Extrême-Nord : 2 075 cas de choléra notifiés 

D’après le dernier rapport de la délégation régionale de la Santé publique, la veille de rentrée scolaire 2026/2027 rime avec la gestion de cette épidémie.

Arnaud Kuipo

 Des outils pour combattre le choléra à l’Extrême-Nord.

Le choléra sévit dans l’Extrême-Nord du Cameroun. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les statistiques rendues publiques par la délégation régionale de la Santé publique révèlent que 11 districts sont en situation d’épidémie confirmée. Il s’agit de Mada, Makary, Kousseri, Fotokol, Kolofata, Mora, Maroua 1er, Maroua 2e, Maroua 3e et Mokolo, Gazawa. Deux districts sont en épidémie suspecte. Ce sont Mozogo et Hina. En effet, le document qui couvre la période du 22 au 30 août 2026 révèle que la région de l’Extrême-Nord enregistre 2 075 cas notifiés. 231 cas sont en cours de traitement. S’agissant des décès, l’on se situe à 53 décès pour un taux de létalité de 2,55%.
S’agissant des actions menées, dans le domaine de la prise en charge et de la vaccination, l’on signale la prise en charge de 233 cas dans les Utc de Gazawa, Kolofata, Makary, Maroua 2e, Maroua 3e, Mokolo et Mora ; la micro-planification et la formation des superviseurs de district et régionaux en vue de la campagne de vaccination réactive contre le choléra prévue dans les districts de santé de Kolofata, Mora et Mokolo.
Par ailleurs, le rapport signale la désinfection des ménages ; le briefing et l’équipement de 20 agents de pulvérisation pour la désinfection des ménages dans les districts de santé de Mada, Makary et Fotokol, soit 210 ménages déjà désinfectés depuis le 24 août dernier ; la réparation et la désinfection de quatre forages pour améliorer l’accès à l’eau potable ; l’installation de 15 points de chloration 10 Dlm en milieu communautaire dans les lieux publics de forte fréquentation, sous la gestion des agents de santé communautaire formés dans les districts de santé de Mada, Makary et Fotokol ; l’enterrement sécurisé de 17 décès.
Dans le registre des difficultés, le rapport relève entre autres la rupture des intrants de prise en charge notamment le Ringer lactate ; la remontée tardive des données dans certains districts ; le recours tardif aux soins (plus de 50% d’admission avec déshydratation sévère) ; la létalité en milieu hospitalier élevée (72%). 
En perspective, on signale la distribution des 500 kits de réponse aux ménages des cas confirmés dans les districts de santé de Kousseri, Mada, Makary, Fotokol ; la poursuite de la promotion de l’hygiène des mains, la diffusion des messages essentiels de prévention du choléra, pendant la campagne de promotion santé gratuite, etc.

Djibrilla : La vente des denrées alimentaires doit être réglementée

Interviewé par la radio nationale, le délégué régional de l’Éducation de base de l’Extrême-Nord s’exprime sur les mesures prises dans cette localité en vue de barrer la route au choléra au cours de cette année scolaire 2026/2027.


CRTV

Dans un contexte marqué par quelques soucis sanitaires liés au choléra, est-ce que l’Éducation de Base dans l’Extrême-Nord a pris des mesures pour une rentrée scolaire sans choléra ?
 
Au niveau du ministère de l’Éducation de base, nous avons reçu des instructions par monsieur le ministre à veiller à l’application des instructions relatives aux pratiques d’hygiène et de salubrité, dans le cadre de la lutte contre les maladies hydriques. Alors, comme vous le savez, pour une rentrée scolaire sans choléra, nous avons effectué une tournée de sensibilisation et de distribution des kits d’hygiène du 25 au 30 août 2026, ainsi que la désinfection des enceintes scolaires et des toilettes […]. Les kits ont été distribués par l’inspection médico-scolaire. Également, il y a une équipe de l’inspection médico-scolaire qui a sillonné les arrondissements de Maroua 1er, 2e, 3e et Gazawa, à l’effet de désinfecter les toilettes et également les enceintes scolaires.
Nous avons également effectué une sensibilisation lors de notre réunion […] de rentrée avec les délégués départementaux […], pour que les enceintes scolaires et les toilettes soient vraiment désinfectées.
 
