L’affectation à Maroua du commissaire du gouvernement près le Tribunal militaire de Yaoundé pose la question de la continuité et du rythme du procès.
Rebara Habra

Le président de la République a signé, lundi 31 août 2026, plusieurs décrets portant nomination de responsables au ministère de la Défense. Dans cette vague, des mouvements ont également été enregistrés au sein des tribunaux militaires. Une nomination, en particulier, alimente les discussions: celle du lieutenant-colonel Cerlin Belinga au poste de vice-président du Tribunal militaire de Maroua. Son affectation intervient alors que le procès de l’affaire Martinez Zogo se poursuit au Tribunal militaire de Yaoundé, où il exerçait jusque-là les fonctions de commissaire du gouvernement.
Pour Me Claude Assira, la décision présidentielle, tombée alors que l’intéressé était encore en audience, pose d’abord une question de forme. « Il faut souvent conserver un minimum d’élégance, c’est-à-dire de respect à l’égard des personnes », observe l’avocat. Il dit ne pas comprendre qu’une décision d’affectation intervienne le même jour où le commissaire du gouvernement concerné officie encore devant le Tribunal militaire de Yaoundé. « C’est inélégant. Il faut aussi le dire », tranche-t-il, tout en rappelant avoir eu plusieurs confrontations avec le magistrat militaire au cours de la procédure.
Sur le fond, en revanche, Me Claude Assira estime que cette décision pourrait s’expliquer par « un certain nombre de choses en back-office » dans cette affaire, ou dans d’autres dossiers. Sans aller plus loin, il considère que cette affectation peut être perçue comme une forme de disgrâce, au regard notamment du changement de juridiction et de ville.
Reste la question des conséquences sur le procès. Sur le plan juridique, l’avocat se veut rassurant. « Le parquet est un », rappelle-t-il. En clair, le départ du commissaire du gouvernement ne devrait pas interrompre la procédure. Un autre membre du parquet peut assurer la continuité des audiences et poursuivre le travail engagé.
Il poursuit en indiquant que le nouveau commissaire du gouvernement, appelé à prendre la tête du parquet militaire à Yaoundé, pourrait vouloir s’approprier le volumineux dossier Martinez Zogo et lui imprimer ses propres orientations. Une période d’adaptation est donc envisageable. Me Claude Assira ne s’attend cependant pas à un long ralentissement. La continuité du parquet et l’impulsion hiérarchique qui encadre son action devraient, selon lui, permettre à la procédure de retrouver rapidement son cours.
Comme plusieurs autres avocats, il espère surtout que l’arrivée du nouveau commissaire du gouvernement constituera « une chance d’avoir un nouvel élan » dans un procès déjà traversé par les tensions et les critiques. Un changement de visage, donc, avec l’espoir d’un changement de rythme.


