Yaoundé : La rareté des denrées alimentaires fait hausser les prix

Alors qu’on s’y attend à une abondance sur les étals, comme par le passé, la météo en rajoute à la faible production de certains produits de saison, avec une incidence sur le coût.

Safou : Le « bijou » peu visible  

Hawa Ali (Stagiaire)

Dans les marchés de Yaoundé, les tas de safous se font moins visibles sur les étals. Ce fruit saisonnier, très apprécié, lorsque passé à la braise, avec le maïs ou le plantain dans les mêmes conditions, n’abonde pas et coûte plus cher. Au marché Mokolo, Ange repart avec un tas de prunes moyennes acheté à 800 Fcfa après négociations, au lieu de 500 Fcfa. Une dépense importante pour cette cliente habituée à consommer régulièrement ce fruit pendant la saison.

Au marché Mfoundi, précisément à au Hangar N°7, l’espace réservé aux grossistes, le constat est similaire. Les filets de safous sont moins visibles. Selon Lisa, grossiste, qui s’approvisionne depuis le début de la saison à Makenene, département du Mbam-et-Inoubou, la production a baissé cette année. « Je prends ma marchandise à Makenene depuis la fin du mois de mai. Actuellement, les prunes commencent déjà à finir. Par rapport à l’année dernière, il y a eu une baisse de la production. Je vends un filet à 75 000 Fcfa, parfois 60 000 Fcfa, ça dépend de la grosseur », indique-t-elle. Quelques producteurs rencontrés évoquent le faible niveau de la production. Après une saison précédente marquée par l’abondance, l’actuelle campagne est teintée de morosité.

Poisson fumé : Un petit tas de six à 1 000 Fcfa

Hawa Ali (Stagiaire)

Au marché Mvog-Ada, les habitués du hareng ont changé leurs habitudes. Sur les étals, les tas de poissons fumés sont moins fournis et la hausse des prix se ressent chez les vendeurs comme chez les consommateurs. « Six petits poissons à 1 000 Fcfa, c’est grave. Les clients se plaignent et crient sur nous, alors que nous cherchons seulement à retrouver notre argent », explique Élisabeth, vendeuse de poissons en détail. À Mokolo, Laura, qui achète pour revendre au quartier, peine également à s’en sortir. « Mes clientes viennent parfois avec 250 Fcfa pour acheter le mbouga. Je suis obligée de donner un poisson et demi, parce que je fais le tas de trois poissons à 500 Fcfa », explique-t-elle. Selon les commerçants, cette situation est la conséquence de la baisse de l’offre. Joseph Omaya, vendeur de hareng et président des commerçants des produits halieutiques du marché Mvog-Ada, situe sur la pénurie. « Nous avons passé deux mois et demi avec une pénurie de poisson. Il n’y avait presque pas de poisson et les prix avaient commencé à augmenter. Maintenant, ça commence à revenir progressivement ». Il rappelle que l’activité dépend des saisons de pêche. « À partir de septembre, octobre et nov embre, il y aura l’abondance. C’est à cette période que notre saison commence », précise-t-il.

Œufs : 500 à 800 Fcfa de plus par alvéole

Angela Olembe (Stagiaire)

Aliment complet et riche en protéines, en vitamines A, D, E et en minéraux, l’œuf devient de plus en plus cher à Yaoundé. L’alvéole qui coûtait autour de 1800 Fcfa il y a quelques mois, se négocie désormais entre 2300 et 2600 Fcfa, selon la grosseur.

Au marché Mvog-Ada, ce 17 août 2026, la rareté se ressent. Les étals garnis d’alvéoles ont laissé place à quelques cageots. « Une alvéole coûte entre 2300 et 2500 Fcfa. Le marché est dur, ce n’est pas facile. Les clients se plaignent que le prix est fort, mais on va faire comment ? Nous sommes obligés de vendre », explique Hervé, vendeur d’œufs depuis cinq ans. Le même constat est réalisé au marché Mendong. Les oeufs sont certes disponibles, mais les prix qui découragent. « Une alvéole coûte entre 2300 et 2600 Fcfa. Tout dépend de la grosseur », indique Jean-Marie, commerçant.

Si les prix grimpent, les vendeurs et les aviculteurs, l’expliquent par la hausse du prix de l’aliment pour volailles. Il s’agit par exemple du maïs, du soja. À cela, s’ajoutent les coûts de transport qui ont augmenté ces dernières semaines. La conséquence directe, c’est que les habitudes de consommation changent. Des ménagères rencontrées sur place affirment avoir réduit leur consommation. Celles qui achetaient une alvéole entière par semaine se rabattent désormais sur 6 ou 10 œufs. Même les petites gargotes qui font des omelettes et la pâtisserie ont revu leurs prix à la hausse.

Huile de palme : Le consommateur paie le prix

Hawa Ali (Stagiaire)

Le litre d’huile de palme se vend actuellement à 1 000 Fcfa dans certains espaces marchands de la capitale. Au marché Mokolo, au lieu-dit derrière Congelcam, Olga essaie de donner les raisons de l’augmentation des prix sur le marché, généralement liées aux difficultés d’approvisionnement. « L’huile rouge est chère partout. Aujourd’hui, tous ceux qui en prennent vers le Littoral souffrent. Les pluies dérangent », reconnaît-elle.

Pour Hassan, vendeur dans le même secteur, cette hausse des prix s’explique par l’augmentation des prix chez les fournisseurs, ceux qui s’approvisionnent en gros. « A Dizangué où j’achète, les fournisseurs ont réajusté les prix. Donc, c’est normal que les prix changent également à notre niveau », indique-t-il. Une situation qui pèse sur les ménages, habitués à utiliser l’huile de palme pour concocter plusieurs mets. C’est le cas d’Anna Soh, qui dit ne pas pouvoir s’en passer. « Je ne peux pas rester sans huile de palme à la maison. La plupart de mes plats sont faits avec cette huile-là, notamment le pilé, le eru, le koki, le corn-tchap », confie-t-elle, visiblement déboussolée.

Entre difficultés d’approvisionnement et hausse des coûts, l’huile de palme devient progressivement un produit de luxe sur les étals à Yaoundé.