L’accès à l’eau potable dans les écoles est parfois difficile. Est-ce que, là aussi, la question des adductions d’eau et des latrines est réglée ?
 
Oui. Là où il n’y a pas de forage, il est question que chaque élève vienne à l’école muni de sa gourde. C’est la seule solution. L’accès à l’eau, comme vous l’avez dit, est difficile dans certaines localités. Donc, il faudra vraiment que les directeurs d’école sensibilisent les élèves afin qu’ils viennent avec leurs gourdes. Il faut également dire que la vente des denrées alimentaires dans les écoles doit être réglementée […].
 
En matière de sensibilisation, vous avez parlé des acteurs du monde de l’éducation. Est-ce qu’il est prévu également, dans les enseignements qui seront dispensés aux enfants tout au long de l’année, des leçons sur l’hygiène et sur la manière d’éviter de contracter le choléra ?
Monsieur le ministre a demandé à ce qu’on veille à l’application des pratiques d’hygiène et de salubrité en milieu scolaire. Donc, les premiers cours doivent être consacrés à la sensibilisation des élèves : sensibilisation au lavage des mains, sensibilisation sur la nécessité de venir à l’école muni de sa gourde et sensibilisation relative à l’importance de se laver le matin avant de venir à l’école. 

Des courroies toujours plus solides

Par Guy Martial Tchinda 
 
On dit du choléra qu’il est la maladie du manque d’hygiène. Une considération qui sied bien, puisque les principales courroies de transmission sont entretenues par l’insalubrité. En effet, cette maladie hydrique se transmet principalement par l’ingestion d’eau et d’aliments souillés. Et si rien n’est fait, le bilan de l’épidémie en cours devrait s’alourdir.
À l’Extrême-Nord, où des victimes ont été enregistrées récemment, les inondations, conséquences des pluies diluviennes, vont sans doute accentuer le manque d’eau potable dans cette région qui d’ordinaire n’en a pas assez. Mais cette denrée n’est pas seulement rare dans cette région. Elle l’est aussi dans la quasi-totalité des régions du pays. Les grands projets engagés pour alimenter le pays en eau potable peinent encore à satisfaire la demande. Conséquence, les populations sont contraintes d’utiliser les seules ressources disponibles, parfois de l’eau puisée dans un marigot ou un puits insalubre. Dans certains contextes, c’est elle qui servira d’eau de boisson ou pour d’autres usages domestiques.
La deuxième grande courroie de transmission qui jusqu’à présent n’a pas été rompue, ce sont les ordures qui s’accumulent sans cesse dans les villes camerounaises et principalement dans les marchés où elles côtoient les aliments souvent consommés sans être lavés. En la matière, Yaoundé et Douala se taillent la part du lion.
Mais à côté de ces problèmes systémiques, on ne saurait occulter les comportements individuels de nature à entretenir la transmission. Il s’agit notamment de la défécation à l’air libre, la mauvaise utilisation des latrines, la consommation d’aliments insalubres, la sollicitation tardive d’une formation sanitaire. Ce dernier point est d’autant plus préoccupant que le choléra tue en quelques heures.
Face à cette situation, il importe pour l’Etat d’accélérer le ramassage des ordures et de fournir de l’eau potable pour tous, mais aussi de poursuivre les actions de sensibilisation. Un changement de comportement des populations pourrait aussi limiter la propagation de cette faucheuse. En attendant, il vaut mieux courir à l’hôpital dès l’apparition des symptômes, notamment la diarrhée aqueuse abondante et soudaine, les vomissements, les crampes musculaires, la fatigue extrême, la soif intense. Sur le chemin, il faut continuer à boire une solution de réhydratation.