La kinésithérapie est un atout dans la prise en charge des maladies cardiovasculaires et des Accidents vasculaires cérébraux (Avc). Le 8 septembre 2026, à l’occasion de la célébration de la journée internationale de la kinésithérapie à l’hôpital central de Yaoundé, cela a été démontré par les spécialistes du domaine, lors d’un symposium, après une semaine d’activités cliniques. Major du service de physio-kinésithérapie, il revient sur le bilan de ces activités et donne des conseils pour la prise en charge des patients atteints d’Avc.
Michel Enony

Le cerveau est l’organe central. Sans lui, pas de mouvement. Comment joue-t-il ce rôle de chef d’orchestre ?
Le système nerveux se divise en deux : le système central et le système périphérique. C’est lui qui commande ce qu’on appelle la motricité volontaire et la motricité involontaire. Tous les organes dépendent du cerveau, excepté le cœur, car il possède son propre stimulateur, le nœud sinusal, qui produit les impulsions électriques pour assurer l’ouverture et la fermeture des ventricules et des oreillettes. Mais tous les autres organes dépendent du système nerveux central. Le cerveau est le chef d’orchestre, le maestro. Il suffit qu’il y ait une altération, une défaillance ou un souci pour que les impacts se fassent sentir sur un, deux ou l’ensemble des systèmes.
La kinésithérapie est un mot réducteur par rapport au travail que vous effectuez. Pourquoi dites-vous cela ?
En fait, c’est un problème de mise à jour. Étymologiquement, la kinésithérapie est la thérapie par le mouvement. Depuis 2016, elle a évolué. Ce n’est plus une discipline paramédicale. Je parle ainsi, peut-être, pour que les décideurs puissent suivre. C’est désormais une discipline médicale, selon l’Organisation mondiale de la santé (Oms). Le kinésithérapeute est placé sous la responsabilité du médecin physiatre. Le physiatre est un médecin qui a fait sept ans de médecine généraliste et cinq ans de kinésithérapie. Le kiné travaille donc avec tous les autres spécialistes, mais son véritable patron est le physiatre. La science étant évolutive, la kinésithérapie n’est plus une discipline paramédicale. C’est une discipline médicale qui aide les patients dans la réhabilitation, dans le mouvement et dans tous les domaines. Concernant les patients qui présentent une altération cérébrale, on les appelle les cérébrolésés. Ces lésions cérébrales, indépendamment de leur étiologie (vasculaire, hémorragique, tumorale, auto-immune ou infectieuse), entraînent divers troubles.
Le cerveau est cartographié, comme Yaoundé. Chaque fonction correspond à une aire corticale, et chaque aire corticale a une fonction spécifique. Ainsi, si une ou deux aires sont altérées, par exemple le lobe frontal, qui est responsable de la motricité volontaire, un simple traumatisme peut suffire. Cela peut être un choc, comme un coup sur le front : vous perdez la sensation dans les jambes pendant quelques heures, puis cela revient. Pourquoi ? Parce que c’est la partie responsable de la motricité volontaire. Le cerveau est donc cartographié comme les pays, comme les villes, et chaque partie a une fonction spécifique, mais tout est interconnecté.
Vous avez tenu à élaborer une charte. Pourquoi expliquer aujourd’hui l’importance d’avoir une charte dans votre domaine ?
Parce que la kinésithérapie évolue. L’instance internationale qui gère la rééducation des patients neurologiques s’appelle la World Federation of Neurorehabilitation. C’est une association internationale qui codifie, avec la WCPT (World Confederation for Physical Therapy), les normes de la formation et les exercices de la profession. Il faut bien dire que, parce que nous sommes dans un pays en développement, nos confrères étrangers, eux, ne parlent pas en termes de revenus. Cela reste typique des pays du tiers-monde, mais les mentalités doivent évoluer. C’est pourquoi tout le monde doit se mettre à jour, et c’est la raison pour laquelle, lors de cette journée, nous allons faire des démonstrations de neuroréhabilitation. Dans la prise en charge des patients victimes d’Accidents vasculaires cérébraux (Avc), on ne parle plus de rééducation, mais de neuroréhabilitation. C’est l’occasion pour nous, les 20 professionnels présents, de montrer les atouts de la kinésithérapie dans ce panel. D’abord, ce qui est déjà connu, puis nous démontrerons les associations entre l’Avc et les troubles de la mémoire, les troubles cognitifs, ou encore le syndrome cérébelleux. Il s’agira pour nous d’édifier le personnel soignant, les étudiants présents en salle, les collaborateurs et tout le public sur les atouts et le champ de compétences de la kinésithérapie.
Quand quelqu’un a été victime d’un Avc, généralement, il perd la motricité de certains membres. Qu’est-ce qu’il faut faire pour qu’il retrouve sa motricité ?
Il faut bien préciser : on ne masse pas quelqu’un qui a fait un Avc. Dans quelque domaine que ce soit, le massage n’apporte aucun plus, aucun bénéfice. Ceux qui le font voient le malade bouger, mais grâce à ce qu’on appelle la neuroplasticité cérébrale. C’est la capacité du cerveau à remodeler et à créer de nouvelles connexions synaptiques. Que signifie ceci ? Si un circuit est lésé, le cerveau crée un autre circuit, car le circuit endommagé ne peut pas être réutilisé. Grâce aux techniques de neuroréhabilitation et de neuromusculation, nous aidons ces patients à cartographier et à réintégrer leurs fonctions. Ce sont comme des circuits qui sont morts et que l’on fait ressusciter. Une fois que ces circuits sont ressuscités, on dit au cerveau : « Voilà ce que tu faisais dans tel plan, tel axe, réactualise-toi. » C’est pourquoi vous voyez certains patients victimes d’Avc avoir de la peine à se déplacer après avoir été massés. Mais il faut savoir qu’au-delà d’une certaine phase, le massage n’apporte aucun bénéfice. Même une rééducation d’un an ne sert à rien, car on entre dans une phase où il n’y a plus de récupération possible.
Durant une semaine, il y a eu des consultations de patients et, aujourd’hui, c’est un symposium scientifique. Quel bilan faites-vous de cette semaine d’activités ?
Concernant notre activité clinique et de promotion de la santé, qui s’est déroulée du 1er au 7 septembre, nous avons reçu 138 patients. Nous avons posé les diagnostics, et huit patients ont été référés en cardiologie, en traumatologie, en neurochirurgie et en psychologie. Pour le reste, nous avons effectué des prises en charge continues. Nous avons également associé des conseils, comme l’Iec (Information, Éducation, Communication), l’hygiène du dos, la manutention, les déplacements, ou encore comment porter une charge de 50 kg pour les enfants, par exemple. C’était donc l’objet de cette activité, ainsi que la sensibilisation et la prévention. C’est pourquoi nous avons fait du dépistage. Nous avons pris des paramètres comme la tension artérielle. Nous avons constaté que quatre participants avaient une tension à 220. Nous les avons référés directement en cardiologie pour une consultation et une prise en charge optimales, car l’hypertension artérielle est incluse dans notre champ de compétences. Les activités se sont donc bien déroulées et les retours des participants ont été satisfaisants. Nous avons déjà près de 50 personnes qui vont revenir payer des séances après cette activité clinique. Les retours sont bons.



