Soutenance : Le béton armé camerounais à l’épreuve du temps

Avec une thèse de 238 pages sur la carbonatation des bétons de sable de carrière, Jacques Hervé Koung A Bediang a obtenu le 8 septembre 2026 la mention honorable et son doctorat PhD en Sciences de l’Ingénieur et Applications.

Bernie Ngono et Gabrielle Olounou (Stagiaires)

La recherche locale prise à un angle mort

 

Appelez désormais Jacques Hervé Koung A Bediang docteur. Devant le jury et sous la direction de Louis Max Ayina, l’impétrant a défendu  le 8 septembre 2026 son travail intitulé : « Étude de la durabilité des bétons armés face à la carbonatation ». Au bout de quelques heures d’échanges, le verdict est tombé , évidement en sa faveur : admis avec la mention honorable. Avec une thèse de 238 pages sur la carbonatation des bétons de sable de carrière, Jacques Hervé Koung A Bediang a obtenu le 8 septembre 2026 la mention honorable et son doctorat PhD en Sciences de l’ingénieur et applications. Le polytechnicien devient désormais docteur en Sciences de l’Ingénieur et Applications, filière génie civil. 

Mathématicien de formation à la base, ingénieur polytechnicien, titulaire d’un master Recherche en Sciences de l’ingénieur et applications (Sia) et d’un Master of Business Administration (MBA) en Gestion de la qualité de production, le nouveau docteur a choisi de s’attaquer à un angle mort de la recherche locale : la durabilité. « La plupart des travaux au Cameroun portent sur la résistance mécanique à 28 jours. Très peu portent sur la durabilité à 50 ou 100 ans. Or un béton peut afficher 40 MPa [Mégapascals, Ndlr] et être très peu durable s’il est poreux », justifie le chercheur. Son travail déplace le curseur de la résistance instantanée vers la capacité du béton à protéger ses armatures sur plusieurs décennies, conformément à la durée de vie de 50 ans prévue par l’Eurocode 2. Autrement dit, le béton que nous coulons aujourd’hui sera-t-il encore capable de protéger son acier en 2075? Au cœur de la démonstration, un phénomène chimique discret mais redoutable : la carbonatation. Le CO2 de l’air pénètre par les pores du béton, fait chuter son pH d’environ 13 à 8. Quand ce front atteint l’armature, le film de passivation qui protège l’acier est détruit. L’acier rouille, son volume augmente de 3 à 6 fois, fait éclater le béton en surface et fragilise l’ouvrage jusqu’au risque de rupture.

Un enjeu d’autant plus crucial à Yaoundé, où le climat chaud et humide est trompeur. « La carbonatation est maximale quand l’humidité relative est entre 60% et 70%. Nos bâtiments en intérieur, nos parkings, nos bureaux climatisés sont donc très exposés », explique l’auteur. À cela s’ajoute l’évolution des ciments : de plus en plus de CEM II avec pouzzolanes ou calcaire, plus écologiques, mais qui carbonatent plus vite que les anciens CEM I purs. L’originalité de cette thèse de 238 pages est de s’intéresser au béton de sable de carrière, ou sable concassé, comme alternative durable au sable de rivière dont l’exploitation pose des problèmes environnementaux. Le chercheur a mesuré ses indicateurs de durabilité, déterminé sa vitesse de carbonatation en conditions accélérées, étudié l’influence du phénomène sur ses propriétés microstructurales et prédit sa durée de vie vis-à-vis du risque de corrosion. L’objectif n’était pas d’inventer un nouveau béton, mais d’évaluer celui que nous utilisons au quotidien.

Les enjeux soulevés sont multiples. Technique d’abord : passer d’une approche prescriptive – « mets 3 cm d’enrobage » – à une approche performantielle basée sur la mesure réelle. Économique ensuite : « Construire ne suffit plus, il faut construire durable », martèle Jacques Hervé Koung A Bediang. L’idée est d’éviter les surdimensionnements coûteux, mais surtout la sous-qualité qui coûtera dix fois plus cher en réhabilitation après 15 ans au lieu de 50 ans. Enjeu normatif également : apporter des données locales pour le contexte camerounais, car les modèles européens sont basés sur leurs ciments et leur climat. Enjeu local enfin : valoriser le sable concassé et offrir une valeur ajoutée à l’industrie nationale de la construction. À l’arrivée, l’étude propose des recommandations concrètes et adaptées au Cameroun : choix du ciment et des granulats, rapport Eau/Ciment optimal à respecter, enrobage minimal pour garantir 50 ans, type de cure, usage d’adjuvants et conditions d’exposition. 

Une contribution saluée par le jury comme une approche rigoureuse et scientifique pour évaluer la durabilité des infrastructures et qui ouvre la voie à une meilleure compréhension des interactions entre le béton et son environnement.