nos paroles. Nous ne sommes plus crédibles, même dans nos familles », raconte-t-elle.

Berline Sampi est arrivée deux ans avant Clairence au Piaasi. Elle a aussi vu son quotidien se défaire après l’arrêt des paiements en 2023. Elle a quitté Yaoundé pour retourner vivre à Bafoussam, dans la maison familiale. Un retour qui ressemble moins à un choix qu’à une nécessité. « Recommencer sa vie à zéro, ce n’est vraiment pas évident », souffle-t-elle. « Il faut continuer à nourrir les enfants, les envoyer à l’école, soutenir le foyer. Mais sans salaire, la place que l’on occupait dans la famille change », ajoute-t-elle.

À cette précarité s’ajoute une autre interrogation : celle du statut juridique du Piaasi. « Le ministre nous a dit que le Piaasi fonctionne dans l’illégalité. Les employés n’ont pas créé le Piaasi. C’est un programme institué par l’État du Cameroun. » Les ex-employés contestent l’idée que cette situation puisse leur être imputée.