Après avoir lancé un mot d’ordre de grève le 3 septembre 2026, le Bureau exécutif national du Syndicat national des enseignants du supérieur (Ben Synes) a répondu absent à la rencontre du 11 septembre convoquée par le ministre d’État, ministre de l’Enseignement supérieur.
Arnaud Kuipo

L’Université de Yaoundé I tourne au ralenti en cet après-midi du 10 septembre 2026. Le campus de la mère des universités d’État au Cameroun ne grouille pas de monde. À la Faculté des sciences de l’éducation, les préinscriptions en vue de l’année académique 2026/2027 sont en cours. Les dispositions prises à cet effet sont en place et fonctionnent. Un enseignant reçoit des informations pour une éventuelle inscription au niveau I dans ladite faculté.
C’est en vue d’une bonne reprise de l’année académique 2026/2027 que s’est tenue, le 11 septembre dernier, une rencontre dite de « concertation sur le climat social dans les universités d’État ». Invité à ladite concertation, le Syndicat national des enseignants du supérieur (Synes), qui a appelé, le 3 septembre dernier, à une « rentrée académique morte », avait exprimé, la veille, son indisponibilité. Seulement, trois de ses membres y ont pris part. Ce qui n’a pas échappé au Synes. Pour lui, la présence des enseignants Michaël Lang, Ngam Confidence Chia (Université de Bamenda) et Abangma James Arrey (Université de Buea) « relève d’un positionnement personnel n’ayant rien à voir avec les intérêts de la corporation portée par le syndicat ».
Dette académique
Néanmoins, la concertation convoquée par le ministre d’État, ministre de l’Enseignement supérieur (Minesup), a été l’occasion d’exposer trois « problèmes à résoudre » : le paiement de la dette académique, de l’allocation spéciale pour la modernisation de la recherche et des prestations académiques au sein des universités d’État.
S’agissant particulièrement du paiement de la dette académique, l’on retient de Jacques Fame Ndongo que les « paiements se poursuivent, à la diligence du ministre des Finances et en fonction des disponibilités de trésorerie ». Mais le ministre d’État précise que depuis « le 1er octobre 2025, et sur la base des états financiers consolidés par le comité tripartite Minfi-Minesup-Synes, 41 % des 15 498 462 253 Fcfa relatifs à la dette académique (2000-2021) des enseignants des huit universités d’État concernées ont été payés à ce jour, en privilégiant les universités de Bamenda, Buea et Maroua ».
Par ailleurs, on apprend qu’un nouveau cycle de recensement de la dette flottante de l’État et de ses démembrements vient d’être prescrit par le ministre des Finances (Minfi). Il s’agit ici de la période 2020-2025 (lettre circulaire n° 0001318/LC/MINFI/CAB du 1er août 2026), y compris la dette académique pour l’ensemble des onze universités d’État.
Jeannette Wogaing : Il y a une sorte d'opacité autour du traitement de la dette académique
La secrétaire générale du Bureau exécutif national du Syndicat national des enseignants du supérieur (Ben Synes) revient sur la concertation sur le climat social dans les universités d’État, à laquelle son syndicat n’a pas pris part.
Arnaud Kuipo

La non-participation du Synes à la concertation du 11 septembre dernier ne peut-elle pas être perçue comme un refus de saisir la main tendue du gouvernement en faveur du dialogue ?
La première réponse est non. Notre communiqué du 10 (septembre, ndlr), en réponse à cette invitation, donne assez de détails. Pour le Bureau exécutif national, il y a un problème de forme et de fond. Le premier élément, c’est le délai et le canal par lequel nous recevons la lettre d’invitation : par un message WhatsApp. Et de deux, il revient à l’exécutif du syndicat, et à personne d’autre, de décider de la composition de sa délégation.
Par ailleurs, si on avait fermé le dialogue, le Bureau exécutif national, par la voix de sa Sg, n’aurait jamais introduit une demande d’audience auprès du chef de l’État depuis le 20 janvier 2025. À cette date, nous n’avons reçu aucune réponse.
Quel est votre commentaire sur la participation de trois membres du Synes à la concertation du 11 septembre ?
Déjà, précisons qu’ils n’ont pas pris part à la réunion du 3 septembre 2026 qui appelait au campus mort. Et pourtant, c’est une réunion qui a été convoquée en bonne et due forme. Comment des gens peuvent-ils ne pas prendre part à une réunion aussi importante et prétendre devoir être consultés pour la suite des événements ? Et l’une des personnes n’a pas pris part à une seule réunion du Ben depuis 2023.
Par ailleurs, deux coordinations (du Synes, ndlr) sont nées à la suite de la clochardisation des enseignants : la coordination de l’Université d’Ebolowa et la coordination de l’Université de Yaoundé II. Donc, ces bureaux sont désormais mis en place.
Il faut dire que c’est tout le système éducatif qui doit être revu. Un pays où l’éducation n’est pas placée au centre des préoccupations ne peut pas émerger, quoi qu’on fasse. Le traitement des enseignants, de la base au sommet, est juste pathétique. Quand on va juste à côté, au Sénégal, le maître de conférences touche 1 700 000 Fcfa et, à la retraite, il ne perd que 15 % de son salaire, sans compter les avantages. C’est une situation gravissime. On espère que le chef de l’État va prendre les décisions qui s’imposent.
Le Synes est-il disposé à suspendre son mouvement de grève si le gouvernement lui propose un calendrier précis et crédible pour le paiement des sommes dues ?
Pour parler d’un calendrier précis et crédible, je pense que ce serait juste le dilatoire habituel. Pour ce qui est de la grève, avant toute négociation, on revendique le paiement de tout ce qui est dû. En effet, le dossier de la consolidation de la dette académique a été bouclé en 2024. Et nous sommes aujourd’hui en 2026. Des promesses fermes, rassurantes, nous ont été données depuis 2024. Nous sommes rendus au 13 septembre 2026. Aucune ligne n’a bougé. La liste définitive n’est pas publiée. Personne ne sait à quoi il a droit. Quelques-uns ont déjà reçu la totalité de ce qu’on a décidé de leur attribuer. Les autres n’ont rien reçu du tout. Il y a une sorte d’opacité autour du traitement de la dette académique. Et la dette académique a recommencé à s’amonceler depuis 2022.
Les revendications du Ben Synes
· Une suite à la demande d’audience adressée, il y a plus d’un an, au président de la République ;
· Le paiement intégral des sommes dues au titre de l’allocation spéciale pour la modernisation de la recherche, à tou(te)s les enseignant(e)s, sans exclusive ;
· L’apurement total de la dette académique.



