L’atelier de lancement de l’Alliance francophone des médias et journalistes contre le paludisme en Afrique (Afrimpa) a officiellement été ouvert le 9 septembre 2026 à Brazzaville par le ministre congolais de la Santé et de la Population. La directrice exécutive d’Impact santé Afrique présente l’importance de cette nouvelle arme de lutte.
Guy Martial Tchinda, à Brazzaville

Impact santé Afrique soutient l’Alliance francophone des médias et journalistes contre le paludisme en Afrique, dont l’atelier de lancement a débuté le 9 septembre 2026 à Brazzaville, en République du Congo. Que représente cette alliance ?
Afrimpa est une plateforme régionale qui réunit des journalistes, des rédacteurs en chef, des professionnels des médias et des organisations médiatiques d’Afrique francophone engagés pour un traitement plus solide et plus durable de l’information sur le paludisme. Ce n’est pas un programme de formation continue, même s’il y aura beaucoup de formations, mais c’est un réseau à travers lequel les médias pourront continuer à apprendre, à avoir accès aux experts de la lutte ainsi qu’aux leaders, et à obtenir des informations pour développer des sujets et collaborer au-delà des frontières.
La vision est celle d’une alliance régionale connectée qui rassemble tous ces professionnels et contribue à soutenir les ministères de la Santé publique de nos différents pays dans l’atteinte de leurs objectifs de lutte contre le paludisme. La mission est claire : renforcer la qualité, la présence constante et l’influence du traitement médiatique du sujet du paludisme en Afrique francophone.
Qu’est-ce que cette Alliance apporte concrètement de nouveau, et pourquoi l’Afrique francophone en particulier ?
L’Alliance francophone des médias contre le paludisme ne vient pas effacer ce qui existe déjà ; elle vient renforcer et, surtout, connecter les journalistes entre les pays. L’Afrique francophone souffre encore plus du fardeau du paludisme, car près de 15 pays y sont affectés, et cette région est la plus touchée au monde par la maladie. Nous pensons que la collaboration et la synergie que les médias pourront tisser entre les pays nous permettront d’améliorer la communication sur cette lutte, de renforcer l’engagement communautaire et, surtout, de mobiliser les décideurs politiques pour un financement plus accru et domestique durable, afin que les interventions de lutte puissent se poursuivre sans interruption malgré les perturbations.
Nous tenons à saluer les programmes nationaux de lutte contre le paludisme de nos pays, qui travaillent au quotidien avec toutes leurs équipes pour continuer à mettre en œuvre des interventions salvatrices. Nous voulons aussi remercier particulièrement tous les journalistes et les hommes de médias qui ont accepté d’adhérer à cette idée, de s’engager personnellement et d’apporter leur contribution pour protéger les femmes, les enfants et les hommes contre cette maladie qui peut pourtant être prévenue.
Nous ne partons heureusement pas de zéro, car depuis plusieurs années, de nombreux journalistes sont déjà très engagés dans la lutte contre le paludisme dans divers pays et sont très motivés à l’idée de continuer à fournir à la population des informations fiables et crédibles capables de susciter un engagement communautaire.
Comment fonctionnera l’Alliance ?
Le fonctionnement sera co-développé et co-créé par les membres de cette alliance présents ici à Brazzaville. Nous aurons des travaux de groupe pendant deux jours au cours desquels les membres y réfléchiront. Mais d’ores et déjà, je pense qu’il y aura des rencontres, peut-être trimestrielles, des réunions virtuelles et des formations dispensées par les différents experts, ministères et partenaires de la lutte contre le paludisme. On pourrait aussi envisager des descentes sur le terrain pour collecter des informations.
Les membres de l’Alliance élaboreront un plan d’action pour les deux prochaines années au minimum, ce qui nous amènera à concevoir plus tard un plan stratégique à l’horizon 2030, aligné sur le plan mondial de lutte contre le paludisme et sur les stratégies des différents pays, afin de définir précisément ses orientations et son mode de fonctionnement.
Qu’en est-il de sa constitution ?
Concernant la structure, il y aura certainement une organisation aussi simple et flexible que possible, avec probablement un président, un coprésident et des membres actifs dont les rôles pourront alterner tous les deux ou trois ans. Ce sera aux participants de décider. Cela permettra de bien se déployer, car le véritable but de cette alliance est de renforcer les capacités des membres et de leur donner accès aux informations, aux opportunités, aux experts ainsi qu’aux moments clés de la lutte contre le paludisme sur le continent et au-delà. Les sujets étant véritablement importants et urgents, il faut consacrer plus de temps au travail de fond qu’à des discussions qui peuvent parfois nous éloigner de l’objectif.
Il faut également mentionner que l’on envisage des collaborations avec les médias internationaux, de préférence francophones, qui pourraient intégrer cette alliance.
Nous espérons vraiment créer des ponts entre les médias du continent africain et ceux des autres continents pour échanger des expériences, partager les meilleures pratiques et, pourquoi pas, développer des projets communs permettant de renforcer l’accès à une information de qualité pour nos populations.
Quelle est la situation actuelle du paludisme en Afrique et comment appréciez-vous la couverture médiatique qui en est souvent faite ?
Le paludisme continue de tuer dans nos pays. Il touche encore des millions de personnes chaque année et, malheureusement, en particulier les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes. Selon le dernier rapport de l’Organisation mondiale de la santé (Oms), 90 % des cas de paludisme sont recensés en Afrique. Malgré cette réalité persistante, l’attention accordée à cette maladie n’est pas vraiment proportionnelle à son fardeau.
La couverture médiatique du paludisme se concentre souvent sur des événements très précis, tels que la Journée mondiale de lutte contre le paludisme, le travail des équipes de nuit sur le terrain, ou le lancement de campagnes de distribution gratuite de moustiquaires imprégnées et d’autres initiatives visant à renforcer la lutte. Mais en dehors de ces moments précis, le silence reprend malheureusement le dessus. Le paludisme ne s’arrête pourtant pas entre deux Journées mondiales.



