Rdpc : Le torchon brûle dans le Mfoundi

Gilbert Tsimi Evouna retoque une décision de Laurent Serge Étoundi portant désignation de responsables pour superviser les investitures dans le département.

Jean De Dieu Bidias

La tension monte dans le marigot politique du Mfoundi, à Yaoundé, à quelques mois de la tenue du double scrutin législatif et municipal attendu théoriquement début 2027. Gilbert Tsimi Evouna, trésorier national du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) et non moins chef de la délégation régionale permanente du parti pour le Centre, vient de retoquer une décision du chef de la délégation départementale permanente du Mfoundi, Laurent Serge Étoundi Ngoa, portant désignation de superviseurs et chargés de mission « chargés d’accompagner les Présidents de Section dans la mise en œuvre des hautes directives du comité central, communiquées au cours du séminaire stratégique tenu le 22 juillet 2026 ». Philippe Mbarga Mboa, ministre chargé de mission à la présidence de la République (Mfoundi 3), Séraphin Magloire Fouda, ministre secrétaire général des services du Premier ministre (Mfoundi 2), André Mama Fouda, ancien ministre de la Santé publique (Mfoundi 6), Augustin Edjoa, ancien ministre des Sports (Yaoundé 7), entre autres barrons locaux du parti au pouvoir, avaient été désignés le 31 août par Laurent Serge Étoundi Ngoa pour « assurer un encadrement efficient des opérations préparatoires aux élections législatives et municipales à venir dans le département du Mfoundi ». En clair, pour superviser les investitures des candidats du Rdpc dans cette circonscription politique réputée sensible. Cette décision qui a suscité une manifestation de militants de la section Mfoundi 2 devant le siège du Rdpc, le 09 septembre dernier, a été prise « unilatéralement », selon Gilbert Tsimi Evouna, très remonté de n’avoir pas été consulté.

Alors qu’il est estime avoir agi en cohérence avec ses « hautes directives », Laurent Serge Étoundi Ngoa est également lâché par la hiérarchie du parti, notamment le secrétaire général du comité central, Jean Nkueté, qui relève « l’inopportunité de ladite note, dont l’esprit et la lettre sont totalement éloignés des orientations et des directives du secrétariat général du comité central lors du séminaire stratégique du 22 août dernier ». En effet, écrit-il dans une correspondance adressée à Gilbert Tsimi Evouna, « telle qu’elle est présentée, la note du chef de la délégation permanente départementale du Mfoundi est de nature, non seulement à alourdir les opérations de préparation des élections telles que prescrites par le secrétariat général, mais également de provoquer d’inutiles frustrations parmi les présidentes et les présidents de section, dont la responsabilité individuelle est pleinement engagée dans la phase actuelle préparatoire au double scrutin législatif et municipal, sous la coordination directe du chef de la délégation permanente départementale ».

Faucons

​Au demeurant, poursuit l’ancien vice-Premier ministre, « la note susvisée s’éloigne, comme relevé plus haut, des prescriptions du secrétariat général du comité central relatives au respect scrupuleux de la composition sociologique et à l’implication des femmes et des jeunes dans toute initiative concernant la préparation des prochaines élections ». Et de réitérer ses directives. « Plus globalement, s’agissant des sections Rdpc du Mfoundi (Yaoundé) et du Wouri (Douala), il est instruit de veiller à la prise en compte de la diversité sociologique locale, du genre et des jeunes dans toutes les étapes du processus électoral, davantage encore en cette phase préparatoire qui offre une occasion idoine de construire les synergies nécessaire et efficaces recherchées entre les communautés et au bénéfice de notre Parti le moment venu ». La décision de Gilbert Tsimi Evouna de surseoir à l’application de cette décision, soutenu en cela par le secrétariat général vient remettre les présidents de sections, théoriquement plus proches des militants et censés mieux maîtriser le terrain, au cœur du processus de sélection des candidats du Rdpc, dans un contexte de fortes tensions internes qui menacent la stabilité du parti.

Les élections législatives et municipales de 2020, comme celles de 2013, avaient charrié beaucoup de frustrations, notamment dans les rangs des jeunes et des femmes, qui appellent à la mise à l’écart de tous les faucons impliqués dans ces tripatouillages et à une transparence sans faille dans le processus des prochaines investitures. La base du parti se montre en effet largement favorable à l’organisation de primaires internes, afin de limiter les passe-droits et faire prévaloir la démocratie. A défaut de ces primaires, le comité central semble avoir compris l’intérêt d’anticiper les frustrations dans la perspective des prochains scrutins, surtout après une élection présidentielle 2025 l’issue de laquelle le candidat du Rdpc, Paul Biya, a enregistré son pire score (53,66% des voix), après les 39,98% de 1992.